Vers une décroissance de l'agriculture européenne en 2035 ?
Le rapport « Agriculture Outlook 2025-2035 » publié par la Commission européenne révèle une agriculture ligotée par le Pacte vert et corsetée par ses règlements, sans réels moyens d’action pour réarmer ses filières d’ici 2035 alors que l’agriculture est devenue un enjeu géopolitique majeur.
Le conflit en Ukraine et ses impacts sur les échanges de commodités agricoles expédiées depuis les ports de la Mer Noire n’ont pas manqué de nous le rappeler. En fait, la Commission européenne présente ses projections agricoles pour l’UE à 27 en s’appuyant sur le rapport « Perspectives agricoles OCDE-FAO 2025-2034 ». Alors que le cadre financier pluriannuel de l’Union européenne (UE) pour 2028-2034 et la réforme de la PAC post-2027 pourraient entre temps changer la donne, faute de volontés politique et économique, et accentuer le déclin de l’agriculture européenne. La Commission européenne ne mentionne pas non plus l’élargissement européen à 28 États membres, voire à 35.
Demande de céréales en progression
Quoi qu’il en soit, elle anticipe le maintien des prix agricoles à leur niveau de 2019 et un euro moins fort vis-à-vis du dollar qu’actuellement. Mais elle ne se livre à aucune surenchère géopolitique intérieure et extérieure. Dans son rapport, la Commission européenne publie ses projections, production par production. En 2035, l’UE et ses 6,9 millions de paysans et salariés agricoles (versus 7,55 millions en 2024) n’engrangeraient que 128 millions de tonnes de blé (Mt), soit 10 Mt de moins qu’en 2013-2015, mais aussi 49 Mt d’orges, 61 Mt de maïs et 27 Mt d’autres céréales (sorgho, avoine, seigle). L’avoine serait davantage consommée au cours de la prochaine décade (+4 % par an). L’UE à 27 exporterait toujours une trentaine de millions de tonnes de blé et d’orges mais resterait une région importatrice majeure de maïs (au moins 15 Mt). Or la demande mondiale de céréales ne cessera de progresser au cours des dix prochaines années. Les autres pays exportateurs majeurs de grains accroîtront régulièrement leurs productions pour approvisionner l’Afrique et le Moyen Orient dans l’incapacité de pourvoir aux besoins croissants de leur population. D’ici 2035, l’UE ne sera pas parvenue à réduire son déficit en protéines et huiles végétales. Elle produirait 18,4 Mt de colza, comme en 2023-2025, mais aussi 3,1 Mt de soja et 9,2 Mt de graines de tournesol. Pour combler son déficit en protéines végétales, elle resterait un bassin de 27 pays importateurs nets de soja (14 Mt) et de colza (4 Mt). Toujours à l’horizon 2035, l’UE ne semble pas avoir l’ambition d’accroître ses productions de carburants verts pour se doter d’une flotte de véhicules et de poids lourds qui rouleraient au biodiésel ou au bioéthanol.
Pas d'ambition de souveraineté
La consommation de biodiesel n’excèderait pas 18,2 milliards de litres d'ici à 2035 et celle de bioéthanol, 7,5 milliards de litres. Pour le sucre, Bruxelles mise sur une production des 27 juste à l’équilibre (14,5 Mt). La culture de betteraves se maintiendrait en surface autour 1,42 million d’hectares mais les rendements diminueraient de 1,1 % par an. Pour toutes ces productions végétales, la Commission européenne n’a aucune réelle ambition de souveraineté. Au cours des dix prochaines années, l’UE sera incapable de prendre part à l’expansion des marchés mondiaux des produits laitiers et de la viande. Elle produirait à peine plus de lait qu’actuellement (154 Mt ; + 2 Mt sur 10 ans) et se contenterait d’en exporter l’équivalent de 20 Mt alors que le marché mondial des produits laitiers aura entre temps crû de 8 Mt. Un scénario similaire se profile sur les marchés bovins viande. Leur production devrait continuer de diminuer de 615 000 tonnes équivalent carcasse (Mtéc) d’ici 2035 pour atteindre 6,1 Mtéc d'ici à 2035 (-9,2 % par rapport à la moyenne 2023-2025). Mais comme la consommation faiblira dans les mêmes proportions, l’UE restera exportatrice nette de 250 000 téc. Or d’ici 2035, les échanges mondiaux de viande bovine auront entre temps progressé de 1,1 Mtéc. Mais le déficit européen de la production de viande ovine atteindra 100 000 téc car la consommation résisterait et relancer cette filière en Union européenne pour gagner en autonomie n’est pas programmé.
Des productions fortes
D’ici 2035, l’UE restera un acteur majeur sur le marché mondial de la viande porcine : les baisses concomitantes de sa production et de sa consommation préserveront ses capacités d’exportation (3 Mtéc par an) dans un marché mondial qui restera stable (10,5 Mtéc). Par ailleurs, les Vingt-sept États membres produiront environ 15 Mtéc de poulets. Globalement excédentaires, ils accroîtront à la marge (+0,8 % par an) leurs capacités d’exportation (2,1 Mtéc). Or le marché mondial de la viande de volaille atteindra 18,0 Mtéc horizon 2035, après avoir progressé de +2,5 Mtéc au cours des dix prochaines années. Parallèlement, la production européenne d’œufs (environ 6,5 Mt) sera concurrencée par des importations ukrainiennes. Elle croîtra de 0,5 % par an alors que les exportations d’œufs progresseront de 1,7 %. En conséquence, l’UE participera pleinement à l’expansion du marché mondial des œufs (+13 % en 10 ans) aussi bien sur son sol qu’à l’extérieur de ses frontières.