Soigner l'accueil des agents de remplacement
L’amélioration des parcours d’intégration des agents, la préparation, l’accompagnement des missions de remplacement et la construction d’outils de suivi étaient à l'ordre du jour du congrès national des services de remplacement, qui se tenait du 19 au 21 mai à Arc-et-Senans, dans le Doubs. Laurent Ducray, vice-président de la fédération nationale de ces services (FNSR), revient sur les enjeux de la qualité de vie au travail.
Laurent Ducray, qui êtes-vous ?
Laurent Ducray : « J'ai 49 ans, je suis producteur de lait standard (165 000 litres de référence avec traite robotisée), à Montjustin-et-Velotte en Haute-Saône. C'est une exploitation individuelle, avec un salarié et un neveu qui prévoit de s'installer. J'ai longtemps été responsable de secteur pour les services de remplacement, avant de seconder Gérard Blondé au niveau départemental, et depuis neuf ans je suis président de la Fédération régionale des SR. Au niveau national, c'est mon deuxième mandat ».
Comment analysez-vous les grandes tendances du monde agricole en matière de besoins de remplacement ?
L.D. : « Nous avons une agriculture qui change de visage, avec un point de bascule démographique, et une restructuration des exploitations qui se traduit par davantage de surfaces agricoles, d'UGB ou de litrage par unité de main-d’œuvre. Cela a des conséquences importantes sur les besoins en main-d’œuvre salariée, avec des tensions sur les métiers de salariés agricoles, ainsi que d'agents de remplacement. Nous faisons face à des difficultés de recrutement ».
C'était justement un des grands enjeux abordés lors de ce congrès national à Arc-et-Senans…
L.D. : « Oui, les SR ont été retenus lors de l'appel à projet de l’Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) visant à soutenir la transformation des modèles de production et de travail de la profession, pour l'amélioration de la qualité de vie, avec le thème de « La fidélisation des agents de remplacement ». Nous avons donc entrepris une démarche de diagnostic, qui a mobilisé l'ensemble du réseau, afin d'identifier les axes de travail prioritaires. Ça comment par l'accueil des agents et des agentes dans les exploitations où ils interviennent. Pour donner un exemple concret du manque de moyens, c'est l'absence de sanitaires sur le lieu de travail… sachant que plus de 30 % de nos agents sont des femmes, c'est une source d'inconfort. Il y a aussi les questions liées au genre, à la prévention des violences sexistes, par exemple par des paroles déplacées : c'est source de malentendus, d'incompréhensions, et ça peut être un obstacle à la fidélisation de nos agents. Il nous faut donc en amont organiser la sensibilisation, faire de la prévention, et mettre en place des outils de signalement ainsi que des procédures internes adaptées ».
Parallèlement, le métier d'agent se complexifie avec des technologies de plus en plus pointues dans les exploitations…
L.D. : « En effet, je pense notamment à la robotisation de la traite, mais aussi à toutes les questions de sécurité liées à l'utilisation des engins : à ce sujet nous avons, en Bourgogne-Franche-Comté (BFC), renouvelé notre partenariat tripartite avec Centaure, Groupama et la MSA pour former nos agents à la maîtrise de la conduite routière agricole. Nous avons aussi collaboré avec l'Association pour la formation et le perfectionnement des agriculteurs et salariés (Afpasa) à la mise en place d'une formation à la robotisation avec partie théorique et partie pratique sur le terrain, pour que les agents soient formés aux principales marques existantes, se familiarisent avec les logiciels et les interfaces, de manière à pouvoir prendre en main efficacement les opérations les plus courantes à réaliser ».