Tendue comme prévu
L'assemblée générale du GDS de Côte-d'Or a connu des débats animés sur le sujet de la tuberculose bovine.
Il se murmurait, depuis des semaines, que l'assemblée du GDS21 du 26 mars à Sombernon allait être animée. Elle l'a été, tout particulièrement lorsque la tuberculose bovine est arrivée à l'ordre du jour. Nous ne pouvons pas faire écho ici de toutes les interventions et remontées de la salle, nous nous contenterons donc d'un certain nombre. Une anecdote, tout d'abord, pour commencer et pour donner l'ambiance : nous avons croisé, en dehors de la salle, une éleveuse, seule, dépitée par la situation et au bord des larmes : « Ils vont me tuer toutes mes vaches, ils n’en ont rien à foutre de nous ! Le directeur de la DDPP n'est même pas là ce matin ». Un petit geste sur l'épaule ne changera rien : la dame passe un très mauvais moment. De retour au sein de l'auditoire : des représentants de l’administration sont au micro et présentent les chiffres de la recrudescence de la maladie dans le département. Les quatre foyers actuels pourraient ne pas être les seuls cette campagne.
Réactions
Des éleveurs s'expriment. Olivier Renault, dont le troupeau a été déclaré foyer le 27 janvier à Courcelles-lès-Montbard, ouvre le bal et regrette une nouveauté réglementaire : « le nouveau protocole d'assainissement nous oblige à contrôler tous les bovins en IDS (Intradermo-tuberculination simple) de plus de 6 semaines. Avant, seuls les bovins de plus de six mois étaient concernés. Mon Gaec n'est pas équipé en termes de contentions pour ces animaux à plus faibles gabarits ». Le Gaec Renault, qui a déjà fait abattre 23 bovins (aucun n'avait de lésion ni de PCR positive), devra faire un nouveau contrôle, dit C1, à partir du 7 avril sur tous ses bovins : « comment allons-nous faire pour les plus jeunes ? Nous n'avons pas de solution aujourd'hui ». L'éleveur craint de devoir perdre entre 15 et 20 nouveaux animaux lors du prochain contrôle et se dit révolté devant cette réglementation « de plus en plus contraignante alors que, dans le même temps, le piégeage de la faune sauvage n'est pas suffisant ».
Mot syndical
Antoine Carré, président de la FDSEA, prend le relais : « Nous sommes passés de 45 foyers en 2010 à 0 foyer il y a deux ans, le protocole ne devait pas être si mauvais que ça… Les éleveurs font déjà beaucoup d'efforts. J'ai déjà été foyer, je sais de quoi je parle. Les syndicats avaient été très clairs avec l’administration sur ce sujet : il était hors de question de reprendre des animaux de six semaines. Nous n'en pouvons plus de ces protocoles et de ces normes venant de Bruxelles, de Bercy et de la DGAL ! Je reçois chaque jour une dizaine de SMS d'éleveurs qui me demandent ce que l'on attend pour tout retourner. Il faut arrêter de nous prendre pour des cons, cette situation est ingérable pour les agriculteurs et pour les responsables syndicaux comme moi qui ont l'impression de brasser du vent ». Jean-Luc Gerbron, éleveur à Crépand et lui aussi responsable à la FDSEA, en remet « une couche » sur la faune sauvage, en incluant le sanglier : « les zones noires sont identifiées depuis très longtemps et pourtant, le travail n'a pas été fait pendant trois ans ! Des sociétés de chasse font de la gestion de sangliers, c'est de l'élevage ! ».
Manque de piégeurs
Concernant les blaireaux, Olivier Jacquand, agriculteur à Francheville et président des louvetiers de Côte-d'Or met en évidence de grandes difficultés à recruter des piégeurs : « le matériel est pourtant fourni et chaque blaireau est indemnisé à hauteur de 36 euros. Cela ne semble intéresser personne, même pas des jeunes qui pourraient se faire un peu d'argent. Quelqu'un qui a du temps, dans une saison, peut piéger entre 30 et 40 blaireaux et donc être payé près de 1 500 euros… Nous manquons clairement de bras, il va falloir trouver des solutions ». Certains éleveurs émettent l'hypothèse de passer l'indemnité à 100 euros du blaireau piégé, voire d'attribuer cette tâche à des fonctionnaires. Antoine Carré enchaîne : « les services de l'État ne font pas leur boulot, il y a pourtant bien assez de fonctionnaires pour aller le faire, c'est une question de choix et volonté politique. Classer le blaireau nuisible serait aussi une avancée. Cet animal est le vecteur principal de la tuberculose. Je me suis entretenu avec des homologues d'autres départements français et tous disent la même chose : le blaireau, ce n'est plus possible ! ». Le président de la FDSEA lit alors une publication sur son smartphone : « à Venarey, il y a eu un comblement de terriers, qui devait sans doute gêner les voies ferrées. Il y a, je cite, un préventeur faune de la SNCF qui a préalablement déplacé les animaux avant cette opération. À ce que je comprends, des gens ont donc été payés pour reloger des blaireaux, c'est incroyable dans un tel contexte ! ».