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Ovins et caprins

Vigilance sur deux maladies très contagieuses

Au sud de l’Europe, la clavelée et la peste des petits ruminants sévissent. Ces maladies sont très contagieuses et sont soumises à éradication. Cet article cherche à informer de la situation, à sensibiliser les détenteurs d’ovins et de caprins et à rappeler que la biosécurité est plus que jamais indispensable dans les élevages.

Par GDS BFC, d'après GDS 71
Vigilance sur deux maladies très contagieuses
Foyers de clavelée détectés ces dernières semaines.

Deux nouvelles menaces sanitaires concernent les élevages de petits ruminants : la clavelée, également appelée variole ovine et caprine, et la peste des petits ruminants. Face à cette situation, la vigilance et le respect strict des mesures de biosécurité demeurent essentiels. Ces éléments renforcent la nécessité d’une surveillance accrue et d’une application rigoureuse des mesures sanitaires afin de limiter tout risque de diffusion.

La clavelée est actuellement signalée dans plusieurs pays d’Europe du Sud, avec une dynamique préoccupante :

– Bulgarie : 183 foyers recensés depuis le 1er juillet 2025.

– Grèce : 50 foyers détectés sur les quatre dernières semaines. Soit depuis le mois de juillet 2025, 1 558 foyers recensés. La circulation virale marquée dans plusieurs régions du nord, du centre et de l’est du pays, peut s’expliquer par la forte densité animale, le faible niveau de biosécurité et les mouvements illégaux.

– Macédoine du Nord : 3 foyers détectés depuis le 23 janvier 2026 dans des élevages ovins.

– Roumanie : aucune nouvelle déclaration récente, mais 21 foyers recensés depuis le 1er juillet 2025.

– Serbie : pas de nouveau cas signalé ; trois foyers ont été détectés depuis le premier cas enregistré le 17 septembre 2025.

Signes cliniques de la clavelée

La clavelée ou variole caprine est une maladie de catégorie A-D-E au niveau Européen, classée au même rang sanitaire que la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC). À ce titre, elle fait partie des maladies les plus réglementées au niveau européen, nécessitant une déclaration immédiate et des mesures strictes de gestion en cas de confirmation avec éradication immédiate et obligatoire. Elle est due à un virus appelé Capripoxvirus de la famille des Poxvirus. Il peut survivre six mois dans les croûtes sèches et plusieurs mois dans la laine. Ce virus touche les ovins et caprins de tout âge, il est très contagieux. La transmission se fait par contact direct (croûtes sécrétions nasales et oculaires) et indirect (litière, matériels, insectes ou poussières). Le temps d’incubation est de 4 à 21 jours. Selon la souche virale, la morbidité peut atteindre 100 %. La mortalité est généralement de 5-10 % en zone endémique, mais peut atteindre jusqu’à 100 % chez les jeunes animaux. Chez les moutons et les chèvres, plusieurs formes cliniques peuvent être observées :

La forme classique vésiculeuse (en quatre phases) :

– Phase d’invasion (2 à 4 jours) : hyperthermie, écoulements lacrymaux, salivaires et nasaux abondants, œdème des paupières, photophobie.

– Phase d’éruption (3 à 4 jours) : apparition de taches rouges ou rosées évoluant en papules de 6 à 20 mm de diamètre.

– Phase de sécrétion : les papules s’affaissent, s’infiltrent d’un liquide jaunâtre à rougeâtre, puis se transforment en vésicules.

– Phase de dessiccation (4 à 5 jours) : formation de croûtes qui finissent par se détacher.

La forme nodulaire :
Les papules évoluent directement en nodules, qui se nécrosent avant de tomber.

Les formes compliquées :

Dans les cas graves, on peut observer :

– Troubles respiratoires et digestifs

– Avortement

– Jetage abondant

– Symptômes nerveux

– Une mortalité pouvant atteindre 80 % chez les agneaux.

PPR : une circulation à bas bruit

La Peste des petits ruminants (PPR) est enzootique dans de nombreux pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. Au niveau mondial, elle fait l’objet d’un programme de contrôle et d’éradication piloté conjointement par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et la FAO. La situation dans les Balkans est la suivante :

– Croatie : aucun nouveau foyer depuis le cinquième cas détecté le 13 janvier 2026. Le premier foyer avait été identifié le 11 décembre 2025, à la suite de la détection d’avortements sans autres signes cliniques. Les foyers suivants n’ont présenté aucun signe clinique et ont été mis en évidence dans le cadre des enquêtes épidémiologiques et du dépistage systématique réalisés autour du premier cas.

– Autres pays des Balkans : le dernier foyer connu avant la Croatie avait été détecté le 24 septembre 2025 au Kosovo, soit une période de près de 2,5 mois sans aucune déclaration avant la première détection en Croatie. Une circulation à bas bruit du virus est suspectée dans plusieurs pays n’ayant pas encore détecté ou déclaré officiellement sa présence sur leur territoire.

La PPR est une maladie virale due à un virus du genre Morbillivirus, apparenté à celui de la peste bovine (maladie éradiquée au niveau mondial en 2011). La lignée aujourd’hui la plus répandue en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, est à l’origine des émergences récentes en Europe. La maladie atteint principalement les ovins et caprins. Comme la clavelée, la PPR est classée A-D-E au niveau européen. Elle n’est pas transmissible à l’homme. La transmission se fait principalement :

– Par inhalation de gouttelettes émises lors de la toux ou des éternuements d’animaux infectés,

– Par contact direct entre animaux,

Le rôle du milieu extérieur contaminé reste mal connu, mais des transmissions indirectes ont été suspectées lors des émergences en Europe. La maladie est généralement caractérisée par :

– Une forte fièvre,

– Un abattement sévère,

– Des sécrétions oculaires et nasales importantes,

– Des lésions buccales douloureuses empêchant l’alimentation,

– Des pneumonies,

– Des diarrhées aiguës.

– L’issue est fréquemment fatale.

Cependant, certains animaux peuvent développer peu, voire aucun signe clinique, selon la race, l’état sanitaire et les conditions d’élevage. Cette variabilité, fréquemment observée lors des émergences en Europe, complique la détection précoce de la maladie sur le terrain.

La biosécurité, plus que jamais incontournable

Pour limiter le risque d’introduction et de diffusion de la clavelée, il est indispensable de :

– Renforcer les mesures de biosécurité (contrôle strict des introductions, quarantaine, désinfection du matériel). Ne pas acheter des animaux dans les pays à risque.

– Être particulièrement vigilant lors des mouvements d’animaux.

– Signaler immédiatement tout signe suspect au vétérinaire sanitaire.

La prévention et la réactivité restent les meilleurs remparts contre l’introduction de la maladie sur le territoire.

À l’approche des fêtes religieuses, notamment Pâques (le 5 avril) et l’Aïd-el-Kébir (aux alentours du 26 mai), les effectifs en élevage augmentent traditionnellement. Cette période s’accompagne d’une hausse du nombre de petits ruminants en Europe et d’une intensification des mouvements commerciaux, tant intra-européens qu’avec les pays tiers. La prévention repose sur des mesures simples mais rigoureuses : biosécurité renforcée, surveillance attentive des animaux, intervention rapide du vétérinaire. Il est impératif d’être particulièrement vigilant lors des introductions d’animaux dans le troupeau, en respectant strictement les périodes de quarantaine et les contrôles sanitaires, qui constituent l’un des principaux points d’entrée des maladies. La réactivité et la rigueur des éleveurs demeurent la clé pour protéger durablement les troupeaux et préserver la santé des élevages.