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Coup de chaud

Un cap difficile pour les cultures de printemps

La dernière vague de chaleur a accentué le dessèchement des sols et fait craindre une aggravation rapide du stress hydrique dans les cultures de printemps. Selon les analyses de Régis Crépet, météorologue à La Chaîne Météo, les réserves accumulées durant l'hiver ont permis de limiter les effets de la sécheresse jusqu'à présent, mais la situation se dégrade rapidement en surface depuis le mois d'avril.

Par Alexandre Coronel
Un cap difficile pour les cultures de printemps
Le premier symptôme visible du stress hydrique sur les maïs est l’enroulement des feuilles, accompagné d’un dessèchement précoce et progressif des feuilles du bas de la plante.

Malgré quelques épisodes pluvieux au printemps, les précipitations sont restées insuffisantes pour reconstituer durablement les réserves utiles des horizons superficiels. La canicule de fin mai, puis les récentes fortes chaleurs ont accéléré l'évaporation et la consommation d'eau par les cultures. Dans le même temps, les orages sont demeurés rares et très localisés. Or les prévisions météorologiques n'annoncent pas de précipitations significatives à l'échelle nationale au cours des dix prochains jours. Une perspective préoccupante pour les cultures de printemps, y compris celles implantées dans des sols profonds. Tournesols, maïs et sojas disposent encore de réserves dans certaines parcelles, mais le cap qui s'annonce pourrait être difficile à franchir si la sécheresse se prolonge. Ainsi la floraison, le développement des gousses et le remplissage des graines sont les stades où le soja est le plus sensible au stress dû à la sécheresse. Si cette dernière survient pendant les premiers stades de développement – comme c’est le cas actuellement, les pertes causées par le stress seront partiellement compensées par un taux de croissance bref mais rapide après l’arrêt du stress hydrique (effet de compensation). Cependant, le stress hydrique qui survient pendant le développement de la fleur réduit la photosynthèse et la quantité de photoassimilats destinés aux tissus reproducteurs, augmentant les pertes et réduisant ainsi le nombre de haricots viables. Plus tard, la réduction de l’activité photosynthétique due au manque d’eau entraînera un remplissage non optimal des grains. 

Stade critique pour le tournesol

Le tournesol, malgré des besoins en eau plus élevés que le maïs ou le sorgho, se montre plus robuste face au manque d’eau grâce à son adaptation physiologique au stress hydrique. Cependant, il reste vulnérable aux pertes de rendement si un épisode de sécheresse survient à un stade sensible. La période critique en cas de manque d’eau se situe à partir de la floraison. Dans ce cas, les pertes de rendement peuvent atteindre 30 %. Un stress hydrique à la floraison affecte le taux de nouaison et le nombre de graines par capitule. Enfin, à l’inverse des céréales à paille, le maïs dispose de peu de capacité de compensation si l’une des composantes de rendement est pénalisée. Si une certaine compensation peut se réaliser entre le nombre de grains au mètre carré et le Poids Mille Grains (PMG), un défaut de régularité de peuplement est rarement rattrapable dans la suite du cycle. La période de sensibilité au stress hydrique s’étend du stade 10 feuilles au stade 50 % d’humidité du grain (32 % de matière sèche pour la plante entière) dans les sols superficiels. La phase de très forte sensibilité s’étend du stade 12-13 feuilles au Stade Limite d’Avortement des Grains (SLAG). Ce stade est atteint 250 degrés jours après le stade Floraison Femelle. Un stress précoce (avant l’initiation de l’épi et de la panicule), comme celui qui nous préoccupe, a un effet limité sur le rendement. Cependant il induit un ralentissement de la croissance, un enroulement des feuilles, une réduction de la surface foliaires et potentiellement une perte en nombre de pieds/m2 dans les cas les plus extrêmes. 

Cultures d'hiver également impactées

Les cultures d'hiver commencent elles aussi à subir les conséquences du déficit hydrique. Blés et orges sont désormais engagés dans leur phase de remplissage du grain, une période particulièrement sensible au manque d'eau. Chaque journée de stress hydrique peut se traduire par une diminution du PMG, composante essentielle du rendement. Au-delà de la quantité récoltée, la qualité pourrait également être affectée, notamment à travers un moindre calibrage des grains, susceptible d'impacter la valorisation commerciale des récoltes. Selon Régis Crépet, un cercle vicieux est désormais à l'œuvre : plus les sols s'assèchent, moins l'énergie solaire est utilisée pour évaporer l'eau et davantage elle contribue à réchauffer l'air, ce qui renforce encore les épisodes de chaleur. Dans ce contexte, les pluies des prochaines semaines seront déterminantes pour préserver le potentiel des cultures et éviter une aggravation du stress hydrique sur l'ensemble du territoire.