Graminées : profiter des opportunités de l'automne
Après un été très sec et des pluies encore modestes en septembre, les semis de céréales d'automne se préparent dans des conditions particulières. Les levées de vulpins et de ray-grass ont commencé dans de nombreuses parcelles, mais les cumuls de pluie restent insuffisants pour déclencher des levées massives. Dans ce contexte, les spécialistes rappellent qu'il ne faut pas miser uniquement sur la chimie : la réussite du désherbage repose sur la combinaison de plusieurs leviers agronomiques.
Les graminées adventices continuent de peser lourdement sur les résultats des exploitations. Les essais conduits par Arvalis montrent qu'une infestation relativement modérée peut déjà coûter cher : avec moins de dix ray-grass ou vulpins par mètre carré, les pertes de rendement avoisinent déjà dix quintaux par hectare. Lorsque les densités augmentent, la nuisibilité devient spectaculaire et peut atteindre plusieurs dizaines de quintaux. Des pertes de rendement qui grimpent très vite. Au-delà de la concurrence pour l'eau, l'azote ou la lumière, ces adventices dégradent également la qualité des récoltes. Elles favorisent certaines maladies et constituent notamment un relais pour l'ergot, champignon toxique pour les animaux comme pour l'homme. Dans les parcelles les plus touchées, la chimie seule ne suffit plus. Même un programme herbicide affichant 90 % d'efficacité laisse subsister quelques plantes capables de reconstituer rapidement un stock semencier important. C'est pourquoi les techniciens insistent sur la nécessité d'associer plusieurs leviers plutôt que de rechercher une solution unique.
Leviers à privilégier
Les conditions de cet automne offrent néanmoins quelques marges de manœuvre. Les observations réalisées par Agrosaône signalent des levées de ray-grass et de vulpins en cours. Dans les systèmes sans travail du sol, la destruction précoce des repousses de colza permet également d'éliminer une partie des graminées déjà levées avant l'implantation de la céréale. Pour les parcelles les plus sales, le décalage de la date de semis demeure l'un des leviers les plus efficaces. « Dans ces parcelles très enherbées, il est urgent d’attendre avant de semer ; le risque étant que les graminées lèvent en même temps que la céréale. Pour celles et ceux qui souhaitent cependant semer fin septembre, semez profond et désherbez avec les produits et les doses recommandées. », préconise Émeric Courbet, spécialiste grandes cultures, dans le bulletin Agrosaône de cette semaine. Les travaux d'Arvalis montrent qu'un report même limité du semis réduit systématiquement les levées de graminées dans la culture. À l'inverse, les faux-semis donnent des résultats plus variables et leur efficacité dépend fortement des conditions de levée. À plus long terme, la rotation reste le moyen le plus performant pour contenir les populations de vulpins et de ray-grass.
Rompre les cycles biologiques
L'introduction de cultures de printemps, lorsque le système le permet, rompt les cycles biologiques des adventices et facilite leur maîtrise. Le labour occasionnel conserve également tout son intérêt dans les situations fortement infestées, notamment lorsqu'il est utilisé après un échec de désherbage afin d'enfouir les graines produites. La campagne 2026-2027 marque par ailleurs un tournant réglementaire. Le Flufénacet, matière active majeure de nombreux programmes antigraminées, ne pourra être utilisé que jusqu'au 10 décembre. Cette échéance renforce encore l'importance des leviers agronomiques pour préserver l'efficacité des stratégies de désherbage. Le scénario de l’automne 2026 est donc beaucoup moins favorable à la levée des graminées que celui, idéal, de l’automne 2025. Dans les semaines à venir, chaque pluie significative devra donc être mise à profit. Plus que jamais, la réussite passera par l'observation des parcelles, le bon positionnement des interventions et la combinaison raisonnée des différents outils disponibles.