Un hiver qui dure neuf mois
L'association d'éleveurs Elvea 21-89 a tenu son assemblée générale le 17 septembre à Vitteaux. L'occasion d'échanger avec Christophe Lechenault.
Il y a quelques semaines, il y avait encore débat. Cette fois-ci, il n'y en a plus : 2026 est pire que 1976. Christophe Lechenault travaillait à l'époque avec son père et est en mesure de témoigner : « en effet, je n'avais que 10 ans, mais je m'en souviens bien. Cet été très difficile nous avait tous marqués, je ne dis pas le contraire, d'autant plus que la mécanisation n’était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Il y avait certes encore moins de fourrages mais les températures n'avaient pas été aussi élevées que cette année. Et énorme différence : en septembre, il avait plu ! Aujourd'hui, nous sommes partis pour avoir un nouveau mois sans la moindre précipitation ou presque et l'herbe ne pourra malheureusement plus repousser ! De ce fait, nous continuons d'affourager encore et encore… Quelque part, c'est comme si l'hiver avait commencé le 1er juillet. Jusqu'à la prochaine mise à l'herbe, ça fera neuf mois ! ».
Les stocks s'amenuisent
L'éleveur de Saint-Thibault s'inquiète de l'état de stocks : « chaque exploitation a plus ou moins de fourrages mais personne ne prévoit des volumes pour deux hivers consécutifs. Certains élevages sont en mode survie, c'est très inquiétant. Et, plus loin que les prix, c'est aussi et surtout la disponibilité des produits qui pose problème : s'il est encore possible de trouver de la paille en France, ce n'est plus le cas avec le foin ». Ces difficultés ont bien évidemment alimenté les discussions de ce 17 septembre, à Vitteaux. Christophe Lechenault abordait ensuite le plan d'urgence mis en place par l'État : « il ne suffit bien évidemment pas. Mais nos pertes sont tellement importantes qu'il sera impossible de les compenser. Le système assurantiel et les aides du gouvernement ne pourront pas répondre en totalité aux problèmes financiers des exploitations si on ne modifie pas notre modèle. Il faut peut-être revoir le taux de chargement à l’hectare, les potentiels de production des prairies et des productions végétales. Il va falloir faire des choix en supprimant peut-être des cultures. Le maïs, pourquoi pas ? Ou implanter des nouvelles, faire davantage de stocks de fourrages en arrivant à optimiser la pousse de printemps… Quant à l’eau, là aussi, on ne peut pas la laisser couler et déborder l’hiver sachant qu’on en manque l’été, quelques fois au printemps et même parfois à l’automne ! Le stockage devient une nécessité vitale pour l’agriculture ».
Sanitaire
Le président d'Elvea 21-89 enchaîne sur les dossiers sanitaires, notamment avec la DNC, la MHE et la tuberculose : « concernant la DNC, nous n'oublions pas les quelques adhérents que nous avons à l'Est du département, qui se trouvent dans la zone verte. La vaccination y est obligatoire et un protocole doit être respecté en cas de ventes et de transports d’animaux… Pour la MHE, la Côte-d’Or est coupée en deux : une zone indemne et une zone régulée, dans laquelle les éleveurs étaient également soumis à des tests sur les animaux en cas de mouvements. Cela devrait changer favorablement à partir du 1er octobre. Enfin, pour la tuberculose, les résultats sont très inquiétants car nous sommes à sept foyers recensés. Pour certains, c’est la deuxième voire la troisième recontamination de leur élevage. Depuis des années, j’entends des responsables professionnels ou des représentants de l’État parler de biosécurité, de double clôture, de gestion du foncier et des mouvements d’animaux… Il y avait peut-être des choses à améliorer mais quand un éleveur n’a pas de voisins, qu’il fait son travail sanitaire correctement avec son vétérinaire et qu’il retombe foyer tuberculose, que dire ? Comment peut-on imposer à cet éleveur d’abattre ses bovins, de les tester régulièrement et à côté de cela, laisser une faune sauvage incontrôlée et incontrôlable, sous prétexte, entre autres, de biodiversité ? L’État doit prendre ses responsabilités de garant sanitaire du département. Pour finir avec ce dossier, je veux saluer le combat de la profession pour la revalorisation des abattages diagnostiques ».
Du positif
Christophe Lechenault termine cet échange avec des éléments beaucoup plus positifs, à commencer par les cours des bovins : « fort heureusement, ils se tiennent encore à des niveaux que nous n'avions jamais connus avant. Alors certes, il y a eu une petite baisse dans les broutards mais nous sommes encore assez bien positionnés par rapport aux coûts de revient. Malgré cela, nous devons rester très vigilants par rapport aux charges qui continuent d'augmenter. Nous n'avons pas la main sur le carburant ou les engrais, mais la technique peut encore nous faire économiser sur plusieurs postes dont la mécanisation, l'alimentation du bétail et même les frais vétérinaires ». Plus spécifiquement sur l'association d'éleveurs, le président salue le travail des deux techniciennes Carole Aubert et Élodie Pageot : « leurs services apportés à nos adhérents sont très précieux ! Il y a de plus en plus de tâches administratives à réaliser dans nos métiers, Carole et Élodie nous font gagner un temps fou. En ce moment, elles ont notamment en charge les demandes d'aides liées au GNR et à l'engrais. Il serait dommage de passer à côté de ces soutiens, par manque de temps ou d’appréhension par rapport à des papiers à remplir. Cela va sans dire, des services et des conseils d'ordre technique sont également proposés par notre association, toujours dans l'idée de progresser ».