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Sarrasin

Sarrasin : une récolte qui pourrait tourner court

Dans le nord de la Côte-d’Or, le sarrasin bio a souffert de la sécheresse et des fortes chaleurs. Chez Florian Bonfils, à Billy-lès-Chanceaux, la récolte pourrait ne pas dépasser 5 q/ha, voire être abandonnée. À l’échelle de la filière, au moins 100 des 700 hectares engagés pourraient ne pas être récoltés.

Par AG
Sarrasin : une récolte qui pourrait tourner court
Florian Bonfils n'est même pas sûr de moissonner ses parcelles, à Billy-lès-Chanceaux.

Nous continuons notre tournée culturale comme chaque vendredi en Côte-d'Or. Aujourd'hui, nous nous intéressons au « blé noir » et rendons visite à un adhérent de la filière Sarrasin bio de Bourgogne. Florian Bonfils, 43 ans, en cultive depuis 2018, année de la conversion de 50% de ses terres arables. Sa sole dédiée à cette production varie généralement entre 15 et 20 ha. Mais cette année, exceptionnellement, ses surfaces sont montées à 30 ha. « Ce n'était finalement pas une très bonne idée !», nous souffle l'exploitant de Billy-lès-Chanceaux. En arrivant dans l'un de ses champs, nous apercevons une culture assez peu développée, pour ne pas dire toute petite. « D'ordinaire, elle fait un mètre de haut. Là, nous sommes entre 20 et 30 centimètres. Mais à la limite, la taille des plantes ne veut pas dire grand-chose. J'ai déjà vu un champ très peu développé donner un rendement de 25 q/ha chez un collègue. À l'opposé, un autre d'1,50 m ne dépassait pas les 5 q/ha ».

Pronostics

Nous demandons à ce jeune père de famille ses prévisions pour la récolte. L'agriculteur paraît bien embêté… « cela peut être très variable. Si le temps reste sec, il se peut qu'il n'y ait aucune récolte, donc je dirais 0 ! C'est même très probable car un passage de moissonneuse me coûterait plus d'argent qu'autre chose. En plus, la culture est tellement basse que tout ne rentrerait pas dans la trémie. En revanche, si l'eau revient, des graines pourront encore se former et se remplir car j'ai ici une variété tardive, nommée Panda, qui s'y prête bien. Dans tous les cas, ce sera très décevant et le rendement ne dépassera pas les 5 q/ha. Ce sera ma plus mauvaise campagne ». Florian Bonfils, qui a fait le choix de semer tardivement le 13 juillet derrière un petit épeautre, ne pense pas récolter avant la fin octobre : « encore une fois, si récolte il y a... L'idéal serait même d'attendre début novembre mais le risque du prosulfocarbe, herbicide qui ne doit pas se retrouver dans notre production, sera encore plus élevé ».

Très satisfait

Cette année 2026 mise à part, le Côte-d'orien se félicite grandement du sarrasin : « je tourne généralement entre 800 kg et 1,2t/ha depuis 2018, ce qui permet de dégager une marge intéressante en productions végétales bios. Cette année sera une exception, c'est comme ça. Cette culture ne se salit pas, elle nettoie les champs et il n'y a quasiment pas d'interventions entre le semis et la récolte, ce sont de gros atouts. En ce qui concerne les tarifs, la filière vise les 1000 euros/t payés aux producteurs. Mais il y a de la concurrence sur le marché avec l'étranger et rien n'est évident. Nous sommes encore loin du compte mais cela reste tout de même intéressant quand il y a du rendement. L'an passé, le tarif était de 980 euros/t, départ coopérative. Les agriculteurs ont touché entre 800 et 850 euros, sachant qu'il y avait beaucoup d'humidité et donc des frais de séchage importants ».

Témoignage

Maxime Haran, animateur « filières et territoires » à Bio Bourgogne, nous confirme la tendance évoquée par Florian Bonfils : « Les cultures ont énormément souffert de la répétition des chaleurs et du manque d’eau… Nous estimons qu’au moins 100 des 700 hectares engagés ne seront pas récoltés. Certaines variétés précoces n’ont pas réussi à survivre à ces conditions, notamment sur les sols très peu profonds du nord Côte-d’Or. Les pluies de fin août vont permettre tout de même de sauver les meubles, relançant un cycle de floraison tardive. Mais nous nous attendons tout de même à un recul très fort des quantités récoltées ». Maxime Haran observe une progression de 50 ha des surfaces pour la campagne en cours : « cela traduit un intérêt renouvelé des producteurs lors de l’assolement, malgré une récolte 2025 plutôt moyenne. Nous avons par exemple une dizaine de nouveaux producteurs ces deux dernières années, pour trois arrêts avec deux déconversions et un retraité. Malgré les conditions difficiles de cette année, nous espérons que la dynamique se poursuivra les années suivantes pour pérenniser notre modèle de filière ancrée dans le territoire ».

C'est parti

L'animateur aborde lui aussi la récolte : « elle a commencé à certains endroits et devrait se poursuivre jusqu'à la mi-octobre. Dans l’idéal, il faudrait sûrement attendre fin octobre, mais cela reste très compliqué avec le risque lié au prosulfocarbe. Nous craignons encore fortement l’utilisation de cet herbicide, et nous appelons tous les utilisateurs à la retenue et au dialogue avec les producteurs bio qui conservent des parcelles de sarrasin ». Concernant le marché du sarrasin, Maxime Harant ajoute que « le prix départ coopérative devrait progresser cette année, dans l’état d’esprit de notre contrat trisannuel avec Moulin Marion, afin de soutenir les agriculteurs. Cela ne compensera pas complètement les pertes de rendement, mais illustre le mécanisme de solidarité dans les contrats de filières équitables ».