égalim en Bourgogne-Franche-Comté
Un séminaire régional pour voir plus loin
La Préfète de région, en lien avec la Chambre régionale d’agriculture et le Conseil régional, a organisé le 17 octobre dernier un séminaire régional dans le cadre des États généraux de l’alimentation (Égalim), sur le thème : «Innovations et alimentation de demain - Comment répondre aux besoins des producteurs et aux attentes des citoyens».
L’ouverture du second chantier des Etats généraux de l’Alimentation vient de se concrétiser en région Bourgogne-Franche-Comté, par la tenue d’un séminaire organisé par la Préfecture de Région, en collaboration avec la Chambre régionale d’agriculture et le Conseil régional. Acteurs de l’agriculture et représentants de la société civile ont été invités largement à ce «temps de réflexion partagée et de construction collective de solutions nouvelles», sur l’articulation entre alimentation et enjeux sociétaux (sanitaires, environnementaux, sociaux). Pourquoi la Bourgogne-Franche-Comté s’investit-elle la première dans cette réflexion ? Parce que dans notre région l’agriculture et l’agro-alimentaire constituent un atout économique majeur. Point important aussi, la Bourgogne-Franche-Comté bénéficie d’universités, de pôles et d’instituts qui sont autant d’éléments moteurs en matière de recherche, de développement et d’innovation pour toute la chaîne alimentaire. Christiane Barret, Préfète de Région, n’a pas manqué de rappeler qu’il ne s’agissait pas d’opposer des modèles agricoles mais au contraire d’en assurer la complémentarité. L’évolution rapide de la société, ses contradictions, les comportements divers et changeants des consommateurs et des modes de consommation, tout milite pour ces moment de réflexion partagée et ce travail collectif qui consiste à formuler des propositions constructives sur la base «de compromis solides et acceptés».
L’objectif final étant bien de «repenser une nouvelle France agricole», les systèmes actuels montrant leurs limites et certains se trouvant englués dans «des modèles insoutenables». Toutes les contributions seront remontées au niveau national à la fin du mois d’octobre.
«On mange comme on vit»...
Mais comment définir de nouveaux modèles innovants, satisfaisants pour les producteurs comme les consommateurs sans en savoir plus sur les comportements alimentaires de demain ? Le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a présenté une étude, en préalable aux travaux de groupes organisés ce 17 octobre. Une étude qui a permis d’éclairer les réflexions tout en montrant toute la complexité des comportements alimentaires d’aujourd’hui à demain, en 2025. Conséquence d’une urbanisation croissante, «on mange déjà comme on vit» ; aujourd’hui et demain l’alimentation sera encore plus «fonctionnelle, intercalaire, pratique, flexible» et... pas chère. «La valeur économique de l’alimentation baisse» et, en France comme ailleurs dans le monde, ce sont les couches moyennes qui tirent les comportements alimentaires. L’alimentation accompagne le mode de vie et certaines valeurs et tendances se trouvent partagées sur tous les continents ou presque. Les régimes alimentaires se ressemblent de plus en plus, avec la même exigence de santé et de sécurité. Au point que «le bon sanitaire devient souvent plus important que le bon goût». L’étude observe que l’on «n’a jamais consacré aussi peu d’argent pour se nourrir aussi bien». Si la consommation de viande baisse dans les pays développés, la grande masse que constituent les pays émergents et leurs populations en forte croissance imposeront pendant encore longtemps (40 ans au moins) leur faim de viandes.
Paradoxe et contradictions
Quatre grandes tendances ont été identifiées par l’étude :
- La santé, le bien-être, la naturalité
C’est l’assiette thérapeutique, sûre, traçable... qui correspond aussi à l’émergence de nouvelles identités alimentaires. On est ce que l’on mange, ou tout au moins c’est l’image que l’on veut donner...
- Les nouvelles pratiques d’achat et de consommation
Elles sont fortement influencées (pas toujours avec raison, voire avec une certaine démesure) par les réseaux sociaux et ses prescripteurs souvent en manque de légitimité. On se nourrit sur un mode nomade, avec une tendance à la simplification, à la fragmentation et à l’uniformisation des repas. Ce qui compte c’est la praticité : prêt à manger, vite réchauffé. Cela marque de la fin des modèles alimentaires traditionnels. Seul le repas du soir conserve une certaine constance. «Gain de temps et prix bas» en sont la marque distinctive.
- La mondialisation et l’antimondialisation
Là ce sont d’autres valeurs qui s’expriment : les comportements équitables et «éthiquables» ; le local et la proximité, l’acceptation d’une meilleure rémunération pour les producteurs, un fond d’exotisme avec l’émergence de nouvelles cultures alimentaires qui se combinent. Le mondial et le local ne s’excluent pas dans ces schémas, mais au contraire se renforcent. La France fait figure là encore d’exception, avec une vraie culture de la proximité, du manger local et des circuits courts. Le local résiste d’autant mieux que la peur du risque tenaille souvent le consommateur, qui veut donc «remettre la main sur son assiette».
- La quête de sens
La peur du risque, est bien présente, dans l’alimentation comme dans le reste des activités sociales, collectives et individuelles. Cette défiance se traduit par une attente de transparence, d’information sur les pratiques agricoles, de consommations plus collaboratives.
En révélant les différents ressorts des comportements alimentaires, cette étude met le doigt sur les contradictions flagrantes d’une société où le «vite et pas cher» doit aussi être «sain et riche de sens». Dans ce contexte, celui qui captera la valeur maîtrisera aussi les services alimentaires et la production de valeur. Les systèmes alimentaires et les ressorts sociologiques sont de plus en plus complexes. Les traditions perdurent cependant, «mais parce qu’elles se renouvellent constamment», comme la société, elles ne peuvent pas rester figer sous peine de disparaître. «Le monde mange de mieux en mieux» c’est un fait, mais il reste aux producteurs à trouver leurs places dans ce monde globalisé, entre niches et grands circuits de transformation et de distribution, qui captent la valeur parce qu’ils ont la main sur l’ensemble du process commercial.
L’objectif final étant bien de «repenser une nouvelle France agricole», les systèmes actuels montrant leurs limites et certains se trouvant englués dans «des modèles insoutenables». Toutes les contributions seront remontées au niveau national à la fin du mois d’octobre.
«On mange comme on vit»...
Mais comment définir de nouveaux modèles innovants, satisfaisants pour les producteurs comme les consommateurs sans en savoir plus sur les comportements alimentaires de demain ? Le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a présenté une étude, en préalable aux travaux de groupes organisés ce 17 octobre. Une étude qui a permis d’éclairer les réflexions tout en montrant toute la complexité des comportements alimentaires d’aujourd’hui à demain, en 2025. Conséquence d’une urbanisation croissante, «on mange déjà comme on vit» ; aujourd’hui et demain l’alimentation sera encore plus «fonctionnelle, intercalaire, pratique, flexible» et... pas chère. «La valeur économique de l’alimentation baisse» et, en France comme ailleurs dans le monde, ce sont les couches moyennes qui tirent les comportements alimentaires. L’alimentation accompagne le mode de vie et certaines valeurs et tendances se trouvent partagées sur tous les continents ou presque. Les régimes alimentaires se ressemblent de plus en plus, avec la même exigence de santé et de sécurité. Au point que «le bon sanitaire devient souvent plus important que le bon goût». L’étude observe que l’on «n’a jamais consacré aussi peu d’argent pour se nourrir aussi bien». Si la consommation de viande baisse dans les pays développés, la grande masse que constituent les pays émergents et leurs populations en forte croissance imposeront pendant encore longtemps (40 ans au moins) leur faim de viandes.
Paradoxe et contradictions
Quatre grandes tendances ont été identifiées par l’étude :
- La santé, le bien-être, la naturalité
C’est l’assiette thérapeutique, sûre, traçable... qui correspond aussi à l’émergence de nouvelles identités alimentaires. On est ce que l’on mange, ou tout au moins c’est l’image que l’on veut donner...
- Les nouvelles pratiques d’achat et de consommation
Elles sont fortement influencées (pas toujours avec raison, voire avec une certaine démesure) par les réseaux sociaux et ses prescripteurs souvent en manque de légitimité. On se nourrit sur un mode nomade, avec une tendance à la simplification, à la fragmentation et à l’uniformisation des repas. Ce qui compte c’est la praticité : prêt à manger, vite réchauffé. Cela marque de la fin des modèles alimentaires traditionnels. Seul le repas du soir conserve une certaine constance. «Gain de temps et prix bas» en sont la marque distinctive.
- La mondialisation et l’antimondialisation
Là ce sont d’autres valeurs qui s’expriment : les comportements équitables et «éthiquables» ; le local et la proximité, l’acceptation d’une meilleure rémunération pour les producteurs, un fond d’exotisme avec l’émergence de nouvelles cultures alimentaires qui se combinent. Le mondial et le local ne s’excluent pas dans ces schémas, mais au contraire se renforcent. La France fait figure là encore d’exception, avec une vraie culture de la proximité, du manger local et des circuits courts. Le local résiste d’autant mieux que la peur du risque tenaille souvent le consommateur, qui veut donc «remettre la main sur son assiette».
- La quête de sens
La peur du risque, est bien présente, dans l’alimentation comme dans le reste des activités sociales, collectives et individuelles. Cette défiance se traduit par une attente de transparence, d’information sur les pratiques agricoles, de consommations plus collaboratives.
En révélant les différents ressorts des comportements alimentaires, cette étude met le doigt sur les contradictions flagrantes d’une société où le «vite et pas cher» doit aussi être «sain et riche de sens». Dans ce contexte, celui qui captera la valeur maîtrisera aussi les services alimentaires et la production de valeur. Les systèmes alimentaires et les ressorts sociologiques sont de plus en plus complexes. Les traditions perdurent cependant, «mais parce qu’elles se renouvellent constamment», comme la société, elles ne peuvent pas rester figer sous peine de disparaître. «Le monde mange de mieux en mieux» c’est un fait, mais il reste aux producteurs à trouver leurs places dans ce monde globalisé, entre niches et grands circuits de transformation et de distribution, qui captent la valeur parce qu’ils ont la main sur l’ensemble du process commercial.
Plusieurs points de consensus
Après cette présentation «coup de poing» particulièrement éclairante, les acteurs de la réflexion collective se sont partagés en quatre ateliers sur différents thèmes intégrant création de valeur et éthique, rémunération du travail au juste prix pour les agriculteurs, adaptation des modèles de production aux attentes des consommateurs et enfin, sécurité, santé et durabilité de l’alimentation. Stimulés par la présentation de l’étude sur les comportements alimentaires à 2025, les groupes ont bien travaillé et leurs présentations seront bientôt consultables sur le site de la Draaf BFC. Quelques grandes propositions émergent cependant, comme celle de développer la production de protéines végétales, destinées à l’alimentation animale comme à l’alimentation humaine. Avec l’enjeu de pouvoir capitaliser sur l’image d’un «soja de pays», sur fond de contractualisation rassurante pour les producteurs et d’assurance santé et sécurité pour le consommateur. Autre piste, amener les collectivités locales et territoriales à plus d’exemplarité dans leurs comportements d’achats et à passer du discours aux actes, y compris en ce qui concerne les circuits éducatifs. Proposition innovante : celle d’un flash-code, permettant d’avoir toutes les informations sur un produit, de sa production à la distribution. Une manière de renforcer la transparence et de mieux impliquer le consommateur dans ses choix. A l’heure de la conclusion, partagée entre Daniel Prieur et Sophie Fonquernie, le consensus s’est établit sur la nécessité de redonner de la valeur au produit et de créer les outils opérationnels qui permettent là aussi de passer du discours aux actes. Consensus également sur la reconnaissance d’une rupture entre l’agriculture et l’alimentation et l’obligation de recréer du lien entre le consommateur et le producteur. Des opérations comme «C’est qui le patron» tracent une voie possible. Souvent dérouté par ses propres contradictions, le consommateur a besoin d’images fortes mais simples pour comprendre quelques enjeux majeurs pour l’agriculture et faire évoluer son comportement. Des actions de communication/commercialisation dans ce sens ne peuvent être que bénéfiques quand elles intègrent réellement le producteur et lui permette de participer directement à la formation du prix.