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Portrait

Stéphanie, une vétérinaire investie

Nous avons échangé avec Stéphanie Philizot, vétérinaire à Venarey-Les Laumes, en abordant son parcours mais aussi sa vision sur deux maladies : la tuberculose et la DNC.


 

Par AG
Stéphanie, une vétérinaire investie
L'habitante de Semur-en-Auxois préside la société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) depuis deux ans.

Autour de Semur et Venarey, tout le monde agricole la connait. Stéphanie Philizot exerce dans le secteur depuis 1999. « Je suis restée au cabinet semurois jusqu'en 2015, année où la rurale a été arrêtée. J'ai pris ensuite la direction de Venarey-Les Laumes où je travaille aujourd'hui avec sept collègues, en tant que collaboratrice libérale. Nous intervenons dans environ 150 exploitations agricoles, dans un rayon de 30 km autour de notre siège », retrace cette femme de 56 ans.

Présentation

Avant de parler « pro », abordons quelques facettes de sa vie. Stéphanie Philizot a la particularité d'être née au Canada : « mon père, ancien traducteur, avait pris la décision d'aller s'installer là bas. Il y est toujours, ainsi que ma sœur. Me concernant, je suis rentrée avec ma mère en Côte-d'Or à l'âge de 12 ans ». L'envie de se lancer dans une carrière de « véto » a vite émergé : « j'ai toujours aimé la campagne et les animaux. Vétérinaire rurale était pour moi un métier très utile, avec une fonction essentielle en lien avec nos besoins premiers. J'ai suivi des études à Toulouse, où j'ai été diplômée en 1998. Je remercie chaque jour Alain Chauzy, vétérinaire à Semur qui m’a fait confiance en m’embauchant juste après mon stage, sachant qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes en rurale à l'époque ». Pour poursuivre cette partie présentation, cette Côte-d'orienne n'est pas issue du milieu agricole : « ma mère travaillait dans l’hôtellerie. Il faut remonter à l'époque de mes arrière-grands-parents qui habitaient Saulieu pour voir la trace d'une exploitation ».

Cap sur la SNGTV

Membre du conseil administration, secrétaire générale, vice-présidente puis présidente depuis 2024 : Stéphanie Philizot s'est toujours investie au sein de la société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV). Notre interlocutrice nous en dit davantage sur cette structure : « cette association fédère de les groupements techniques départementaux et régionaux, elle développe et assure la promotion des compétences des vétérinaires dans toutes les filières. La SNGTV est très impliquée dans la gouvernance sanitaire de notre pays dans les domaines de la santé animale et de la santé publique, en lien régulier avec les acteurs des filières animales et de l'administration. Nous apportons notre parole technique du terrain, cela permet de faire une moyenne avec les théories scientifiques et la réglementation ». Stéphanie Philizot a intégré la SNGTV en 2005, au moment où débutaient les problèmes avec la tuberculose dans le département : « nous étions un peu seuls à nous battre contre cette maladie. J'ai eu envie de comprendre ce qui nous arrivait... J'ai donc intégré l'une des 18 commissions de la SNGTV qui était dédiée à l'épidémiologie ».

Ne pas baisser la garde

La tuberculose bovine est une maladie « très insidieuse », souligne la vétérinaire : « sa lutte ne peut s'entendre qu'au très long cours, c'est-à-dire sur plusieurs dizaines d'années. Cela fait 20 ans que nous la combattons en Côte-d'Or : forcément, une certaine lassitude s'installe chez les acteurs, il y a moins d'investissement dans tous les secteurs. Mais à chaque fois que l'on baisse un peu la garde avec une telle maladie, celle-ci refait surface, et c'est notamment le cas en ce moment ». Stéphanie Philizot rappelle que les dépistages se faisaient à partir 12 mois il y a encore quelques années : « cet âge minimum est passé ensuite à 24 mois, cet exemple illustre le fait que l'on a bel et bien baissé la garde... Cette mesure a permis à la maladie de faire davantage son nid. La facture avec la tuberculose bovine, nous ne la payons pas la campagne suivante, mais plutôt 3,4 voire 5 ans plus tard ». La présidente de la SNGTV confirme l’utilité des abattages diagnostiques : « c’est très difficile à accepter de la part des éleveurs, surtout que ces abattages sont souvent infructueux en apparence. Mais encore une fois, il faut maintenir notre vigilance à un haut niveau. Telle est la condition pour éviter de nouveaux foyers ».

Et la DNC

Stéphanie Philizot s'intéresse également à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), dossier qui l'a énormément mobilisée ces 12 derniers mois : « cette maladie, c'est un peu comme la tuberculose bovine, mais en beaucoup plus rapide... Elle est capable de s’incruster et de vivre à bas bruit, il est donc très important de l'éradiquer le plus vite possible, et c'est ce qui a été fait en Savoie ». La vétérinaire n'est pas très optimiste concernant les semaines à venir : « j'espère me tromper, mais je serais très étonnée s'il n'y avait pas de nouveaux foyers dans le sud-ouest de la France cet été. En Espagne et en Sardaigne, la DNC est réapparue ces deux derniers mois. Dès lors que certains animaux ne sont pas immunisés et qu'une source de virus est ainsi maintenue, la maladie repart inéluctablement ». Stéphanie Philizot n'exclut pas non plus de nouveaux cas dans le Jura et en Savoie : « l'avenir nous le dira, mais il y a probablement moins de chance que dans le sud-ouest, là où la vaccination a été plus tardive et réalisée dans de mauvaises conditions à cause de l'alpage et des antivax. Dans tous les cas, les éleveurs des zones concernées ont eu beaucoup de courage. Ces situations sont très dures, et les mesures sont indispensables pour éviter que la maladie se propage. Avec la nature, il ne faut jamais essayer de négocier, elle s'en moque et continue de faire son boulot ».