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Producteurs céréaliers

Sous le signe de la mobilisation

Nancy a accueilli, les 26 et 27 mai, les débats du congrès annuel de l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB).

Par D'après communiqué
Sous le signe de la mobilisation
 « Nous ne lâcherons rien face à cette situation », a promis Éric Thirouin, président de l'AGPB.

Dans un contexte où la filière céréalière française traverse une crise économique sans précédent, avec trois années consécutives de revenus négatifs, l’AGPB a placé son congrès sous le signe de la mobilisation en interpellant l’opinion et les Pouvoirs publics sur les difficultés qui s’accumulent pour les céréaliers. L’accès aux moyens de production reste la priorité numéro un de l’AGPB, avec le combat sur les engrais par exemple. Le syndicat exhorte le gouvernement à prendre des mesures rapides pour soulager les trésoreries des agriculteurs alors que les incertitudes pour la prochaine campagne se profilent déjà. Plusieurs mobilisations se sont tenues les jours précédents en Meurthe-et-Moselle et dans les départements qui se trouvaient sur la route que la ministre devait emprunter pour se rendre à Nancy. L’installation par la FDSEA 54 d’un labyrinthe de paille devant le congrès, symbolisant « les impasses réglementaires ou politiques » dans lesquelles l’agriculture est parfois enfermée, a constitué le clou de cette mobilisation. Elle visait également à alerter l’opinion.

Un « guichet engrais »

Après être revenu sur la situation dégradée vécue par les producteurs, Éric Thirouin, président de l’AGPB, s’est adressé à la ministre, malgré son absence. Parmi les revendications, la suspension de la taxe engrais (MACF), ou a minima sa compensation pour les producteurs, reste d’autant plus nécessaire que la guerre en Iran a fait exploser leurs prix. À ce sujet, l’AGPB exhorte une nouvelle fois la ministre à solliciter la réserve de crise européenne pour aider le secteur céréalier, dont les besoins sont estimés à 500 millions d’euros pour couvrir la hausse des coûts de production. À travers une réponse vidéo, Annie Gennevard confirme l’ouverture d’une enveloppe européenne à hauteur de 200 millions d’euros, « espérant pouvoir doubler cet effort » et se disant proactive dans les négociations sur la clé de répartition pour « faire valoir la part de notre consommation au sein de l'UE qui s'élève à 20 % ». Elle annonce également l’ouverture d’un guichet engrais au niveau français pour compenser les surcoûts, sans en préciser les contours pour l’instant. Une première étape saluée mais qui nécessite d’être concrétisée, précise l’AGPB.

Des mois « décisifs »

À travers plusieurs séquences de débats et d’interventions d’experts, l’AGPB a décortiqué les nombreux freins qui pèsent sur la filière et grèvent les revenus des producteurs. L’exemple de la redevance pour pollution diffuse a été utilisé pour illustrer des taxes franco-françaises tout comme les restrictions qui s’appliquent aujourd’hui sur certains produits phytosanitaires, pourtant homologués chez nos voisins européens. L’AGPB a rappelé le besoin de disposer rapidement de molécules face à des impasses techniques à répétition, et porte plusieurs propositions afin de prioriser les usages et faciliter la disponibilité des molécules. Parmi les temps forts du congrès, on notera la présence, autour de l’AGPB, des présidents des associations grandes cultures de la FNSEA, ainsi que d’Arnaud Rousseau. Une première qui a marqué les esprits et envoyé un signal fort : face à l’adversité, les filières végétales se serrent les coudes. « Les mois qui viennent seront décisifs », a insisté Éric Thirouin, rappelant que l’unité était la clé pour peser dans les débats politiques, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Les présidents des cinq AS végétales sont également revenus tour à tour sur leurs attentes concernant la loi d’urgence, dénonçant le manque d’ambition sur les enjeux de l’eau, de la protection des plantes ou des distorsions de concurrence.

Gain de cause en MAE

La viabilité économique des exploitations, notamment dans les ZI, est au cœur des préoccupations, et les AS réclament aussi bien des mesures immédiates qu’un travail de fond sur les leviers de compétitivité. On notera que les AS ont obtenu gain de cause auprès de la ministre sur la MAE-ZI, avec une rallonge budgétaire de 35 millions d’euros et un report des fonds sur 2027, pour la partie n’ayant pu être utilisée cette année. Un travail a également été mené pour l’assouplissement du cahier des charges, principal frein à la souscription des MAE-ZI, se traduisant par un assouplissement du PSN. Concernant les leviers structurels, un travail sur la nouvelle Pac apparaît indispensable, l’AGPB proposant notamment la création d’une ICHN végétale et d’aides couplées grandes cultures à la hauteur des enjeux. Plus largement, le réarmement de l’agriculture passera également par une révision des filets de sécurité au niveau européen, qui restent pour la plupart inopérants aujourd’hui.

« Nous ne lâcherons rien »

Dans cette période de remise en question pour le secteur céréalier, L’AGPB a également mis en avant son travail de fond, avec la création de plusieurs groupes de travail visant à explorer ou consolider de nouvelles pistes et débouchés, y compris les plus innovants, afin de redonner de la visibilité et de la stabilité aux producteurs. Il s’agit pour le syndicat de construire « les 30 futures années, avec des solutions qui seront forcément plurielles et combinatoires ». « Nous ne lâcherons rien », a promis Éric Thirouin, confirmant la détermination de l’AGPB à poursuivre les combats engagés et à proposer un projet d’avenir pour la céréaliculture française.

La délégation côte-d'orienne présente au congrès.