Colza : un automne sous tension
Le manque de pluie continue de pénaliser les colzas dans de nombreuses parcelles. Si certaines implantations sont aujourd’hui très fragiles, d’autres, mieux arrosées au moment du semis, affichent une certaine vigueur. Face à ces situations contrastées, Terres Inovia recommande d’observer les peuplements avant d’envisager un retournement ou un resemis.
Si les semis ont constitué un véritable casse-tête au mois d’août, en raison d’une pluviométrie timide, la plupart des colzas continuent de souffrir de conditions de croissance préoccupantes. Le temps sec qui perdure depuis plusieurs semaines, conjugué à des prévisions qui ne laissent pas entrevoir d’amélioration des précipitations à court terme, ne favorise pas leur développement. L’arrivée des bioagresseurs d’automne vient compléter ce tableau déjà peu favorable en ce début de campagne.
Tour d’horizon des situations au champ
En fonction des précipitations reçues au cours des dernières semaines, les situations sont aujourd’hui très contrastées à l’échelle du territoire (voir carte). Dans de nombreuses parcelles où il n'est tombé que quelques mm depuis le semis, les levées sont faibles et irrégulières, avec parfois peu de pieds au m² et une forte pression des adventices, qui profitent des conditions difficiles pour le colza. Dans les situations les plus critiques, les colzas sont chétifs, flétrissent et meurent sous l'action du stress hydrique couplé parfois aux prélèvements alimentaires des ravageurs (punaises notamment).
À l’inverse, les parcelles ayant bénéficié de quelques pluies au moment du semis présentent des colzas bien implantés, vigoureux et suffisamment développés pour faire face aux attaques de grosses altises, dont les premiers vols sont enregistrés depuis la mi-septembre dans l’ensemble de la zone nord-est. Dans ces situations plus favorables, l’objectif est désormais d’accompagner la croissance du colza avec une conduite adaptée, notamment en matière de fertilisation et de protection, afin de consolider les biomasses avant l’entrée de l’hiver et de viser l'obtention de 1,5 kg/m² de biomasse verte.
Faut-il retourner les colzas peu développés ?
Il est trop tôt pour prendre cette décision. Avant d’envisager le retournement d’une parcelle, il sera donc essentiel de réaliser un diagnostic objectif de la situation, à partir d’observations réalisées en plusieurs points de la parcelle.
Le premier critère à regarder sera la densité de pieds, à apprécier en tenant compte de leur répartition : une parcelle à 10 pieds/m² bien répartis n’a pas le même potentiel qu’une parcelle présentant la même densité, mais avec de nombreuses zones clairsemées. Il faudra également observer le développement du colza, car un colza peu développé aujourd’hui n’est pas nécessairement condamné si les plantes sont saines, enracinées et disposent de ressources pour repartir dès que les conditions redeviendront favorables. Le niveau de salissement sera également à être pris en compte, tant pour la concurrence qu’il exerce sur la culture que pour le risque de salissement de la parcelle pour les prochaines campagnes, notamment lorsque les solutions de lutte chimique disponibles ne sont plus suffisantes pour contrôler la flore en place.
Ainsi, lorsque la densité est inférieure à 5 pieds/m², ou se situe autour de 5 à 10 pieds/m² avec une forte hétérogénéité et/ou avec un salissement important, le retournement pourra être envisagé dans un second temps, en fonction de la dynamique de développement de la culture et du potentiel des pieds en place à poursuivre leur croissance au cours de la campagne.
Pour les parcelles présentant plus de 10 pieds/m², une densité inférieure à l’objectif de peuplement ne remet pas en question le maintien de la culture, compte tenu des capacités de compensation du colza, dès lors que le peuplement est homogène et composé de plantes relativement vigoureuses.
Peut-on encore resemer ?
Le resemis d’un colza doit être envisagé avec une extrême prudence, car les conditions actuelles peuvent rendre l’implantation particulièrement risquée. Le premier point à regarder est la climatologie à venir : en l’absence de pluie annoncée dans les 15 prochains jours, la
levée et l'installation d’un colza semé tardivement seraient fortement compromises. À cela s’ajoute un risque ravageurs élevé : l’arrivée des grosses altises est désormais en cours, tandis que la pression des punaises perdure depuis plusieurs semaines. D’autres ravageurs, comme les fourmis ou les criquets, peuvent également pénaliser les pieds peu poussants.
De plus, un resemis tardif expose la plante à un risque de développement insuffisant avant l’hiver. Un colza qui n’aura pas eu le temps d'atteindre le stade rosette avant l'arrivée du froid hivernal, sera davantage sensible à la baisse brutale des températures, avec un risque réel de gel de la culture (là où un colza au stade rosette peut tolérer des températures pouvant atteindre jusqu'à -17 °C).
Que faire à la place d’un colza retourné ?
En cas de retournement du colza, le choix de la culture de remplacement doit tenir compte des interventions déjà réalisées sur la parcelle en matière de désherbage. Les possibilités de réimplantation peuvent en effet être limitées par les matières actives utilisées (voir tableau).
Si aucun désherbage n’a été réalisé sur le colza, un semis de céréales peut être envisagé.
En revanche, si un désherbage de prélevée a déjà été appliqué, les possibilités de remplacement sont plus limitées et des précautions s'imposent. Pour minimiser les risques, il serait souhaitable de s'orienter davantage vers une culture de printemps, comme le tournesol (en vérifiant au préalable les éventuelles restrictions liées aux produits utilisés).
Quid des zones sans colzas au sein des parcelles ?
Lorsque des zones conséquentes sans colza sont présentes au sein des parcelles, le rapiéçage peut être envisagé afin de valoriser ces espaces et de limiter leur risque de salissement dans le futur. Dans ces situations, une légumineuse comme la féverole d’hiver ou le trèfle peut constituer une alternative, en fonction du contexte de la parcelle, des conditions d’implantation et de la place disponible pour ces cultures dans la rotation.