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Productions végétales

Ils sont passés à la fibre

Le Gaec du Pré d'Amont, à Genlis, vient de récolter de la fibre de chanvre. Ce produit est destiné à la fabrication de textiles, à l'écoconstruction ou encore à l'industrie.

Par AG
Ils sont passés à la fibre
Anthony Salignon nous présente les principales caractéristiques de la culture.

La famille Salignon, depuis un petit moment, souhaitait diversifier ses cultures de printemps. « Le tournesol, c'est bien, mais il y a beaucoup de corbeaux dans le secteur et nous ne voulions pas nous charger de trop dans cette production », indique Anthony Salignon, associé à Pascal, son père, ainsi que Thierry et Jean-Paul, ses oncles, sur l'exploitation située à Genlis. L'opportunité du chanvre s'est alors présentée. « Les échos que nous avions sur cette culture étaient plutôt bons et nous nous sommes lancés sur une douzaine d'hectares, il y a deux ans ». Avec un premier rendement de 8,2 t/ha pour un prix de 200 euros/t, la marge dégagée a été satisfaisante, au moins équivalente à celle d'un « bon blé ». Les agriculteurs ont continué sur leur lancée en doublant leur sole l'an passé. « Nous avons fait 7,5 t/ha en 2025, ce qui était encore très bien », confie notre interlocuteur. Sur la même surface cette année, le résultat est en revanche tout autre : « le chanvre n'a pas aimé ces conditions météo si particulières, comme toutes les autres cultures d'ailleurs… La baisse de production est de 60 %, nous terminons à 3,1 t/ha sur nos 25 ha, sachant qu'il faut en faire au moins 4,5 t/ha pour dégager une marge ». Stockées à la ferme jusqu'en janvier (contre une prime de 10 euros/t), chaque botte rectangulaire de plus de 300 kg rejoindra Eurochanvre à Arc-lès-Gray, en Haute-Saône, via la coopérative Interval. « Nous avons fait le choix de ne récolter que la fibre, sans les graines », précise Anthony Salignon, « avec les graines, la récolte se déroulerait un mois plus tard, ce qui serait problématique pour semer du blé, juste derrière. Pour le transport, à noter qu'Eurochanvre propose une aide de 15 euros/t. Après transformation, ce produit a des débouchés très variés comme les vêtements ou encore l'isolation des maisons ! ».

Fauché il y a quatre semaines

Le chanvre est généralement semé durant la seconde quinzaine de mai, dans des champs à forts potentiels et avec une bonne réserve hydrique : « nous visons une densité de 290 plantes au m2. Cette année, la culture avait bénéficié des quelques pluies que nous avions eues à ce moment-là pour lever, assez correctement. Mais après, ça s'est très vite compliqué avec une première canicule et bien peu de précipitations jusqu'à la récolte. Pour faire de la biomasse, il faut du soleil mais aussi de l'eau ! ». Un entrepreneur est venu avec une ensileuse quatre semaines avant le pressage pour laisser des baguettes d'environ 50 cm. « Nous avons fané juste derrière, puis une seconde fois 10 ou 15 jours après. La paille devient grise avec le temps. Le feu vert pour l'andainage et le pressage est toujours donné par un responsable technique d'EuroChanvre », informe le Genlissien de 35 ans.

Plus et moins

Le Gaec du Pré d'Amont souhaite s'inscrire dans la durée dans cette culture, en espérant qu'une belle récolte revienne dès 2027 : « pour l’instant, nous avons fait de bons blés derrière le chanvre, qui structure bien le sol. Parmi les autres avantages, il n'y a aucun traitement phytosanitaire. Si tout se passe bien, il n'y a pas de désherbage non plus. Entre 120 et 130 unités d'azote sont à apporter. Nous avons tout le matériel de fenaison nécessaire donc nous nous occupons de tout, une fois l'ensileuse passée dans nos champs. Nous pouvons également stocker. C'est aussi pour ces dernières raisons que nous sous sommes lancés dans cette production. Il existe aussi une prime à la production de chanvre industriel d'environ 90 euros/ha, en lien avec la Pac ». Parmi les inconvénients, Anthony Salignon cite notamment le coût de la semence : « elle était jusqu'à présent à 400 euros/ha… La note est un peu moins salée puisqu'elle est descendue à 330 euros. Mais tout de même, ça reste très cher… Je vois aussi une contrainte d'ordre pratique : le chanvre est une plante qui s'enroule très bien, elle peut souvent coincer au pressage et au fanage. Dans ce cas, il ne faut pas avoir peur d'aller souvent intervenir sur les machines… ».