Une pauvre moisson
Deux agriculteurs évoquent leurs premières récoltes entre Baigneux-les-Juifs et Venarey-Les Laumes.
On se plaint souvent de la météo, c'est humain, mais là, il y a de quoi, tous les records sont battus... Quand le mercure s'affole dans de telles proportions, il n'y a pas que les hommes qui souffrent, il y a aussi les animaux et les végétaux. « Ce n'est pas compliqué, ici sur nos terres superficielles, tous les jours à plus de 28°C, nous perdons des quintaux », résume Guillaume Moyot, agriculteur à Étormay avec son frère Maxime. Son orge d'hiver, dont la moisson a débuté le 22 juin, devrait avoir du mal à dépasser les 40 q/ha : « Cette culture était en avance par rapport aux autres, nous pensions qu'elle avait moins subi les aléas climatiques, mais elle a fini par griller elle aussi... ». La suite devrait encore plus se compliquer pour l'ancien secrétaire général de JA21 : « en blé, si nous faisons 45, il y aura de quoi être contents vu ces conditions. Nous avions tenu les six tonnes lors des deux dernières campagnes mais là, cette fois, il ne faut pas trop rêver. En colza, nous tablons sur du 20q/ha car il y a eu les insectes, le gel et puis le sec dans la foulée... Pour les pois de printemps, le pronostic est encore plus pessimiste : ce sera aux environs d'1,5 tonne/ha, soit la moitié de moins que notre potentiel. L'orge de printemps, elle, a encore plus souffert que les autres. Elle a démarré très timidement en mars a cause du froid, puis le sec s'est manifesté. Le nombre de grains est insuffisant et le remplissage en a pris un sérieux coup... Les 20q/ha ne seront peut-être pas dépassés ! Nous ferons les comptes à la fin, en temps voulu, car ce ne sont que des estimations ». Les « taules » sont très courantes dans le secteur, comme le souligne Guillaume Moyot : « il faut tenter de trouver un certain équilibre, il n'y a pas le choix, mais ce n'est pas facile. On se bat dans tous les domaines pour essayer d'y arriver. Les charges ? Nous cherchons à les limiter le plus possible. Depuis six ans, nous tentons de baisser nos intrants. Le matériel ? Nous tâchons de le rentabiliser le plus possible. Les prix de vente ? C'est ça le plus gros problème, nous ne contrôlons rien. Stocker une partie de la récolte est parfois en mesure de limiter la casse, mais rien n'est évident ».
Pas mieux, du côté de Bussy
Nathan Bornot exploite un peu « plus bas », du côté de Bussy-le-Grand. Cet agriculteur de 26 ans, hors cadre familial, a débuté sa troisième moisson le 20 juin. Les récoltes se font en commun avec deux autres exploitations : celle de son frère Samuel, à Lucenay-le-Duc et le Gaec Warnier, de Grésigny-sur-Seine. Le « repreneur » de Pascal Leroy s'attend lui aussi à une moisson très compliquée : « Je pensais que mes orges d'hiver, en variété Comtesse, s'en étaient un peu mieux sorties que les autres cultures mais finalement non ! Les rendements sont catastrophiques et vont de 20 à 40q/ha. Nous avons moissonné la nuit pour ne pas prendre de risques et préserver une qualité de paille satisfaisante. D'habitude, les apports de matière organique issues de mon élevage font du bien aux cultures mais là, la différence n'est pas perceptible du tout, c'est clairement une déception ». L'agriculteur ne se fait guère d'illusions pour son blé : « l'expert était passé avant cette nouvelle canicule, il l'estimait à 45 q/ha dans les parcelles les plus superficielles et peut-être 55 où il y a un peu plus de terre. Le résultat devrait être encore plus bas avec les aléas climatiques qui se poursuivent. C'est l'une des rares cultures que je vends en partie, il ne devrait pas y en avoir beaucoup de livraisons cette année ». Rencontré dans un champ « historique », là où s'était battu Vercingétorix, Nathan Bornot s’inquiétait d'autant plus pour ses volumes en paille : « il va être difficile de faire une récolte digne de ce nom ! Là où j'ai les pieds au moment où je vous parle, il n'y a certainement pas 1t/ha. J'ai une centaine de vaches et 300 taurillons à l’engraissement : cela sera forcément problématique ». Nathan Bornot se faisait également du souci pour son colza : « heureusement que je suis bien assuré car avec le gel et le sec, je ne m'attends même pas à dépasser 15q/ha ». Le sarrasin et le maïs du Côte-d'Orien, assez prometteurs jusqu'à présent, commencent eux aussi à accuser le coup.