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Céréales

Gestion de l’ergot : un enjeu pour la filière céréalière

S’il ne porte pas préjudice aux rendements, l’ergot est un champignon produisant des alcaloïdes particulièrement toxiques. Retour sur la biologie et les moyens de lutte contre ce champignon dangereux pour les consommateurs.

Par Léa Bounhoure et Diane Chavassieux, Arvalis BFC
Gestion de l’ergot : un enjeu pour la filière céréalière
Arvalis

L’ergot est dangereux pour les consommateurs à partir d’une certaine quantité. C’est ce champignon qui avait causé de grandes épidémies au Moyen-Âge, connues sous le nom de « Mal des Ardents ». Les boulangers distribuaient sans le savoir des pains contaminés, provoquant, chez les consommateurs, hallucinations, brûlures intenses, convulsions et nécroses. En élevage, l’ingestion de l’ergot provoque un affaiblissement du bétail. Le taux de gestation et la production laitière sont diminués et, dans les pires cas d’empoisonnement, les bêtes présentent des symptômes nerveux et gangréneux.

Les spores contaminent les graminées en floraison

La contamination d’une parcelle commence par la présence de sclérotes dans le sol, qui peuvent germer en sortie d’hiver. Au début du printemps, les sclérotes enfouis à moins de 10 cm de profondeur produisent des stromas qui vont alors émerger et propager des spores dans les 20 m alentour.
Ces dernières, portées par le vent, vont contaminer les graminées en floraison, cultures comme adventices. Sur les épis touchés, un miellat apparaît. Les spores contenues dans ce miellat vont ensuite contaminer à leur tour les graminées adventices et céréales en fleur. Des sclérotes vont ensuite se développer sur les épis. Pendant la moisson, une partie d’entre eux va tomber au sol, perpétuant ainsi le cycle du champignon.

Quelle sensibilité des céréales à l’ergot ?

Toutes les céréales sont sensibles à l’ergot, mais leur sensibilité va dépendre de leur mode de reproduction à la floraison. Les cultures allogames (fécondation croisée entre 2 plantes d'une même espèce) peuvent être davantage contaminées par l’ergot, car elles ont une floraison plus longue avec des épillets plus ouverts, ce qui facilite la contamination par les spores.

Le seigle, allogame, est de ce fait la céréale la plus sensible à la maladie, ce qui justifie l’appellation historique « ergot du seigle ». Le triticale, présentant une tendance plus prononcée que les autres céréales à l'allogamie, est également identifié comme très sensible à la maladie. Les autres céréales telles que les blés, l’orge ou l’avoine (préférentiellement autogame) sont moyennement sensibles à l’ergot.

Que dit la réglementation ?

Compte tenu de la toxicité des molécules produites par ce champignon, la teneur en ergot est réglementée dans les céréales.

Pour l’alimentation humaine (Règlement européen 2023/915) :

- 0,2 g de sclérote d’ergot/kg sur les céréales brutes (excepté maïs et riz),

- 0,5 g de sclérote d’ergot /kg sur seigle (jusqu’au 30 juin 2025) puis 0,2 g de sclérote d’ergot /kg (à partir du 1er juillet 2025).

- Sur produits transformés, ce règlement prévoit en plus, des teneurs maximales réglementaires pour les alcaloïdes de l’ergot.

Pour l’alimentation animale (Directive européenne 2002/32) :

- 1 g de sclérotes d’ergot /kg céréales non moulues

Quels leviers pour gérer l’ergot ?

Pour briser le cycle de l’ergot, plusieurs actions sont possibles :
• Il faut d’abord s’assurer de travailler avec des semences saines, pour ne pas amener d’autres sclérotes dans le sol de sa parcelle. Cette préconisation s’applique également aux semences de CIVE (avoine, seigle, raygrass…). Pour rappel, les CIVE, récoltées bien avant le stade de développement de l’ergot sur les épis, ne sont pas porteuses d’ergot à la récolte. Toutefois, si les semences ne sont pas saines, alors elles vont contaminer le sol avec des sclérotes dont la durée de vie est d’environ 2 ans.
• Réaliser un labour permettra d’enfouir les sclérotes à plus de 10 cm de profondeur. Dans ces conditions, ils ne pourront pas émettre de spores dans les cultures. Attention, un second labour l’année suivante pourrait les remonter à la surface ! C’est pourquoi, il faut impérativement réaliser un travail superficiel du sol au moins durant la campagne suivante.
• Diversifier sa rotation est également un bon moyen de lutte, surtout lorsque le sol n’est pas travaillé. Puisque l’ergot contamine les graminées, il faudra éviter pendant au moins 2 ans d’implanter des céréales à paille sur la parcelle, et opter pour des cultures non-hôtes (oléoprotéagineux, luzerne, maïs…).
• Il ne faut pas oublier que les graminées adventices, elles aussi, sont sensibles à l’ergot : elles peuvent amener des sclérotes dans toutes les cultures. C’est pourquoi, il est capital d’effectuer un désherbage minutieux de la parcelle. Les adventices au bord de champ sont aussi un vecteur non négligeable de la propagation de l’ergot. Un fauchage des bords de parcelle au début du stade floraison des cultures permettra de réduire la pression.

En utilisant différents leviers adaptés à la situation de son exploitation, il est donc possible de gérer l’ergot sur sa parcelle.

Si toutefois, des sclérotes d’ergot sont détectés dans les bennes à la moisson, il faut prévenir le collecteur de céréales qui évaluera le lot. S’il est non conforme à la réglementation, le lot sera nettoyé. Plusieurs techniques existent pour nettoyer les lots, mais elles sont longues et coûteuses. Un nettoyeur-séparateur bien réglé aura une efficacité partielle et permettra de réduire la teneur en sclérotes de l’ordre de 40 %, tandis que l’utilisation de trieur optique ou de table densimétrique permettra d’éliminer les sclérotes d’un lot de céréales (supérieur à 95 %).

Enfin, la méthanisation est un moyen efficace de valoriser les lots de céréales contaminés par l’ergot sans risque de contaminer les parcelles après épandage des digestats (étude Arvalis et Apesa, 2022).

En savoir +

Arvalis a mis au point une grille pour évaluer le risque ergot de votre parcelle dispoble sur son site ici.