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Travaux dans les vignes

Des chevaux non fiscaux

Les équins peuvent remplacer le moteur des tracteurs pour le désherbage dans les vignes. Une journée organisée par deux étudiantes l'a bien mis en avant.

Par AG
Des chevaux non fiscaux
Démonstration sur le domaine de Sylvain Pataille, viticulteur à Marsannay. (2 photos)

Connaissez-vous quelqu'un qui a un BTS ? Quel que soit son âge, demandez-lui son sujet de pic, il s'en souviendra à coup sûr. Cette épreuve d’initiative et de communication marque toujours les esprits dans cette formation. Nul doute que les deux Côte-d'oriennes Gabrielle Decosne et Ysaline Soler se souviendront du leur. Celui-ci s'est déroulé vendredi dernier à Marsannay-la-Côte sur la thématique du cheval de Trait Auxois et l'une de ses utilisations : le travail dans les vignes. Ces deux élèves de BTS « productions animales » du lycée de Cibeins, dans l'Ain, avaient convié des professionnels (voir encadré) et une classe de CE2 de l'école élémentaire Anjou de Dijon, pour apprécier le spectacle. Le cheval en exercice était un Comtois, certes, mais un Trait Auxois était bel et bien là. Il appartenait à Cyril Decosne, le père de Gabrielle, éleveur à Perrigny-lès-Dijon. « Le Trait Auxois a malheureusement moins de 100 naissances par an, il y a très peu d’élevages. Nous ressentons un besoin urgent de conserver cette race car elle fait partie de notre patrimoine, elle en fait notre fierté ! », présentent les deux étudiantes de 19 ans, avant de poursuivre : « peu de personnes connaissent ce cheval et encore moins son utilité dans les vignes. C’est pour cela que nous avons décidé de mettre en avant le Trait Auxois et cette pratique à travers notre projet d’initiative et de communication ! Sensibiliser les élèves à l’impact environnemental était aussi notre objectif. Nous avons poursuivi la journée avec diverses présentations et des petits jeux directement en classe, l'après-midi ».

Témoignages

La démonstration était réalisée sur les terres de Sylvain Pataille, viticulteur à Marsannay. Ce dernier connaît très bien les chevaux puisqu'il en a lui-même mené dans ses propres vignes : « Pour le faire, il faut beaucoup de temps et je fais désormais appel à un professionnel, qui était mon ancien stagiaire ! J'ai toujours été sensibilisé par les avantages du cheval. Je l'ai été encore plus après une rencontre en 2012 avec Abel Bizouard, très connu dans le monde du Trait Auxois. Chaque année, des chevaux désherbent 1,5 ha de vignes chez moi ». Sylvain Pataille, ancien œnologue et professeur d'œnologie, vinifie séparément ses vignes depuis 2015 : « il y a vraiment des différences de dingue entre les vins, selon le type de désherbage, avec un cheval ou avec un tracteur ! Sans entrer dans des termes techniques, des cristallisations sensibles ont été réalisées et montrent d'énormes disparités entre les essais… Les chevaux dans les vignes, ce n'est pas qu'idéologique ». Cyrille Decosne participait lui aussi à ce rendez-vous. Nous lui avons demandé son ressenti : « J'ai moi aussi travaillé avec des chevaux dans le vignoble, donc je ne vais pas vous en dire du mal ! Toutes les utilisations de notre Trait Auxois sont bonnes à prendre. Cela dit, ce n'est pas cette unique voie qui le sauvera. Contrairement à la Pologne, l'Allemagne ou la Croatie, la France n'est malheureusement pas une grande adepte de la traction animale ». L'avenir du Trait Auxois passe surtout, selon lui, par la destination bouchère et l'export d'animaux à forts potentiels génétiques. L'éleveur vient notamment de vendre deux chevaux à l'étranger : une pouliche en Belgique et un mâle en Suisse.

 

Les meneurs des Terres d'Or

Les meneurs des Terres d'Or
Les deux intervenants du jour, avec leur cheval Comtois.

Romane Dorey et Abel Bourgogne, deux habitants de Gevrey-Chambertin, proposent leurs services en labour viticole et entretien des sols en traction équine. Lancée en octobre, leur société « Les Meneurs des Terres d'Or » intervient chez sept viticulteurs de la côte de Nuits. Ces deux Côte-d'Oriens de 29 et 30 ans avaient été invités par Gabrielle Decosne et Ysaline Soler pour proposer une démonstration. L'occasion d'évoquer avec eux les avantages du cheval dans les vignes : « Tracteurs et chevaux peuvent se compléter, nous n'aimons pas parler de concurrence. Toujours est-il qu'avec un cheval, il est possible d'obtenir une meilleure précision dans le travail, en diminuant le risque d'abîmer les ceps. Nous sommes derrière le cheval et la charrue : donc au plus près de la terre et de chaque pied de vigne, nous pouvons aller très lentement, nous gérons l'allure du cheval… À l'aide d'une décavaillonneuse, nous pouvons aussi intervenir avec précision entre les ceps. Autre avantage à relever : toutes les parcelles ne sont pas accessibles avec un enjambeur, alors que le cheval, lui, peut aller partout. Un troisième point intéressant : un cheval tasse environ 300 fois mois le sol qu'un tracteur ! Notre Comtois sorti aujourd'hui fait 700 kg, mais il ne marche jamais deux fois au même endroit ». Romane Dorey et Abel Bourgogne ajoutent un dernier atout du cheval, et non des moindres : « le côté environnement bien entendu ! Le cheval marche à l'herbe, c'est plus écologique ». Contact : 09 79 04 07 28, meneurs.des.terres.dor@gmail.com