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Accord commercial

Un accord UE-Australie sous tension pour les filières agricoles

Après le Mercosur, l'Australie. L'union européenne vient de conclure un accord commercial qui prévoit notamment l'importation de produits agricole issus de ce pays d'Océanie. Un accord, jugé « déséquilibré » par la FNSEA et les JA.

Par Christophe Soulard
Un accord UE-Australie sous tension pour les filières agricoles
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Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne et Anthony Albanese, Premier ministre australien.

Après huit années de négociations acharnées, l’Union européenne (UE) et l’Australie ont scellé, le 24 mars à Canberra (Australie), un accord de libre-échange. Engagé en 2018, suspendu en 2023 puis repris en 2025, cet accord vise, comme ceux que l’UE a déjà conclus, à créer une zone de libre-échange par la suppression de la majorité des droits de douane, l’ouverture des marchés publics et la facilitation des investissements. Ce traité prévoit d’ailleurs la suppression de plus de 99 % des droits de douane sur les exportations de marchandises européennes vers l’Australie, ce qui devrait permettre aux entreprises de l'Union d'économiser environ un milliard d'euros (1,16 milliard de dollars) par an en taxes. L'un des points de friction les plus sensibles de la négociation a concerné l'accès des viandes australiennes au marché européen. Les éleveurs australiens, qui espéraient initialement un quota de 50 000 tonnes de bœuf en franchise de droits, ont dû revoir leurs ambitions à la baisse.

Ouverture progressive du marché

L’accord final prévoit l'ouverture par l'UE de deux contingents tarifaires pour un total de 30 600 tonnes de viande bovine. Dans le détail, 55 % de ce volume de bœuf nourri à l'herbe entrera en franchise de droits, tandis que les 45 % restants bénéficieront d'un droit réduit à 7,5 %. Cependant cette ouverture de marché ne sera pas immédiate ont indiqué les instances européennes qui veulent « protéger les agriculteurs » du Vieux Continent : elle sera déployée progressivement sur cinq ans, avec seulement un tiers du quota appliqué durant la première phase. L’accord UE-Australie prévoit en outre l’ouverture d’un contingent de 25 000 tonnes de viande ovine australienne issue d'animaux nourris à l'herbe, mis en place sur une période de sept ans. La question des Indications géographiques (IG) qui avait longtemps bloqué les discussions a été résolue. Le compromis trouvé permet aux producteurs australiens de continuer à utiliser certains noms protégés en Europe, comme la « feta » ou le « gruyère », à condition que ces appellations soient utilisées localement depuis au moins cinq ans. Le cas du « prosecco » est plus spécifique : les viticulteurs australiens pourront conserver ce nom sur leur marché intérieur, mais devront cesser de l'utiliser pour leurs exportations après une période de transition de dix ans, indique l’accord. En contrepartie, l’Europe exportera des voitures, des machines, des produits pharmaceutiques, des services et quelques produits agricoles et agroalimentaires.

Inquiétudes sur les répercussions

Dès l’entrée en vigueur de l’accord, l'Australie s’engage à supprimer ses droits de douane sur les vins, les vins mousseux, les fruits, les légumes et le chocolat européens. L’UE prévoit en effet que les exportations laitières vers l'Australie bondissent de 33 % globalement au cours de la prochaine décennie, avec une croissance spécifique attendue de 50 % pour les produits laitiers transformés. Malgré ses garanties, les syndicats agricoles européens restent très inquiets quant aux répercussions de cet accord sur la pérennité de leurs exploitations. Dès le 17 mars, le Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen, dénonçait des « concessions disproportionnées » qui pourraient déstabiliser les marchés locaux et affaiblir les normes de production européennes. En France, la FNSEA et JA avaient eu aussi, fin février, vilipendé un « Mercosur bis », une « stratégie de contresens » dans une « logique décroissante » et pointé le déséquilibre de cet accord opposant 450 millions de consommateurs européens aux 28 millions d’Australiens. Le 23 mars, la Fédération nationale ovine avait qualifié cet accord de « nouveau sacrifice sur l'autel de la géopolitique ». Le texte doit désormais être ratifié par le Conseil européen et le Parlement australien pour entrer en vigueur.

 

La FNO s'insurge

La FNO s'insurge

Dans un communiqué du 23 mars, la Fédération nationale ovine (FNO) a exprimé sa vive colère face à l'accélération des négociations commerciales entre la Commission européenne et l'Australie. En effet, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était en visite le jour même à Canberra. Selon l’association spécialisée de la FNSEA, Bruxelles envisage d'octroyer à l’Australie un contingent de plusieurs dizaines de milliers de tonnes de viande ovine bénéficiant de droits de douane préférentiels. Une décision qui s'apparente à un « nouveau sacrifice sur l'autel de la géopolitique », s’indigne la FNO. Elle dénonce une mise en concurrence déloyale avec des systèmes de production australiens sanitaires, environnementaux et de bien-être animal bien moins stricts qu'en Europe. La FNO s’insurge d’autant plus que ces importations, si elles devaient aboutir, s’ajouteraient aux contingents déjà conclus avec la Nouvelle-Zélande ou l'Argentine, organisant ainsi la « mort lente » de la filière ovine française, insiste le communiqué. La FNO exige l’exclusion totale de la viande ovine de l’accord et appelle le gouvernement français à refuser toute concession supplémentaire.