Agroénergies : coupables ou non-coupables ?
Dans le cadre des Assises territoriales de l'agroécologie et de l'alimentation, organisées à Dijon les 21 et 22 septembre, s'est tenu un vrai-faux procès sur les productions énergétiques en lien avec l'agriculture. Une façon originale de créer le débat.
Parmi les innombrables thématiques abordées lors des Assises territoriales de l'agroécologie et de l'alimentation, organisée à Dijon les 21 et 22 septembre, une à particulièrement attiré notre attention : le tribunal de l'agroénergie. Il s'agissait de débattre sur les aspects positifs et négatifs des productions énergétiques (que ce soit par l'agrivoltaïsme ou la méthanisation) en lien avec les activités agricoles. Ce dispositif original d'un vrai-faux procès avec juge, greffière, témoins, jurés, procureur et avocat, a été imaginé par le collectif « Nos terres ont de l'énergie ». L'objectif de l'exercice n'était pas de déboucher sur une réponse binaire, bien ou mal, mais de permettre l'expression d'avis partagés et argumentés sur la question, et de trancher le débat sur des productions énergétiques comme solutions d'avenir, ou comme utilisation abusive de foncier agricole. Le tout devant un public lui aussi invité à s'impliquer en faisant connaître ses opinions par le biais de QR Codes. Le premier mérite de ce tribunal fut, par l'intermédiaire d'un premier témoin convoqué à la barre, Sylvain Raison, agriculteur de Haute-Saône, de rappeler que la production d'énergie est vieille comme l'agriculture : par le passé, les agriculteurs devaient consacrer une part non négligeable de leur production à l'alimentation de leurs chevaux de trait, alors unique source d'énergie pour le travail des champs.
Énergie de proximité
Au-delà, cet exploitant, qui travaille en agriculture de conservation des sol et qui a une canopée photovoltaïque installée sur une de ses parcelles rappelle « qu'un ha d'agrivoltaïsme permet de fournir de quoi faire 1,5 million de km pour une voiture. » Sa canopée produit une électricité permettant d'alimenter 1 300 foyers. La méthanisation également présente sur son exploitation lui fournit un digestat utilisé comme engrais et permettant d'abaisser les charges pour ses cultures. « De plus, j'ai produit du maïs cette année et les rendements sous la canopée photovoltaïque ont été de 20 % supérieurs au maïs directement confronté au soleil. » Les productions agroénergétiques sont aussi, pour Gabrielle Dufour, responsable Énergies et durabilités des systèmes au sein du think tank agricole Agridées, et autre « témoin » du jour, le moyen pour les agriculteurs de gagner en autonomie, de s'approprier une évolution plutôt que de la subir, à condition qu'ils soient aux manettes des projets. « Nous assistons peut-être, concluait-elle, à l'émergence d'un nouveau contrat social entre agriculteurs et société. »
À qui profitent les agroénergies ?
Comme il fallait bien contrebalancer ces approches, le procureur s'est donc demandé à qui profitaient les agroénergies : les propriétaires du foncier ? Les opérateurs énergéticiens ? N'y avait-il pas là un changement néfaste de la nature même du métier d'agriculteur ? On peut en effet imaginer qu'un propriétaire de foncier agricole ait plus d'intérêt à l'installation de panneaux photovoltaïques qu'au fait de céder de louer ses terres à un agriculteur qui les travaillerait. Pour l'avocat de la défense, il y a là au contraire des pistes pour faire perdurer une agriculture résiliente dans un contexte climatique compliqué. Il rappelait aussi que les agroénergies ne sont pas un « Far West » sans foi ni loi mais des activités encadrées de manière précise par la loi relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables (Aper) de 2023. En conclusion, ce qui apparaissait au terme des débats était notamment l'importance d'un partage équitable de la valeur produite par ces énergies entre agriculteurs, énergéticiens, propriétaires fonciers et territoires, mais aussi la nécessité de faire des agroénergies un levier pour le renouvellement des générations.