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Interview:

Regard croisé Madagascar/France

A l’occasion des Journées nationales de l’Afdi qui se sont déroulées les 17 et 18 novembre 2016 dans le Doubs, la demi-journée «Demain je transmets» du 16 novembre accueillait Rijaharilala Razafimanantsoa, technicien du réseau SOA (Syndicat des Organisations Agricoles) qui représente les agriculteurs malgaches à l’échelle nationale. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions.
Par Propos recueillis par élise Bartoletti
Regard croisé Madagascar/France
- Comment se passe la transmission des exploitations agricoles à Madagascar  ?
«D’abord il faut souligner qu’à Madagascar, il n’y a pas encore de retraite agricole. Lorsqu’il y a transmission, les parents cèdent une partie des terres au jeune mais doivent en garder une partie pour assurer un revenu. La taille moyenne des exploitations ne cesse de diminuer  : actuellement, en moyenne 0,6 ha par exploitant suivant le dernier recensement agricole datant de 2006. Les jeunes doivent souvent acheter ou louer du foncier en complément.
En parallèle, nous avons des millions d’hectares non exploités car il y a des problèmes de sécurité et d’infrastructures. Ces terrains se situent dans des zones peu accessibles où il est difficile d’acheminer les intrants et de transporter les produits agricoles.
Plus globalement c’est très compliqué à cause du statut du foncier  : nous manquons de cadre juridique. Normalement, un agriculteur qui a exploité un terrain pendant 20 ans a le droit de l’acquérir à travers la prescription acquisitive. Mais c’est difficile de faire la démarche auprès de l’administration et tous les terrains ne sont pas encore cadastrés. Les grandes entreprises qui arrivent avec des GPS pour cartographier les terrains et qui arrivent à négocier directement avec l’Etat arrivent facilement à acquérir les terres  : l’Etat y voit une opportunité de développement agricole. L’exploitant en place se retrouve alors face à un choix  : travailler en tant que main d’œuvre pour l’entreprise qui a acquis le foncier, ou partir …»

- En France, environ 30% des installations se font en dehors du cadre familial. Ces jeunes bénéficient d’accompagnements et d’aides spécifiques. Et à Madagascar  ?
«L’Etat avait lancé des programmes d’aide à l’installation hors cadre familial mais ce type d’installation présente des difficultés majeures. Un jeune hors cadre qui démarre doit pouvoir se fournir le foncier, mais aussi le transport des produits …tout se paie  ! Le taux de réussite des installations hors cadre familial reste très faible. C’est pourquoi nous préférons, pour l’instant, nous assurer de la réussite des transmissions familiales. Le réseau SOA a lancé, en partenariat avec l’Afdi, un projet d’accompagnement des installations dans le cadre familial avec un objectif de 180 jeunes accompagnés pendant 3 ans. Nous ciblons des jeunes qui ont entre 20 et 35 ans et qui sortent du collège ou de MFR, mais également des jeunes qui n’ont pas pu bénéficier d’une formation agricole initiale, l’offre étant assez limitée encore à Madagascar, mais qui disposent d’une certaine expérience agricole, notamment parce qu’ils travaillent avec leurs parents ou bien qu’ils ont pu avoir accès à des formations courtes. Après avoir formalisé son projet avec l’aide d’un technicien, le jeune bénéfice d’une aide financière de 180 € et de tout un dispositif d’accompagnement et de formations sur différentes thématiques  : projet de vie, gestion d’exploitation, accompagnement technique … en troisième année après l’installation, nous abordons la diversification et la commercialisation qui permettront de conforter le projet initial. En effet, face aux problèmes du foncier, la diversification peut être une solution (développement d’un atelier d’élevage ou d’une activité d’artisanat ou de commercialisation). Nous fonctionnons aussi avec un système de tutorat  : le jeune bénéficie de l’expérience d’un agriculteur du village».

- Selon vous, quelles sont les stratégies qui permettraient de favoriser le renouvellement des générations en agriculture à Madagascar  ?
«Notre système d’accompagnement est efficace puisqu’il permet un taux de réussite de 98% pour les jeunes accompagnés. Mais pour favoriser le renouvellement des générations, le préalable serait de créer un système de retraite pour les agriculteurs. La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale est en cours de réflexion pour créer un tel système. Il faut également s’assurer que les agriculteurs dégageront suffisamment de revenu pour payer des cotisations  !
A Madagascar nous avons un challenge  : la production agricole doit suivre la croissance démographique, d’où l’importance de renouveler les générations d’agriculteurs  ! Nous devons augmenter notre production de riz car nous ne sommes pas autosuffisants, mais également nous tourner vers d’autres productions peu présentes actuellement  : légumineuses, pommes de terre …Les productions exportées à forte valeur ajoutée (vanille, café, girofle …) et l’élevage de volailles sont de bons créneaux pour les jeunes  : les marchés sont là et la diversification permet de réduire les risques».

- Un dernier mot  : quelles sont vos impressions sur les présentations et les échanges auxquels vous avez assistés aujourd’hui  ?
«Ce sont les mêmes enjeux que chez nous  : l’installation des jeunes se fait dans les meilleures conditions lorsque le cédant transmet dans de bonnes conditions. C’est un objectif gagnant-gagnant. D’où l’importance de bénéficier d’une structuration et d’une gouvernance de la retraite et du processus de transmission.
Il faut continuer à pousser les exploitants à anticiper leur départ».