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Conjoncture

On fait quoi, maintenant ?

Antoine Carré, président de la FDSEA de Côte-d'Or, a convoqué tous les partenaires de la profession à l'occasion d'un conseil de l'agriculture.

Par AG
On fait quoi, maintenant ?
Vendredi dernier, lors du rendez-vous à Bretenière.

L'ambiance est très morose dans les campagnes. « Tous les secteurs se cassent la gueule, y compris ceux qui allaient bien jusqu'à présent. Les moissons sont terminées : il était temps de faire le point tous ensemble autour d'une table », lance Antoine Carré. Le président de la FDSEA de Côte-d'Or avait convoqué les banques, les organismes stockeurs, les assurances, les cabinets comptables et la MSA. « Il était important de voir si tout le monde dresse le même constat. Et bien, c'est le cas. Les exploitations dans le rouge sont de plus en plus nombreuses : nous demandons que des mesures concrètes soient mises en œuvre très rapidement pour qu'elles puissent passer le cap », poursuit le responsable syndical. L'heure est effectivement grave après les différentes interventions du jour : « nous ne sommes qu'au début de nos peines entre la gestion de l'eau et de la nourriture, des ventes à pertes et des charges beaucoup trop élevées. Cette situation est historique en termes d'économie et même de météo, cette dernière fait perdre de la production tous les jours, aussi bien dans les cultures qu'en élevage. Nous avons aussi une guerre de la paille, c'est une triste réalité ».

Dur pour tout le monde

Sylvain Fleury pour les bovins allaitants, Thomas Cotiby pour les laitiers puis Clément Babouillard pour les grandes cultures, ont pris successivement la parole. Sylvain Fleury avait préparé un document dans lequel étaient mentionnés plusieurs éléments chiffrés, pour une ferme de 200 ha comptant 110 vaches. Les pertes liées à la baisse du prix des broutards s'élèvent à 36 000 euros, le surcoût « foin » est estimé à 6 000 euros, les charges de mécanisation augmentent du même montant. Les pertes dues à la sécheresse dépassent au total les 50 000 euros sur une durée de deux mois, en intégrant la main-d'œuvre. Sylvain Fleury a plusieurs fois cité les éleveurs ayant accumulé des pertes FCO : « ce sont les oubliés du système ! Pour eux, les pertes dépassent la barre des 100 000 euros. Ces montants font très peur, ils se demandent comment ils paieront leurs factures à la fin de l'année. Que faisons-nous avec ça ? Je pose la question ! ». Thomas Cotiby n'a pas dressé un tableau plus rose pour le monde laitier, avec des baisses très importantes de production, des animaux très affaiblis et une très mauvaise récolte de maïs en perspective. Les premiers champs ensilés devraient l'être dans les toutes prochaines heures. « Beaucoup d'exploitations comptent sur cette culture mais du maïs, il est impossible d'en trouver, sauf peut-être dans le Nord où les prix sont deux fois plus élevés », s'inquiète le président des JA. Clément Babouillard a une fois de plus alerté de la situation économique encore plus grave des fermes en zone intermédiaire : « en termes de trésorerie, c'est du jamais vu. Ce n'est plus une crise, c'est une mutation. Nos organismes professionnels sont fragilisés eux aussi. Encore une fois, plus que jamais, il nous faut une Pac ambitieuse avec une spécificité beaucoup plus affirmée pour les zones intermédiaires qui n'en peuvent plus ».

Tout est à imaginer

Jacques de Loisy, président de la Chambre d'agriculture, était lui aussi présent à ce rendez-vous. « Jamais une réunion de ce type n'avait eu lieu aussi tôt dans l'année, cela montre l'importance de nos échanges. Les difficultés, mais aussi les tensions, sont nombreuses sur le terrain, à l'image de conflits que nous avons à gérer pour l'usage de l'eau. En termes de paille, un exemple me concernant : j'ai reçu une offre venant d'un pays limitrophe à 130 euros/t, mais je l'ai déclinée poliment pour que cette paille reste disponible pour les éleveurs de notre département. Nous ne sommes pas les seuls à être touchés… Nous devons avoir une feuille de route très rapidement pour la transmettre à la Préfète. En Côte-d'Or, ces 20 ou 30 dernières années, nous avons toujours eu de bonnes discussions, de bonnes concertations, j'allais dire une bonne cohésion entre OPA, ce n'est pas le cas dans tous les autres départements de France. Il faut que cela continue pour sauver notre agriculture ». Pour Antoine Carré, « tout est à imaginer, tout est bon à prendre pour y arriver ». « Nous attendons des efforts des banques et de la MSA pour redonner un souffle aux exploitations côte-d'oriennes. Des baisses de taux d'intérêt sont obligatoires. Nous ne sommes pas dupes : les banques viennent de réaliser une année record, elles peuvent se le permettre. Et pourquoi pas une année blanche du côté de la MSA ? ».