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L’AGPB fait son tour des régions

Reprendre l’initiative dans les débats sur l’agriculture

L’AGPB tient des réunions dans toutes les régions. À l’occasion de son étape dijonnaise, l’association a détaillé sa volonté de peser de manière constructive et proactive dans les débats sur l’agriculture qui traversent aujourd’hui la société.
Par Berty Robert
Reprendre l’initiative dans les débats sur l’agriculture
La volonté de l’AGPB est de sortir d’une position uniquement défensive face aux critiques touchant les pratiques agricoles.
Se donner les moyens de reprendre la main sur les grands sujets de l’agriculture : c’est l’ambition que se fixe l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB). Une ambition relayée par Philippe Heusele, son secrétaire général, et Éric Thirouin, son président. Les deux hommes étaient présents le 12 décembre dans les locaux de Dijon Céréales et d’Alliance BFC, à l’occasion de l’étape dijonnaise d’une série de réunions décentralisées. Passer un nouveau pacte avec la société paraît plus que jamais nécessaire dans le climat de méfiance actuelle vis-à-vis de tout ce qui touche aux productions agricoles. Pour l’AGPB, l’heure est avant tout à la stratégie et à la pédagogie. Il n’est plus question de subir sans réagir des attaques sociétales et médiatiques mais le constat premier est que tout cela repose sur une grande méconnaissance. Il faut donc reprendre l’initiative sur le discours, mais en favorisant le dialogue plutôt que la confrontation. D’autant plus que cette ambition s’inscrit également dans un contexte de refondation de la Politique agricole commune (Pac) et de contraintes environnementales croissantes. Marc Patriat, président de Dijon Céréales le soulignait : «nous devons avoir de la visibilité sur l’innovation et sur ce que nous pouvons développer, mais la solution ne sera ni unique ni facile. Il nous faudra pourtant continuer à créer de la valeur dans nos fermes».

Deux notions capitales
La stratégie destinée à reprendre la main dans le débat, conçue par l’AGPB, repose sur deux notions qualifiées de «capitales» par Philippe Heusele : la compétitivité économique des exploitations et la fierté des agriculteurs. «L’évolution des réglementations, poursuit-il, mais aussi la Recherche et le Développement (R & D) peuvent nous permettre d’établir ce nouveau pacte avec la société». Cinq axes sont destinés à soutenir cette stratégie : faire reconnaître le savoir-faire des producteurs, permettre aux grandes cultures l’accès à la certification environnementale (source d’allègement des contraintes et des contrôles), obtenir la mobilisation de dispositifs d’accompagnement, préparer les conditions d’accès aux soutiens de la Pac 2023 pour les grandes cultures, faire savoir et communiquer.
Côté compétitivité et performances économiques, l’AGPB veut se donner les moyens de conserver des aides Pac comparables aux autres céréaliers européens, rappelant au passage que dans la prochaine configuration de la Pac, certaines hypothèses prévoient qu’un hectare qui touche aujourd’hui 200 euros d’aide n’en toucherait plus que 115 en 2027 si la production n’est pas intégrée dans le dispositif Ecoscheme, favorisant les pratiques plus respectueuses de l’environnement. L’AGPB, comme elle l’a rappelé lors de son congrès national en février dernier à Compiègne, y voit une opportunité pour valoriser la certification environnementale. Avec l’Ecoscheme, l’aide à l’hectare remonterait à 190 euros.

Connectés, déconnectés…
Pour ce qui est de redonner du sens et de la fierté, l’association va lancer une grande campagne médiatique durant le premier semestre 2020, par l’intermédiaire de clips diffusés sur internet. «Nous voulons cibler les urbains actifs, très connectés, mais déconnectés de l’agriculture» précise Philippe Heusele. «Le but, souligne Éric Thirouin, est de sortir d’une position exclusivement défensive. Sur les questions des produits phytosanitaires, nous ne devons plus accepter d’interdiction sans solution alternative». Le président de l’AGPB notait d’ailleurs que, depuis quelque temps, le traitement médiatique de ces questions tendait à devenir plus nuancé et moins manichéens. En écho, François-Xavier Lévêque, exploitant céréalier en Côte-d’Or, a rappelé l’initiative régionale Agriloving destinée à apporter le contre-pied à l’agribashing et qui prouve que rien n’est irréversible dans la vision que la société dans son ensemble se fait de l’agriculture. Reste que sur le terrain, les inquiétudes continuent de s’exprimer comme le soulignait Fabrice Faivre, président de la FDSEA de Côte-d’Or : «on nous annonce la fin du glyphosate et des organo-phosphorés. On est en droit de se demander ce qui va nous rester…». Établir un nouveau pacte avec la société ne se fera pas d’un claquement de doigts.

Les Zones intermédiaires, dossier clé

Lors de cette réunion, Jacques de Loisy, président de la section Grandes cultures de la FRSEA de Bourgogne Franche-Comté, a souligné la capacité des productions céréalières à s’adapter aux variations de marchés. La Bourgogne Franche-Comté, c’est 4,8 millions de tonnes de céréales produites. Pour Jacques de Loisy, le dossier des Zones intermédiaires (ZI) est aussi emblématique du rôle joué par l’AGPB : «Ce dossier revit depuis trois ans mais il nous appartient de le faire aboutir, car les arbitrages de la PAC ont été particulièrement défavorables à nos régions». De son côté, Éric Thirouin, président de l’AGPB, précisait que ces ZI constituent «un sujet de fond sur lequel nous persévérons et nous avons l’espoir, dans le cadre des négociations PAC, d’accéder à des aides spécifiques pour les ZI».