Désherbage mécanique, une solution de rattrapage
La Chambre d'agriculture de l'Yonne a organisé, le 10 avril dernier, une journée dédiée au « désherbage mécanique ». Conseils et témoignages.
Nous retrouvons Marianne Roisin, conseillère en grandes cultures bios à la Chambre d'agriculture de l'Yonne, au sein de l'exploitation de Jean-Pierre et Aurélien Lemaire. Située à Vermenton, l'exploitation de 180 hectares des deux céréaliers est en conversion biologique depuis 2018, un an après l'installation d'Aurélien, « qui avait plus d'attirance pour ce type d'agriculture, permettant de ne plus utiliser des produits phytosanitaires », commente-t-il. En cette après-midi ensoleillée, c'est Alain Lecat, conseiller machinisme à la Chambre d'agriculture de la Somme qui inaugure cette réunion. Pour ce conseiller, « aucun matériel n'est la solution pour stopper les adventices ». Pour pouvoir lutter efficacement, « il faut jouer avec un ensemble de leviers, connaître au maximum le fonctionnement physiologique des adventices, notamment avec le changement climatique qui altère les habitudes ». Jean-Pierre, à ses côtés, témoigne de « la levée précoce des vulpins cette année par rapport à d'habitude » et du fait qu'avant « on semait au 15 octobre et que maintenant, nous semons au 11 novembre ». En s'appuyant sur l'exemple des deux céréaliers, Alain Lecat revient sur les bénéfices qu'apporte le « désherbage mécanique » dans les exploitations, et qu'il faut s'appuyer sur quatre leviers (climat, matériel, sol et adventices) pour un désherbage équitable. En diversifiant le matériel utilisé, comme ont fait Jean-Pierre et Aurélien, cela peut « permettre de trouver le matériel adapté au choix de son système de culture ou encore de son type de sol », commente à son tour Marianne Roisin.
Travailler davantage les sols
En comparaison au matériel adéquat recommandé, à savoir : les herses étrilles (travail à 100 % de la surface du sol, réglage précis, bien adaptée aux faux semis), les houes rotatives (intervention plus précoce en sol, débit de chantier important), les bineuses (lutte contre les vivaces et adventices, utile en sol battant pour écroûter) et la roto étrille (efficacité et agressivité sur herbe développées), Jean-Pierre et Aurélien Lemaire sont parfaitement dans les clous. Comme pour servir d'exemple, Jean-Pierre ajoute qu’« il faut bien réfléchir au besoin lorsque l'on investit dans un matériel, car cela a un coût annuel, même si la machine reste sous le hangar ». En parlant d'investissements, Marianne Roisin en vient à mettre en avant la manière dont on calcule le coût d'une machine, « basé sur la perte de la valeur de la machine (dépréciation / différent de l'amortissement comptable) ». Pour Aurélien et Jean-Pierre, les investissements se sont faits au fur et à mesure. Par chance, « nous avions déjà une roue rotative sur l'exploitation », témoigne Jean-Pierre. En testant l'agriculture conventionnelle pendant un an, Aurélien confesse que le facteur déclencheur a été économique. « Nous utilisions déjà très peu les produits phytosanitaires et en faisant les calculs, cumulant l'engrais et les phytos, nous nous sommes rendu compte que cela nous revenait cher », se souvient Aurélien. Depuis la conversion en bio « nous faisons beaucoup de passages avant semis pour préparer les sols, mais cela fait deux ans que nous n'avons pas utilisé le matériel à des fins de rattrapage ». Avant de se tourner devant la herse et la houe rotative exposée par la société Feelcrop, les deux agriculteurs conseillent qu'il « est obligatoire d'avoir du matériel, mais qu'il ne faut pas forcément l'utiliser ».