« L’avenir de la betterave se joue maintenant »
Cyril Cogniard, président de la CGB Champagne Bourgogne, fait le point sur l’actualité de la filière betterave. L’interview a été réalisée mi-juillet. Depuis, la sécheresse et les problèmes liés au rhyzopus se sont considérablement aggravés, et focalisent l’attention des planteurs.
Quels sont les enjeux majeurs pour l’avenir de votre activité filière ?
C. C. : « Depuis plusieurs années, les grands enjeux s'articulent autour de cinq axes majeurs. Les moyens de production, que nous devons défendre contre vents et marées, car les interdictions brutales et franco françaises engendrent impasses, difficultés économiques et risques sur la pérennité de la filière. À ce titre, je veux saluer le vote de la loi d'urgence agricole par l'assemblée nationale et le Sénat. Les députés ont ainsi rétabli un processus, pas une autorisation de fait. Ce qui était auparavant une interdiction politique se transforme en un arbitrage scientifique, par une agence indépendante. Les agriculteurs s'en remettront aux conclusions de l'ANSES. Car ce n'est ni aux agriculteurs, ni à une quelconque majorité (ou minorité !) politique, qu'elle soit de droite de gauche ou du bloc central, d'évaluer les produits et leurs impacts sur notre environnement et notre santé. Le sujet est trop sérieux. Pas seulement en France, mais dans toute l'Europe ou l'agence européenne (EFSA) et les différentes agences nationales ont fait ce travail d'évaluation. La défense de notre marché et la réciprocité des normes : depuis 20 ans, l'Union européenne n'a cessé d'ouvrir ses frontières aux produits d'importation, qui ne respectent pas les mêmes standards que les nôtres. L'impact sur le prix intérieur a été très fort lorsque le marché s'est trouvé en excédent, et l'industrie sucrière européenne en a fait les frais avec 21 usines fermées en Europe depuis la fin des quotas, dont 6 en France. Si nous ne défendons pas notre place, nos surfaces et notre industrie, la décroissance continuera. La recherche de nouveaux débouchés/marchés. Sur le marché de l'éthanol en particulier, les perspectives à moyen terme avec la fin des moteurs thermiques et l'accord du Mercosur sont décroissantes. Il nous reste du temps, car à court terme, c'est plutôt la tendance inverse. Il y a un vrai engouement en faveur de l'éthanol carburant, qui réduit les gaz à effet de serre et dont le prix est imbattable… Mais l'avenir se prépare maintenant, et il faut saisir les opportunités liées aux carburants durables, pour l'aviation et le maritime notamment. Il faut aussi produire un éthanol « décarboné », car c'est le seul moyen de le valoriser correctement. La décarbonation : industrielle mais aussi des pratiques agricoles. Réduire les gaz à effet de serre n'est plus une option. Ni pour l'agriculture ni pour l'industrie. C'est une nécessité. L'adaptation au changement climatique. Cet été caniculaire nous oblige à mesurer concrètement ses effets. Sécheresse, croissance ralentie des plantes, voire situations de survie, développement des insectes et de leurs conséquences directes (virus de la jaunisse) ou indirectes (développement du rhizopus). Lors de cette campagne, le charançon lixus junci a prospéré dans notre région. Dans les galeries creusées par les larves, le rhyzopus s'est développé à la faveur des températures caniculaires, entraînant la pourriture des betteraves. Face à cette pression parasitaire, il faut aller vite, et actionner plusieurs leviers en même temps : garder le peu de moyens de protection que nous avons ; en trouver d'autres ; semer précocement la betterave et bien la fertiliser pour qu'elle résiste mieux ; amplifier encore la sélection variétale et intégrer aux variétés commerciales des gènes de résistances (à la jaunisse) et des caractères d'intérêt. On sait que certaines variétés attirent plus le charançon que d'autres ; gérer en conséquence la récolte et les enlèvements de betteraves. Lorsqu'une parcelle est touchée il faut réduire au maximum le délai entre la récolte et l'enlèvement ».
De quelle simplification avez-vous besoin ?
C. C. : « Nous attendons une simplification administrative à tous les niveaux. Sur le plan réglementaire, le PAR 7 doit être revu et simplifié, car son contenu est indigeste pour les agriculteurs. L’obligation de reliquat entrée hiver ajoute une contrainte inutile, car l’agriculteur ne peut pas s’en servir pour piloter ses apports d’azote ».
Quelles sont les innovations technologiques que vous attendez ?
C. C. : « Avec l’accord sur les NBT entériné par le Parlement européen le 17 juin, les plantes de catégories 1 ayant subi une modification génétique limitée (et souvent identique à ce qu’elle aurait subi de façon naturelle sur une plus longue période) ne seront plus soumises à la réglementation OGM à partir de mi 2028. C’est un espoir important pour accélérer le progrès génétique. Nos sélectionneurs ont séquencé depuis plusieurs années le génome de la betterave et le connaissent de mieux en mieux. Fort de cette connaissance, des gènes d’intérêts, dont la fonction est identifiée, vont pouvoir être coupés précisément par une technique de ciseau moléculaire, et introduits avec précision dans le génome de la betterave. Ce qui était fait à l’aide de mutations et de rétrocroisement en plusieurs années, pourra s’accélérer. C’est pour nous l’espoir d’un progrès génétique plus rapide ».
Quelle sera votre actualité à la Foire de Châlons cette année ?
C. C. : « La conférence CGB le mardi 1er septembre, 9 h 30, espace conférence, salle muselet avec une table ronde « Compétitivité et souveraineté : au-delà des mots, les défis de demain ! ». Avec pour intervenants : Bénédicte Carlotti, chargée d’études à Pluriagri ; Guillaume Gandon, président CIBE (confédération des betteraviers européens) ; Laurent Duplomb, sénateur de Haute Loire. Enfin les directeurs généraux de nos deux coopératives Tereos et Cristal Union, nous partageront leurs visions de la compétitivité. Notre président national, Franck Sander, conclura nos travaux. »