Sécheresse : « Réfléchir au matériel végétal du sud »
Le 14 août, Manon Pinot conseillère vigne à la Chambre d'agriculture de l'Yonne faisait le tour des parcelles intégrées au projet GreffBourgogne.
« On cherche des porte-greffes résistants à la sécheresse, il n'y en a pas : on parle plutôt de porte-greffes tolérants face à un stress hydrique plus ou moins important. Si les conditions climatiques que l'on a connues en 2026 se reproduisent sur plusieurs années d'affilée, les vignes pourraient ne pas s'adapter autant qu’on le souhaiterait. Nous trouvons aujourd’hui un intérêt à tester des porte-greffes tolérants à la sécheresse qui étaient historiquement plantés plus au Sud », affirmait Manon Pinot, conseillère vigne à la Chambre d'agriculture de l'Yonne, le 14 août dernier, sur les parcelles situées à Beine. Depuis 2021, la Chambre d'agriculture de l'Yonne a intégré le projet régional « GreffeBourgogne », mis en place par le BIVB. « Dans le contexte du changement climatique, le matériel végétal constitue un levier d’adaptation, c’est le cas du porte-greffe. La diversité des porte-greffes inscrits au catalogue est aujourd’hui sous-utilisée en Bourgogne. Le BIVB anime un programme d’ampleur avec ses partenaires afin de tester des porte-greffes réputés tolérants à la sécheresse dans les contextes pédoclimatiques bourguignons », informait le BIVB en février 2025. Dans le cadre de ce projet d'ampleur, les paramètres majoritairement suivis sont : la résistance à la sécheresse, la phénologie, la vigueur et les paramètres physiologiques, le rendement, la maturité, etc. Depuis 4 ans, la Chambre d'agriculture de l'Yonne a mis en place des expérimentations sur une de ses parcelles pour comparer onze porte-greffes différents. Cette étude, également réalisée sur huit parcelles de vignerons du département, a toutefois des limites. « Tout n'a pas été testé sur nos sols, nous avons donc beaucoup d'incertitudes sur l'intérêt que nous pouvons avoir vis-à-vis de ces porte-greffes, sur leur adaptation, et par conséquent sur leur taux de production ». Ngatame Ba, stagiaire à la Chambre d'agriculture et étudiante en Master 2 en productions végétales durables et bio protection était présente avec Manon Pinot, le 14 août dernier, pour constater l'évolution des jeunes plants de 2024. À ce stade des expérimentations, certains porte-greffes semblent avoir des caractéristiques intéressantes. C’est le cas du 1103 Paulsen, du 110 Richter, du 333 EM et du 140 Ru. D’autres sont également intéressants face au stress hydrique mais ont d’autres caractéristiques moins recherchées dans le projet, comme une vigueur plus faible ou un débourrement plus précoce et donc une sensibilité accrue au gel. « Le projet est large, beaucoup de paramètres entrent en jeu pour que les greffes soient vraiment pertinentes sur les caractéristiques recherchées dans les conditions pédoclimatiques icaunaises et bourguignonnes », justifiait Manon Pinot.
Envisager des résultats sur le long terme
À l'approche des vendanges, Manon Pinot était inquiète. « Fin juillet, j'avais observé des arrêts de croissance sur des parcelles qui ont trois ans, ce qui n’est pas étonnant car la vigne concentre ses ressources sur ses fruits pour assurer sa survie. Aucune pluie n'était annoncée et la véraison n'arrivait pas. Je partais donc du principe que les dates de vendange allaient être décalées », se souvenait-elle. Pourtant, le peu de pluie tombée a suffi pour avancer la date de vendanges. « Il y a eu assez d'eau pour que la vigne continue à avancer dans le stade de véraison, mais pas assez pour qu'elle mûrisse correctement. La vigne a atteint un taux de maturité rapidement. Cela s'explique par le fait que le manque d'eau a provoqué un phénomène de concentration qui a accéléré la date de vendanges. Si les grains étaient plus gros, on n’y serait pas encore », convenait-elle. Les premières conséquences étaient donc « une baisse du poids des baies, une concentration des sucres et un manque d'acidité. Pour éviter que les vins n'aient aucune acidité, les vignerons ont donc commencé à vendanger. Un vin sans acidité n'est pas équilibré, il sera donc très sucré, très alcoolisé, et sera donc chaud en bouche ». Pour Manon Pinot, l’objectif de ce programme n’est pas « la recherche de porte-greffes tolérants à la sécheresse, mais au stress hydrique ». En effet, une vague de chaleur n’est pas toujours associée à un manque de précipitations. À ce jour, la Chambre d’agriculture poursuit ses essais d’adaptation face au changement climatique. En regardant l'état des vignes, massivement touchées par la sécheresse, Manon Pinot affirmait qu'il « fallait commencer à envisager de nouveaux systèmes de culture, comme la plantation de porte-greffes tolérants à la sécheresse, voire de réfléchir à des cépages du sud pour les viticulteurs en appellations vins de France qui en auraient la possibilité ».