Une énième pression
Retour sur la manifestation régionale du 15 janvier, qui a été l'occasion de rendre une petite visite à plusieurs services de l'État.
Ils étaient environ 200 : 150 de la Côte-d'Or et une cinquantaine de l'Yonne, de la Nièvre, de la Saône-et-Loire, du Jura, de la Haute-Saône et du Doubs. Ces agriculteurs, qui répondaient à l'appel de la FRSEA et des JA BFC, ont circulé dans Dijon au moyen de 70 tracteurs équipés de bennes et de plateaux, en faisant quatre arrêts dans la journée : à l'OFB, à la Dreal, à la Draaf, puis Place de la République à défaut de la préfecture, l'accès à cette dernière étant bouclé par les forces de l'ordre. Les manifestants ont pu échanger avec les responsables de tous ces services. Leur colère a été déversée, à l'image de celle de Thomas Lemée, président des JA BFC, dont voici quelques interventions : « On ne peut plus continuer comme ça ! On nous impose le Mercosur, alors on doit arrêter tout de suite le contrôle des agriculteurs, car on se fait sanctionner à chaque fois. Aussi, on ne peut pas continuer de laisser nos élevages se faire détruire par le loup. Non, on ne peut plus continuer comme ça, il faut que ça change ! Il y en a marre d'aller au tribunal chaque fois qu'un agriculteur cure un fossé ou enlève une haie de 50 mètres… Nous ne sommes pas des délinquants, il est plus facile de faire chier quelqu'un qui travaille que de mettre au boulot des gens qui ne font rien ! ». Remonté comme une pendule, Thomas Lemée continuait sur sa lancée : « on nous interdit de monter des poulaillers de 40 000 poules mais dans le même temps, on importe des œufs de l'étranger où il y a des millions de poules dans un même bâtiment… On manque d'agneaux et on importe cette viande de Nouvelle-Zélande. Dans le même temps, les animaux qui nous restent se font manger par le loup… Tout est comme ça ! C'est inadmissible. Il faut du changement, c'est maintenant qu'il faut aller de l'avant et investir ! Les jeunes sont prêts à le faire mais l'administration nous met constamment des bâtons dans les roues ».
Espoirs pour le 21
Stéphane Sauce, président de la FRSEA, demande un cap précis pour l'agriculture : « il nous faut une vision claire pour que des jeunes aient envie de s'installer, pour que les agriculteurs puissent produire et soient fiers de ce qu'ils font. Merci aux 200 agriculteurs qui ont fait le déplacement aujourd'hui, c'est une énième sortie, une énième pression. Rien n'a changé depuis nos manifestations de 2024. Nous n'avons pas forcément envie d'être là, nous serions bien mieux dans nos fermes, mais nous devons maintenir cette pression syndicale pour être heureux d'être agriculteurs demain ». L'exploitant du Doubs donnait rendez-vous à Strasbourg ce 20 janvier : « si nous avons encore une chance sur le Mercosur, il faut la jouer à fond. Strasbourg sera le point d'orgue à toutes nos manifestations. Nous comptons sur les Eurodéputés pour saisir la Cour de Justice contre l’incompatibilité avec les règles européennes de l’arrivée dans nos assiettes de produits qui ne respectent pas nos normes. Cela va se jouer sur une poignée d'eurodéputés, il faut y croire ».
Anecdotes
C'est gratuit. Les agriculteurs, dès leur arrivée au centre-ville de Dijon mercredi soir, ont déversé plusieurs bennes d'oignons. De nombreux Dijonnais ont rapidement sorti leurs sacs cabas pour se servir !
Tant pis. Les agriculteurs qui comptaient rester Place de la République dans la nuit du 14 au 15 janvier ont finalement quitté les lieux entre 1 heure et 2 heures du matin. En effet, de nombreuses personnes sont venues fêter la victoire des footballeurs marocains en coupe d'Afrique des nations, les conditions de sécurité n'étaient plus réunies pour rester sur place.
Merci. Les tracteurs qui ont évolué dans Dijon n'ont pas laissé les riverains indifférents. De notre propre expérience, lors du trajet entre la Dreal et la Draaf, environ une personne sur deux a filmé le cortège et/ou applaudi ou salué les agriculteurs dans leur déplacement. Pas mal !
Trop lourd. Les tonnages de déchets amenés par les agriculteurs le 15 janvier ont été jugés trop importants par les autorités. Plusieurs bennes ont dû être déversées avant d'accéder au centre-ville. Les normes, c'est aussi pendant les manifestations ! Qu'importe : les déchets déversés vers la Toison d'Or ont permis de bloquer la circulation plus tôt que prévu.
Deux sur cinq. Seulement deux députés, sur les cinq que compte la Côte-d'Or, étaient présents aux côtés des agriculteurs : René Lioret (5e circonscription) et Hubert Brigand (4e).
Et maintenant, Strasbourg ! Les eurodéputés se prononçaient ce mercredi 21 janvier au sujet du Mercosur. Notre journal étant parti à l'impression ce même jour à midi, nous ne pouvons pas en rendre écho ici. Un covoiturage entre agriculteurs s’organisait la semaine dernière en Côte-d'Or. Au moins deux personnes envisageaient de s'y rendre en tracteur (si tel est le cas, nous ne manquerons pas d'en reparler plus précisément dans notre prochaine édition).