Une dérogation exceptionnelle pour aider les éleveurs
Depuis le début du mois d'août, l'association de consommateurs « C'est qui le patron ? » a décidé d'accorder une dérogation dans le cahier des charges adressé aux producteurs. Cette décision intervient suite à la période caniculaire vécue au cours de l'été.
Les épisodes de chaleur successifs et le manque d'eau important connus durant l'été ont directement impacté la pousse de l'herbe et les cultures fourragères d'été comme le maïs fourrager. L'association de consommateurs « C'est qui le patron ? » a déjà estimé, suite à des remontées de leurs partenaires, de producteurs et de techniciens « des pertes pouvant aller de 30 à 50 % selon les bassins ». L'association de consommateurs a donc décidé de « lever la limite des 100 km jusqu'au 15 décembre », début août. Olivier Legrand, éleveur laitier à Villeneuve-les-Genêts fait partie des éleveurs ayant contacté l'association de consommateurs. « Depuis fin mai début juin, nous n'avons pas eu d'eau, et avec la chaleur, l'herbe en pâturage n'a aucune valeur nutritionnelle. Depuis le 15 juin, on nourrit les vaches avec nos rations hivernales », décrivait-il le mardi 1er septembre dernier. En termes de récolte de matières sèches, le constat est sans appel. « On a à peine quatre tonnes de matières sèches à l'hectare, cette année. Notre moyenne quinquennale est à 11 tonnes de matières sèches à l'hectare. C'est la première fois qu'on observe ça », manifestait-il. Même si les résultats sont mauvais, une année avec des coups de sec, Olivier Legrand a pu déjà en vivre et confiait avoir « cinq mois de stocks d'avance », s'ajoutant « à l'achat de 22 hectares de fourrages à un céréalier » ainsi qu'à la récolte de près de 100 hectares d'herbe de qualité au printemps.
Assouplir le cahier des charges pour accompagner les éleveurs
Impliqué dans l'association de consommateurs, Olivier Legrand témoignait de « difficultés relatées au sein du secteur de l’Association Pour Le Bien-être Collectif (APLBC). Dans la région Centre, on est habitués à avoir des coups de sec, mais là, même dans les zones de l'Ouest, c'est-à-dire en Maine-et-Loire et en Mayenne, ils sont aussi touchés ». Sur ces zones dédiées à l'élevage, « ils sont habitués à avoir des rendements corrects régulièrement et sont donc moins habitués à faire des stocks. Ce sont des zones dédiées à l'élevage et les producteurs font face à des difficultés de disponibilité de fourrage dans leur secteur ». Parallèlement, le cahier des charges de l'association de consommateurs demande explicitement aux éleveurs des fourrages « français, sans OGM et produits à moins de 100 km de l'exploitation. C'était pour favoriser le local et l'autonomie sur les exploitations », informait-il. Face à ces difficultés d'approvisionnement, les éleveurs en ont informé les consommateurs et en 72 heures, la dérogation a été adoptée, « à une très large majorité. Cette dérogation permet aux éleveurs de pouvoir aller au-delà de 100 km pour trouver des fourrages à donner à leurs bêtes. Elle est active jusqu'au 15 décembre ». Toutefois, Olivier Legrand précisait que « les fourrages doivent rester français et sans OGM. Depuis le 1er juillet, le cahier des charges précise que les tourteaux doivent être français et au 1er janvier 2027, toutes les matières premières et concentrés devront être français ». En conséquence, chaque éleveur qui souhaite acheter du fourrage au-delà de 100 km « doit faire une demande de dérogation spécifique auprès de l'association. Il faut que le producteur garde tous les justificatifs dans le cas d'un audit par Bureau Veritas en ce qui concerne le cahier des charges ». En 72 heures, les sociétaires ont accordé cette dérogation. Pour Olivier Legrand, « ils jouent le jeu. Les consommateurs prennent conscience de l'impact que peut avoir la sécheresse sur nos exploitations. Et nous en tant que producteurs, nous nous devons d'être transparents et de faire remonter les difficultés liées au terrain ». L'association de consommateurs « C'est qui le patron », de par la rémunération équitable qu'ils versent aux producteurs, joue un rôle dans cette possibilité d'aller chercher des fourrages au-delà des 100 km. « On a la chance d'avoir une rémunération à 540 € les 1 000 litres. Avec cette rémunération, on peut se permettre d'aller chercher des fourrages à l'extérieur », concluait-il.