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Semis de colza

Ça s'appelle revenir de loin

De nombreux agriculteurs ont enfin réussi à semer du colza. Nous avons échangé sur ce sujet et d'autres avec Fabrice Faivre, exploitant près de Genlis.

Par AG
Ça s'appelle revenir de loin
L'agriculteur de Varanges, rencontré lors d'un déchaumage le 1er septembre.

Au 15 août passé, les producteurs de colza se grattaient la tête comme jamais, ne voyant toujours pas la moindre goutte d'eau arriver. La situation s'est heureusement décantée. « Il est vrai que c'était très mal parti », reconnait Fabrice Faivre, rencontré la semaine dernière dans la plaine dijonnaise, « cette situation était assez générale, partout en France. Et toute la filière s’inquiétait... Mais les pluies que nous avons eues dernièrement ont permis de sortir les semoirs. Il y aura toujours des exceptions. Des surfaces en colza, il y en aura certainement moins que l'an passé mais globalement, beaucoup ont tout de même réussi à semer ».

Pas d'engrais ni d'herbicide

Son propre colza a été implanté au semoir monograine le 20 août. La levée était déjà visible cinq jours plus tard : « il était tombé entre 15 et 20 mm à l'endroit concerné, j'avais pu affiner les terres juste avant. Le semoir monograine est pertinent dans ce cas de figure où il n'y a pas beaucoup d'humidité. Je n'ai pas désherbé tout de suite et je ne suis pas le seul dans ce cas, afin de prendre le risque minimal si ça ne levait pas. De l'engrais ? Non, je n'en ai pas mis ». Les semis semblent réalisés dans tout le secteur de Varanges, le village de Fabrice Faivre et même au-delà, selon les échos de l'ancien président de la FDSEA21 et actuel administrateur FOP. Les agriculteurs « en retard » avaient encore la possibilité de se rattraper durant la première semaine de septembre : « nous pouvons nous le permettre dans la plaine, contrairement aux plateaux où c'est davantage risqué. L'objectif reste toujours le même : il faut semer de bonne heure pour obtenir un colza robuste ».

Une « cata » évitée

Ne pas semer de colza aurait été une « cata » pour bon nombre de producteurs, dans le contexte 2026 : « c'est une très bonne tête d'assolement qui subit un peu moins les aléas que les autres productions. Du moins, dans ce secteur. Si l'on n'en fait pas, on repart souvent avec une culture de printemps, avec tous les risques que cela engendre... Je pense notamment au tournesol, qui n''est pas épargné cet été. Un technicien de Dijon Céréales m'a informé que les premières parcelles fauchées dans le coin vont de 7 à 20 q/ha. Les premières récoltes ne sont jamais les meilleures, mais elle ne descendent jamais aussi bas. Si certains champs tireront leur épingle du jeu, du tournesol, il en manquera cette année ». Le soja, l'une des autres cultures d'actualité, souffre tout autant. Fabrice Faivre a pour sa part maintenu le potentiel de ses champs grâce à l'irrigation : « nous voyons toute la pertinence des arrosages lors de cette campagne. Ce qui a été irrigué pourrait faire 35 q/ha alors que, ce qui ne l'est pas, pourrait plafonner à seulement 10q/ha dans certains endroits. Je le vois bien au sein d'une même parcelle où le système d'irrigation n'est pas allé en bout de champ : les différences sont énormes ».

Début de campagne

Comme tous ses homologues, Fabrice Faivre n'espère pas revivre une campagne similaire à celle en cours : « si ce type de météo venait à se reproduire régulièrement et même dès l'an prochain, forcément, cela va devenir extrêmement compliqué pour tout le monde. La géopolitique ne nous épargne pas non plus, c'est même de pire en pire. La seule chose qui est déjà acquise pour cette nouvelle campagne est à mettre à l'actif des charges, elles sont beaucoup plus élevées que l'an passé. Je pense au GNR, à plus d'un euro, alors qu'il y a quelques temps, nous étions à 50 centimes, voire même moins. Concernant l'engrais, j'ai acheté de l'ammonitrate il y a deux mois à 500 euros/t, contre environ 400 un an plus tôt. Vraiment, le pire des scénarios auraient été que les colzas ne lèvent pas». Fabrice Faivre travaillait la semaine dernière un futur champ de moutarde, avec l'idée de réaliser ses semis durant la première semaine d’octobre : « contrairement au colza, nous ne sommes pas pris par le temps, nous pouvons voir venir. La moutarde, je la sème à cette période car au printemps, encore une fois, c'est beaucoup trop aléatoire. Contrairement au colza, il ne faut pas qu'elle soit trop développée non plus pour l'hiver. L'idéale est d'être entre 6 et 8 feuilles à Noël. Dans le cas contraire, le risque de sensibilité au gel est plus important. Ce ne sont pas les plus belles moutardes à l'automne qui font les meilleurs rendements ».

 

Quoi de neuf ?

Le blé et l'orge de Fabrice Faivre seront semés autour du 15 octobre. L'agriculteur ne changera pas grand chose dans ses pratiques, à part quelques petites nouveautés. Une troisième variété de blé fera son apparition dans ses champs, en plus des valeurs sûres Thermidor et Prestance : « Millésime a de bons résultats dans les essais Arvalis, je vais la tester. Je vais également faire du blé sur blé sur une dizaine d'hectares, au détriment de l'orge que j'ai dans l'unique variété Faro. Cette culture devient de moins en moins rentable malgré un léger frémissement des cours. Du blé sur blé, j'en ai déjà fait, la variété Prestance s'y prête très bien ».