Une terre d'expérimentation pour la vigne
En novembre 2023, le Parc naturel régional du Morvan s'est lancé dans un projet de réimplantation de vignes dans le Morvan. En ce début d'année, le projet commence à prendre forme.
Tout commence en novembre 2023, lorsque des professionnels du vin, des porteurs de projet et le Parc naturel régional se concertent autour d'un projet « d'émergence d'une nouvelle filière viticole en Morvan ». Ce projet s'inscrit dans le cadre de la charte (2020-2035) visant à encourager « le développement et la promotion des savoir-faire et des productions locales et à aller vers une agriculture d'excellence économique et environnementale », explique Sylvain Mathieu, président du Parc naturel régional du Morvan. Pour ce faire, le 12 février 2025 à Anost, les porteurs de projet « ont souhaité construire une charte qui décline les valeurs communes du groupe fondateur. Plusieurs ateliers ont permis de préciser les objectifs de cette charte ainsi que d'identifier les valeurs partagées », détaille-t-il. Ce « groupe fondateur », animé par le Parc, la Chambre d'agriculture de Saône et Loire et Bio Bourgogne Franche-Comté a donc décidé de « conserver un esprit de solidarité et de partage au sein du groupe », en se mettant d'accord sur des aspects techniques. Pour donner quelques exemples; le groupe souhaite privilégier « certains travaux manuels comme la vendange, avoir recours à une main-d’œuvre locale formée et mobilisée », être en contact avec d'autres filières agricoles (pépiniériste, éleveurs, producteurs de sapins). En ce qui concerne les structures animatrices, elles seront présentes pour réaliser « des diagnostics des parcelles avant plantation, accompagner les porteurs de projet à diversifier au maximum la génétique de leurs plants de vignes, favoriser l'intégration paysagère et donner des pistes pour encourager la vitiforesterie ou le vitipastoralisme ». En parallèle de la création de cette charte, Guillaume Grillon et Thomas Labbé du cabinet ParHis ont réalisé une étude historique sur « les traces de vignes dans le Morvan ». De par leurs recherches, les deux historiens ont retrouvé un texte Histoire du Pays et duché de Nivernais datant de 1612, réalisé par Maître Guy Coquille, sieur de Romenay, parlant de vignes dans les villages de Sainte-Perreuse, Châtillon ou encore Château-Chinon. « Une petite montagne se jette hors de la suite des autres devers le soleil couchant, qui a le midi droit en face sans obstacle d'aucune montagne au devant, et à cause des hautes montagnes de Morvan qui lui font abris, elle n'a les premières heures du soleil levant qui sont toujours fraîches et font les gelées en avril, et la même montagne par son dos lui fait abris du septentrion : ainsi le lieu où sont les vignes sur cette montagne a le soleil de la journée qui est la grande chaleur du jour : cela est cause avec la bonté du plant qu'en ce lieu seul et en nulle autre part en Morvan sont les vins bons et excellents », ont-ils relevé. Pour autant, les trois structures animatrices et les porteurs de projets ont conscience que le climat a changé, et privilégient donc dans leurs choix de plants, « des variétés adaptées au changement climatique, résistantes aux maladies ».
Dynamique d'un territoire en pleine transition
Pour que ce projet puisse être mené à bien, le Parc du Morvan a candidaté à un appel à projets lancé par le Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté et a été lauréat, permettant à la filière « Vignes en Morvan » et au projet de se concrétiser. Le 14 janvier dernier, une signature de la charte, en compagnie des quinze porteurs de projet, a été réalisée à Autun, donnant la possibilité d'annoncer « que de premières autorisations de plantation ont été délivrées » et que pour les porteurs les plus avancés, « des pieds de vigne devraient être plantés au printemps 2026 ». Les années suivantes, en 2027 et en 2028, « de prochaines plantations sont également prévues ». Créé dans l'objectif d'expérimenter la plantation de vignes, le projet prévoit dans un premier temps que « les plantations soient faites sur de petites surfaces tests de moins de 1 hectare ».
Rencontre
Nous avons rencontré Brendan le Moulec, situé dans la Nièvre, qui compte parmi les porteurs de projet. Ancien propriétaire de brasserie en 2020 dans l'est de la France, il arrive, après la pandémie de Covid dans le Morvan, et devient cueilleur de plantes médicinales dans un premier temps. À côté de cette mission, il entend parler de ce projet et décide d'intégrer la formation BPREA en 2025 afin de pouvoir s'installer. « J'avais connaissance du fait qu'un éleveur partait à la retraite, j'ai donc investi dans deux parcelles, soit 1,3 hectare au total, et des bâtiments à proximité de mon logement pour être prêt à planter », témoigne-t-il. Avant d'entrer dans les phases significatives du projet, Brendan le Moulec décide de créer deux ateliers au sein des bâtiments. « L'un pour la cueillette et l'autre pour installer la cuverie ». Du côté du projet de plantation de vignes, « j'ai décidé de suivre des études de l'Inrae et de choisir des cépages résistants aux maladies : le Souvignier gris et le Voltis. Ces cépages sont perçus comme étant rustiques, me permettant d'éviter d'utiliser des produits phytosanitaires », précise-t-il. Accompagné par Guillaume Morvan, animateur à Bio Bourgogne et Benjamin Albin, agronome à la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire, Brendan le Moulec commencera à planter au printemps. Il reste pragmatique et a conscience que cet investissement « se fait sur le long terme ». Dans un second temps, « je planterais des vignes pour produire du vin rouge sur la seconde parcelle. La vente se fera en ultra-locale et le vin sera considéré comme un vin de soif », conclut-il.