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Désertification vétérinaire

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

L’unique vétérinaire de Pontailler-sur-Saône arrête ses fonctions agricoles dans quelques jours. Sa clientèle -près de 90 élevages- tente de s’organiser.
Par Aurélien Genest
Un seul être vous manque et tout est dépeuplé
Les éleveurs Rémi Moniot, Éric Druot et Christophe Emery veulent partager leur problématique avec le plus grand nombre : «Celle-ci peut arriver à n’importe qui. Les conséquences peuvent être désastreuses pour le monde de l’élevage».
Les bruits couraient depuis les fêtes de fin d’année. La sentence est officiellement tombée début janvier : François Riondet, vétérinaire au cabinet des Trois Frontières à Pontailler-sur-Saône, mettra un terme à ses fonctions agricoles à partir du 23 février. Devant l’impossibilité de trouver un associé ou un salarié pour le seconder, le professionnel de 50 ans a décidé de se concentrer uniquement sur les animaux de compagnie. Sa clientèle agricole était représentée par près de 90 exploitations réparties sur six cantons (Genlis, Mirebeau, Pontailler, Auxonne, Moissey et Pesmes). «La nouvelle a été dure à encaisser pour nous tous», reconnaît Christophe Emery, éleveur à Perrigny-sur-l’Ognon et président cantonal GDS de Pontailler-Mirebeau, «François répondait toujours présent, à tel point que nous le considérions un peu comme un associé dans nos exploitations respectives. Notre vétérinaire ne reviendra pas sur sa décision, il est lassé de ne pas pouvoir trouver quelqu’un pour pérenniser son activité. Il est épuisé physiquement et psychologiquement par ses activités quotidiennes, les gardes et les astreintes sont très exigeantes. Ces difficultés à attirer des vétérinaires en zone rurale sont très préoccupantes pour nos campagnes, elles doivent nous interroger. Ce qui nous arrive aujourd’hui peut arriver à n’importe qui».

Solutions d’urgences
Des réunions se sont enchaînées ces tout derniers jours dans plusieurs communes, pour tenter de trouver des solutions d’urgence, en pleine période de vêlages pour certains.

En compagnie de Rémi Moniot (Heuilley-sur-Saône), Éric Druot (Mutigny), et Christine Brey (Cessey-sur-Tille), Christophe Emery a engagé des démarches pour «replacer» la clientèle agricole de François Riondet : «nous nous sommes entretenus avec lui et nous avons agi collectivement, en concertation avec les autres éleveurs, pour effectuer un travail de bon sens, en raisonnant géographiquement. Nos réunions ont été suivies par plus de 95% des éleveurs concernés. Cinq cabinets vétérinaires, au total, ont accepté de prendre le relais, certains avec motivation, d’autres par simple respect pour les éleveurs. Une cinquantaine d’élevages vont désormais s’adresser aux cabinets de Dole et d’Is-sur-Tille. Champlitte, Saint-Usage et Gy seront en charge des autres exploitations, soit un peu plus d’une trentaine de fermes, tantôt allaitantes, tantôt laitières. Tout le monde est aujourd’hui recasé, cela représente environ 12 000 bovins. C’était le premier objectif que nous nous étions fixé. Nous n’avons laissé personne dans l’attente ni au bord de la route. Mais nous sommes conscients que cette solution ne durera pas dans le temps». Le petit groupe d’éleveurs résume les limites du système : «l’éloignement des cabinets vétérinaires, bien que raisonné, est plus important qu’avant, cela va engendrer plusieurs contraintes. Sur le plan pratique, il faudra beaucoup plus de temps pour intervenir, cela posera forcément des problèmes pour les urgences. Cela n’arrange bien sûr personne. D’un point de vue économique, le prix des actes sera forcément plus élevé avec des frais de déplacement qui risquent de grimper».

Inquiétudes de mise
Rémi Moniot, Éric Druot, Christine Brey et Christophe Emery l’ont bien perçu durant leurs récents échanges avec les cabinets vétérinaires : les missions «rurales» ne font plus envie aux jeunes générations : «beaucoup de monde s’inquiète de ce phénomène de désertification vétérinaire. Certains collègues éleveurs se posent déjà des questions sur leur avenir, le risque d’arrêter l’élevage existe. Notre secteur est pourtant très dynamique avec une moyenne d’âge pas très élevée. Nous tentons donc d’attirer quelqu’un dans notre secteur. Il faut tout tenter». Le petit groupe d’éleveurs a bien sûr sensibilisé les élus. La semaine dernière, le député Rémi Delatte a notamment fait le déplacement près de Pontailler. «Nous pensons que les conséquences de cette désertification vétérinaire sont sous-estimées en France», confient les éleveurs, «nous le répétons :  nous sommes persuadés que ce phénomène va se multiplier sur le territoire dans les années qui viennent si rien n’est fait. Au-delà de ses prestations, un vétérinaire apporte un réel suivi sur les exploitations, son œil extérieur est toujours très utile. Sans lui, les éleveurs peuvent faire des erreurs qui leur coûtent cher. Les enjeux sanitaires sont aussi énormes. L’avenir de tout un secteur est en danger. Il serait aussi incohérent de ne plus pouvoir disposer de services vétérinaires, à l’heure où les médias et la société mettent l’accent sur le bien-être animal».