Un congrès pour prendre date
Organisé à Caen, le 80è congrès de la FNSEA a acté la mise en condition du syndicat pour les élections présidentielles de 2027. Une échéance qui, pour Arnaud Rousseau, doit s'accompagner de réformes en faveur d'une agriculture productive. Des réformes, il en est aussi question dans le fonctionnement même de la FNSEA.
« Moment de vérité », « changer le logiciel », « principe d’innovation » Dans son discours de clôture du 80è congrès national de la FNSEA, organisé à Caen, du 31 mars au 2 avril, le président du syndicat, Arnaud Rousseau, a clairement affirmé la volonté de voir l’agriculture française changer de paradigme, poussé en cela par un contexte géopolitique et économique à la fois tendu et incertain. Car l’urgence économique a rattrapé les débats. La guerre entre l’Iran et les États-Unis fait grimper le prix des carburants, donc du gasoil non routier (GNR), indispensable pour le quotidien des agriculteurs. Certes, le gouvernement a annoncé une exonération du droit d’accise sur le GNR qui s’appliquera tout le long du mois d’avril. Elle correspond à environ 3,86 € par hectolitre, soit environ quatre centimes d’euro par litre de baisse. « Très insuffisant » ont estimé la FNSEA et Jeunes agriculteurs qui réclament un coup de pouce supplémentaire de 30 centimes par litre pour compenser l'explosion des coûts énergétiques. Les 1 200 congressistes présents l’ont d’ailleurs rappelé à la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, en brandissant des pancartes « GNR ».
Volonté de réforme
Au-delà de cette demande conjoncturelle, la FNSEA entend préparer l’avenir avec, en ligne de mire, l’élection présidentielle de 2027. C’est pourquoi le rapport d’orientation présenté, amendé et adopté par le congrès entérine le « changement de logiciel » réclamé depuis plusieurs mois. Ce rapport veut ainsi engager une réforme de la Constitution pour supprimer le « principe de précaution », inscrit dans la Charte de l’environnement depuis 2005. Pour le président de la FNSEA, ce principe est devenu un « principe d’inaction » par une confusion persistante entre risque et danger. Le syndicat majoritaire plaide pour un « principe d’innovation » afin de « déverrouiller la porte du progrès » et redonner de la visibilité aux exploitants. Autrement dit : en terminer avec l’inaction et lui substituer l’action innovante. Pour illustrer l'absurdité des blocages actuels, Arnaud Rousseau a rappelé l'exemple des incendies dans l’Aude l’été dernier, où les terres irriguées ont servi de rempart contre le feu, plaidant ainsi pour un stockage de l'eau simplifié et déchargé des recours systématiques. « Osons engager une véritable révolution copernicienne pour privilégier l’engagement à la norme ! », a-t-il martelé, exigeant des preuves tangibles. Peu auparavant, Pierrick Horel, président des Jeunes Agriculteurs, a rappelé que le renouvellement des générations est « le » sujet central. Refusant le modèle de l'agrandissement par défaut, il prône des fermes à taille humaine et une PAC qui soutient réellement l’acte de production.
Impatience de la base
« Produire plus, produire mieux, produire partout » : tel est le cap fixé par les JA, qui exigent que l'agriculture ne soit plus la variable d'ajustement des accords commerciaux internationaux comme le Mercosur ou encore le traité avec l’Australie. Pierrick Horel a en outre annoncé qu’il ne renouvellerait pas son mandat de président JA lors du prochain congrès à Bourg-en-Bresse début juin. De son côté, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, n’a apporté aucune réponse sur le dossier du GNR se contentant de promettre une réévaluation selon l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Si elle a évoqué des avancées sur l'indemnisation de la tuberculose bovine ou le refus de céder sur le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), le sentiment des congressistes a été sans appel : « Elle est venue les mains vides », ont témoigné plusieurs d’entre eux. Cependant la patience de la base s’érode. Arnaud Rousseau a d’ailleurs dénoncé les délais excessifs entre les promesses et leur application concrète, citant la gestion chaotique de la PAC 2023 ou les retards de paiement du reliquat bio. La menace est désormais explicite : si les travaux battent leur plein dans les champs, le retour à la mobilisation est acté si les réponses sur le GNR, les engrais et la crise céréalière ne sont pas au rendez-vous. « Nous reprendrons nos mobilisations là où nous les avons laissées ! », a conclu le président de la FNSEA sous les applaudissements.
Pression allégée sur les cotisations
Le message porté lors du congrès est sans équivoque : il s’agit de « se transformer pour reconquérir », a indiqué Arnaud Rousseau. Cette démarche impose de regarder le fonctionnement interne avec lucidité pour rester une force de proposition légitime. Cette réflexion, issue d'un séminaire de travail mené en novembre 2025 à Roissy, traduit une volonté de « huiler les maillons du réseau » entre les échelons départementaux (FDSEA), régionaux (FRSEA) et les associations spécialisées (AS). Le pivot de cette réforme est la mise en place d'un contrat d’adhésion qui vise à répondre aux demandes de clarification du réseau concernant les flux financiers, le niveau des cotisations et les missions respectives de chaque strate syndicale. L’objectif est de créer une dynamique de groupe où chacun avance dans le même sens pour accroître le nombre d’adhérents, notamment dans la perspective des élections aux Chambres d'agriculture de 2031. Comme l’a souligné le secrétaire général Hervé Lapie, « l'exigence de proximité est une priorité absolue pour construire et garder la confiance des agriculteurs ». Pour soutenir cette ambition, la FNSEA engage une réforme radicale de ses finances. « On part d’une page blanche », affirme Éric Thirouin, trésorier. Le constat est clair : la pression financière sur la base doit être allégée. Le volume des cotisations perçues par la FNSEA sera ainsi divisé par deux, passant de 7,2 millions d’euros à 3,6 millions d’euros. Le nouveau système devrait s’articuler en deux temps : un premier appel sur une base forfaitaire, suivi d’un second basé sur la solidarité pour soutenir les FDSEA les plus fragiles. Une enveloppe de 750 000 euros sera dégagée sur le budget de la FNSEA pour accompagner les structures départementales souhaitant s'engager dans des projets structurés. Un accompagnement gradué en trois niveaux : accès pour les structures en difficulté, structuration pour celles en stabilité précaire, développement pour celles en bon état de fonctionnement. La transformation passe également par une revitalisation des échelons locaux. C’est sur le terrain, par l’explication et l’accompagnement, que se gagne l’adhésion. L’esprit de cette réforme est aussi de revenir aux fondamentaux du Serment de l’Unité paysanne de 1946 : se rassembler pour défendre les entrepreneurs du monde rural. Arnaud Rousseau prévient toutefois que cette mutation sera une « épreuve de longue haleine » qui nécessitera du temps. Une révision de la gouvernance et des statuts est prévue via la mise en place d’un conseil électif d’ici 2028.