Accès au contenu
Betteraves

Une course contre la montre

Jeudi 16 avril, les planteurs de betteraves se sont réunis dans plusieurs parcelles pour faire le point sur l'actualité syndicale et sur les conditions actuelles de semis.

Par Charlotte Sauvignac
CGB
Ce jeudi 16 avril, les planteurs betteraviers ont parlé de l'inquiétude de l'arrivée précoce de pucerons.

Avec plus d'une cinquantaine de personnes à leurs côtés, Benoît Yot, directeur de l'Institut technique de la betterave (ITB) et Sébastien Roger, vice-président de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB) Champagne Bourgogne ont lancé la journée par un bref retour sur l'actualité. « Les températures estivales de ce début avril, bien au-dessus de la normale, ont favorisé l'arrivée massive et précoce des pucerons, vecteurs de la jaunisse virale. Une maladie redoutée par les betteraviers, qui peut détruire jusqu'à 70 % des récoltes », annonce le représentant des betteraviers de l'Yonne. Cependant, le syndicat contrebalance sur le fait que la proposition de loi « Sur-réglementation relative à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques », dites Duplomb 2 est de nouveau portée. « La dernière fois, le Conseil constitutionnel avait expliqué que les usages de produits phytosanitaires n'étaient pas assez contrôlés, notamment en ce qui concerne l'acétamipride et le flupyradifurone. Nous sommes optimistes cette fois-ci. Et nous avons la volonté que la proposition de loi Duplomb soit intégrée dans la loi d'urgence », manifeste-t-il. En colère face à la situation de pression des pucerons, il ajoute « nous n'avons pas peur de dire que l'usage d'acétamipride et de flupyradifurone est une solution entendable par rapport à d'autres produits afin de sauver nos productions de la menace de la jaunisse ». De son côté, Benoît Yot présente un point sur les marchés. Face à la diminution des surfaces de production de betteraves sucrières à l'échelle européenne, le marché a forcément « une tendance à la remontée des prix ». Le marché mondial, a contrario, est « déficitaire en sucre, ce qui profite aux spéculateurs qui tirent le marché vers le bas ».

« On espère être dans une période de bas cycle »

Avant d'aller sur les parcelles des planteurs, Benoît Yot interpelle les agriculteurs sur la remontée « de court terme » du marché de l'éthanol. « Avec l'augmentation du prix du pétrole, le marché de l'éthanol s'embellit. Nous avions des prix à 60 euros l'hectolitre, ce qui revenait à des prix de vente de 24 euros la tonne de betterave. Avec le contexte actuel, le prix de l'hectolitre est à 80 euros, ce qui fait que les betteraves sont au prix de 32 euros/tonne. Cela permet donc de désengorger les sirops stockés », analyse-t-il. Cette situation, favorable aux planteurs de betteraves, n'est pourtant que temporaire, car « les usines tournent avec du pétrole, ce qui plombe le coût industriel que nous avons dans la transformation. On espère donc que nos coopératives ont pris de l'avance dans leurs stocks pour éviter que nous sentions les effets du contexte rapidement ». Après 500 mètres de marche, nous retrouvons Pierre Houdmon, responsable régional Île-de-France/Yonne de l'ITB pour un point sur les cultures. Avec deux périodes ciblées de semis, du 5 au 10 mars et du 18 au 24 mars, Pierre Houdmon revient sur le fait que « c'est un moment crucial pour la suite de la production, surtout avec l'arrivée précoce des pucerons verts ». Sur la première période, 20 % à 30 % de planteurs ont semé et ont observé des « levées longues », notamment « à cause des déficits de température, de la pluie et des giboulées observées ». Beaucoup d'entre eux « étaient inquiets, mais à ce jour les betteraves sucrières ont deux feuilles et les planteurs concernés pourront commencer à utiliser des produits dès la semaine prochaine, sans pour autant, griller toutes leurs cartouches ». La seconde période de semis s'est étalée entre deux périodes, du 23 au 25 mars, témoignant d'une « levée compliquée » et du 18 au 21 mars observant une « levée très homogène ». Pour les aider à produire des betteraves « de belles qualités », les planteurs attendent la pluie avec impatience. Avant de reprendre la route pour de nouvelles observations, Sébastien Roger confie que l'arrivée des pucerons, deux à trois semaines plus tôt que les durées prévues habituellement, « nous questionne sur le fait d'utiliser des produits phytosanitaires sur une période plus longue. À ce stade, elles sont encore petites, pas très développées et cela peut être plus dévastateur pour nos récoltes ».