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Syndicalisme

JA BFC : répondre au présent et s'approprier l'avenir

C'est en Côte-d'Or que les Jeunes agriculteurs de Bourgogne Franche-Comté ont tenu leur assemblée générale. Ce fut pour eux l'occasion de questionner des élus et représentants de l'administration sur des sujets d'actualité, mais aussi de montrer leur attitude proactive face à France Service Agriculture, dispositif qui va changer le contexte de l'installation en 2027.

Par Berty Robert
JA BFC : répondre au présent et s'approprier l'avenir
Le député européen Jérémie Decerle, le directeur adjoint de la Draaf BFC, Christophe Blanc, le vice-président du Conseil régional, Christian Morel et la directrice régionale de l'OFB, Virginie Pucelle, ont répondu aux questions des JA rassemblés.

Au jeu des questions-réponses, les Jeunes agriculteurs sont plutôt bons : il faut dire que lorsqu'on s'installe aujourd'hui en agriculture, les raisons de s'interroger ne manquent pas… Lors de leur assemblée générale, organisée à la Fromagerie Delin, à Gilly-les-Cîteaux, en Côte-d'Or, le 17 avril, les JA de Bourgogne-Franche-Comté (BFC) se sont donc livrés à l'exercice. Chacun des départements posait une ou deux questions à quatre représentants d'entité importantes pour le monde agricole actuel : Christophe Blanc, directeur régional adjoint de la Draaf BFC, Jérémie Decerle, éleveur de Saône-et-Loire et député européen, Christian Morel, vice-président du Conseil régional en charge de l'agriculture, et Virginie Pucelle, directrice régionale de l'OFB. Le feu roulant des questions aura concerné des thématiques aussi diverses que le niveau d'indemnisation des éleveurs bovins touchés par la tuberculose, les incohérences sur les dates limites de possibilité de taillage de haies en fonction des départements, la prédation due au loup, la simplification administrative, les aides à l'investissement gérées par la Région, la future PAC ou encore l'impact de l'accord du Mercosur… Les réponses apportées étaient loin de satisfaire l'assemblée mais l'échange avait au moins le mérite de faire passer des messages.

300 propositions de simplification…

Le comptage des loups en est un : Xavier Pagnier, JA du Jura, réclamait une évolution sur ce point, mais surtout qu'on agisse réellement contre ce prédateur, plutôt que de se livrer à un saupoudrage des financements pour des moyens de protection pas toujours adaptés aux modes d'élevage locaux. Sur les attentes en matière de simplification administrative, Christophe Blanc a signalé la baisse du nombre d'exploitations contrôlées la même année et également la possibilité d'un régime spécifique d'ICPE (Installations classées pour la protection de l'environnement), adapté aux exploitations agricoles, porté dans le cadre de la Loi d'urgence en préparation. Des JA de Côte-d'Or rappelaient malgré tout que, lors des manifestations agricoles de début 2024, quelque 300 propositions de simplification avaient été présentées : un vaste chantier qui reste pour l'heure en souffrance… Cette assemblée générale permettait aussi de constater que le « feuilleton » des aides européennes gérées par le Conseil régional n'est toujours pas clos, en dépit de la volonté affichée de Jérôme Durain, président de la collectivité BFC, de régler le problème. Les aides à l'investissement, ou certains dossiers liés au Plan stratégique national (PSN), n'ont toujours pas trouvé de conclusion satisfaisante, au grand dam de nombreux JA. Interrogé sur la future PAC, Jérémie Decerle a rappelé que, pour l'heure, rien n'était encore figé : « seule la commission a fait une proposition de budget à 280 milliards d'euros. Le parlement et le Conseil de l'Europe ne l'ont pas encore fait. Or, le Parlement serait sur une proposition à 433 milliards d'euros. C'est pourquoi la France doit faire savoir qu'elle n'est pas en accord avec cette première proposition. Il faut aussi être très vigilant sur le risque réel d'une forme de renationalisation de la PAC qui pourrait accentuer les distorsions de concurrence au sein de l'UE. Dans ces négociations, la France a intérêt à mettre en avant 3 ou 4 thématiques telles que le renouvellement des générations, la structuration de filières, le revenu et le partage de la valeur, ou encore la gestion des risques. On ne doit pas tarder pour faire des propositions ! »

FSA, le grand changement

Cette assemblée générale fut aussi, pour les JA BFC, l'occasion d'aborder la mise en place, au 1er janvier 2027, de France Service Agriculture (FSA). Ce guichet unique et départementalisé est destiné à rénover le parcours d'installation en agriculture, selon trois axes : émergence, installation, transmission. FSA remplacera les Points accueil installation (PAI) ainsi que les stages 21 heures. Pour Maxime Buizard-Blondeau, vice-président des JA nationaux, qui intervenait lors de l'assemblée générale, il importe que le terrain s'empare de ces FSA, afin de les adapter aux différents contextes locaux… tout en sachant que, pour l'instant, aucun des décrets les concernant n'a encore été publié. En BFC en tout cas, on n'attend pas le dernier moment sur la question : FSA est testé en Côte-d'Or, sur la partie « Émergence » et en Saône-et-Loire, pour le volet « Transmission ». « Nous voulions nous engager pour ne pas subir la mise en place des FSA » souligne le Côte-d'Orien Baptiste Colson. Le premier bilan des tests menés en Côte-d'Or révèle un fonctionnement plutôt satisfaisant pour les porteurs de projet, mais on ne voit pas d'un très bon œil l'abandon du Plan de professionnalisation personnalisé (PPP). En Saône-et-Loire, département où 1 400 agriculteurs ont plus de 57 ans, comme le souligne le JA Maxime Bonnot, la question de la transmission se heurte à la difficulté de trouver le bon moyen d'inciter les cédants à suivre l'accompagnement proposé par le FSA : « Nous avons décidé de travailler en nous appuyant, partiellement sur des communautés de communes dans l'ouest du département qui ont déjà réfléchi à la question, mais cette phase de test nous a aussi démontré la nécessité d'établir des liens plus étroits avec la MSA afin d'avoir des informations sur les fins de carrières. » Gérald Pichot, (JA 70), confirmait l'importance de l'implication des petites collectivités locales sur cette problématique du renouvellement : « En Haute-Saône, depuis deux ans, on essaye de développer des dispositifs d'aide aux jeunes installés avec des communautés de communes. Certaines ont modifié leur règlement d'intervention en faveur de l'immobilier d'entreprise, en l'adaptant aux structures agricoles. » On le voit, à travers toutes les thématiques d'actualité qui traversent le monde agricole, les JA ne se contentent pas de regarder passer les trains. Pour Thomas Lemée, le président des JA BFC, c'est un motif légitime de fierté envers les équipes qui l'entourent, il n'a pas manqué de le rappeler.

Retour sur 2025

Les JA de BFC ont dressé le bilan des faits marquants de leurs actions en 2025. Les accords commerciaux internationaux conclus, ou en cours de discussion (Mercosur, Australie) suscitent logiquement de la colère, surtout que s'y ajoute le constat de différences de normes agricoles au sein de l'UE. « Combien de temps allons-nous encore accepter de voir notre gouvernement entraver notre compétitivité ? » interrogeait le Jurassien Philippe Cornu, secrétaire général de JA BFC. La DNC aura aussi été un fait marquant de 2025 et JA BFC salue sur ce point « le courage et le sens du collectif dont les éleveurs ont fait preuve. » Reste le problème pendant de la gestion des aides par le Conseil régional : « quand on entend, poursuit Philippe Cornu, que la PAC pourrait être gérée par les régions, je vous laisse imaginer notre inquiétude… » Le secrétaire général de JA BFC a conclu son intervention sur une demande de courage de la part des élus politiques concernant la future loi d'urgence agricole.