Accès au contenu
Certification

Une IGP inédite au pied des sapins de Noël du Morvan

Avec l'obtention, fin mars, de l'Indication géographique protégée (IGP) Sapin de Noël du Morvan, la filière dispose enfin d'un outil apte à préserver ses spécificités et, dans une certaine mesure, un marché soumis à rude concurrence. Il s'agit de la première IGP horticole de France.

Par Berty Robert
Une IGP inédite au pied des sapins de Noël du Morvan
Le 9 juillet, des journalistes étaient conviés à découvrir les productions de sapins de Noël du Morvan, afin de communiquer sur l'obtention de l'IGP.

En obtenant, fin mars, l'Indication géographique protégée (IGP) Sapin de Noël du Morvan, les producteurs impliqués et leur interprofession n'ont pas fait qu'aboutir au terme d'un processus enclenché il y a huit ans : ils sont aussi les premiers, en France, à obtenir une IGP dans le domaine horticole. Les sapins du Morvan, c'est 30 % du marché annuel français du sapin de Noël et 2 000 ha de cultures répartis sur 47 communes. La culture mobilise près de 150 producteurs qui mettent sur le marché près de 1,2 million de sapins chaque année. Le secteur entre salariés permanents et saisonniers, représente de 500 à 600 emplois. Le marché est à développer, mais aussi à protéger. C'est la motivation première qui a soutenu l'effort d'obtention de l'IGP, face à des sapins venus d'un peu partout en France et même en Europe, mais qui n'hésitaient pas à afficher la mention « du Morvan ». Ce ne sera désormais plus possible.

« Montrer notre savoir-faire »

« Cette IGP, reconnaît Sylvette Robelin, productrice à Saint-Brisson, dans la Nièvre, on en attend une reconnaissance de notre travail, de notre région et qu'on arrête de mettre l'étiquette « Morvan » sur des sapins qui ne viennent pas d'ici. C'est une protection et une valorisation de notre travail, en prouvant que nous n'avons pas de mauvaises pratiques environnementales. C'est le moyen de montrer notre savoir-faire et de faire évoluer notre image, parce qu'il y a encore beaucoup de personnes qui pensent que nous utilisons en masse du désherbant ou des produits phyto, où qui ne réalisent pas qu'il faut du temps pour faire des sapins de Noël… » L'entreprise de Sylvette Robelin fait aujourd'hui partie des quatre entreprises ayant obtenu la certification IGP (les trois autres étant Naudet, Bonoron et Colliette). Quatre autres producteurs sont en cours de certification. Ces entreprises attendent de cette évolution un atout à mettre en avant lors des prochaines fêtes de fin d'année. En cela l'IGP devrait aussi constituer un outil de communication précieux et comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, un voyage destiné à la presse nationale était organisé dans le Morvan le 9 juillet. Il a été mis sur pied par Valhor, l'interprofession de l'horticulture, de la fleuristerie et du paysage.

Un long parcours

Les journalistes présents ont pu, à cette occasion, rencontrer des producteurs, comprendre leurs enjeux, les défis qu'ils relèvent et les atouts qu'ils peuvent mettre en avant. Valhor soutient les labels en s'appuyant sur l'association Excellence Végétale, qu'il finance en grande partie et qui gère les signes de qualité en élaborant, notamment, les cahiers des charges et en veillant à leur respect. L'enjeu étant de favoriser les marchés des filières disposant de ces signes de qualité. Pour accompagner ces journalistes, plusieurs producteurs étaient présents, dont Jean-Christophe Bonoron, Frédéric Naudet (ex-dirigeant des pépinières éponymes), ou encore Pierre Marchand, président de l'Association française des producteurs de sapins de Noël naturel (AFSNN), qui fédère 120 pépiniéristes et producteurs de sapins, dans toute la France. On notait aussi la présence de Sylvain Mathieu, président du Parc naturel du Morvan, qui a soutenu la démarche d'obtention de l'IGP. « La conduite du dossier d'obtention de l'IGP aura été un long parcours, rappelait Jean-Christophe Bonoron. Certains producteurs ont eu du mal à se positionner sur cette ambition, mais, à l'arrivée, le résultat est satisfaisant. Cette IGP, ce sont des engagements, un enregistrement des pratiques, des méthodes culturales telles que l'enherbement des tournières (bandes de terre situées aux extrémités des rangs de sapins) et leur tonte, l'usage d'engrais organiques, la suppression des insecticides (sauf en cas de forte pression). »

Trois espèces dans l'IGP

Si le processus d'obtention de l'IGP a réclamé huit ans d'efforts (pour mémoire, le passage de la commission d'enquête dédiée dans le Morvan a eu lieu en… 2023) il a pourtant été relativement rapide. Dans ce domaine les dossiers réclament, en moyenne, dix ans de travail afin d'obtenir des validations française, mais aussi européenne. L'enregistrement des pratiques culturales signalé par Jean-Christophe Bonoron s'effectue avec le logiciel MesParcelles de la Chambre d'agriculture de la Nièvre. « Il a fallu, poursuit-il, rédiger un cahier des charges dans lequel tout le monde devait trouver son compte, entre des structures de tailles très diverses ». Ce cahier des charges impose, entre autres, d'être producteur dans le Morvan, d'être adhérent à l'Organisme de gestion (ODG), d'être engagé dans la certification environnementale Plante Bleue, ou encore être intégralement tracé, de la plantation jusqu'au point de vente. Trois espèces de sapins de Noël sont intégrées dans l'IGP : l'épicéa, le nordmann et le nobilis.

 

Sapins de Noël et canicule

Les périodes de canicule de ces dernières semaines ont des effets sur les productions de sapin de Noël. L'exposition des arbres à un ensoleillement excessif et les températures extrêmes qui assèchent les sols ont des conséquences. C'est un défi pour une culture qui n'a quasiment pas recours à l'irrigation. Un défi également en termes d'organisation du travail. L'entreprise nivernaise Robelin, qui vient d'obtenir sa certification IGP, donne un exemple des évolutions nécessaires : « nous devons appliquer sur la « flèche » des sapins, pendant une quinzaine de jours, un produit qui en ralentit la croissance, explique Sylvette Robelin, dirigeante de l'entreprise. Si cette flèche se développe trop, le sapin n'a pas un bel aspect. Mais si nous appliquons ce produit en plein jour, avec les journées caniculaires que nous avons en ce moment, il « cuit » littéralement sur l'arbre et le dégrade en prenant une couleur marron, voire en déformant la flèche. La température maximale pour l'application de ce produit ne doit pas dépasser 22°. C'est forcément compliqué en ce moment ». Avec son mari et son fils, elle a donc fait le choix d'appliquer ce produit le soir et même la nuit, équipée d'une lampe frontale. « Nous commençons entre 20 heures et 21 heures et cela peut nous emmener jusqu'à minuit ou 1 heure du matin, le temps que la parcelle soit terminée ». Cette procédure particulière, la famille Robelin l'a adoptée depuis trois ans. Autre adaptation des producteurs au changement climatique : le décalage des dates de plantation : « en ce qui nous concerne, conclut Sylvette Robelin, nous plantions au printemps, et maintenant, nous le faisons à l'automne. C'est moins risqué. »