Plus qu'une transmission
Comme annoncé dans l'édition du 28 août, Catherine Blin, enseignante de zootechnie au Legta du Morvan, part en retraite et laisse ses fonctions à Brice Houzé.
C'est officiel, Catherine Blin, 64 ans, figure incontournable de l'enseignement zootechnique du Legta du Morvan, a pris sa retraite (voir n° 1900). Pour la remplacer, c'est Brice Houzé, 23 ans et ancien élève de Catherine, qui a été choisi.
Avant de passer à sa présentation, Catherine explique : « Comme pour une exploitation agricole, la retraite d'un enseignant se prépare. C'est pour cela que j'avais déjà entamé des réflexions 5 ans avant la date de départ, en laissant certaines missions à d'autres au fil des ans, en commençant par mes fonctions de professeure principale, puis celle de coordinatrice (pour l'organisation des semaines EIE (Enseignement à l’Initiative de l’Établissement), des séances de pluridisciplinarité, des visites d’exploitations et des TP), pour enfin laisser une partie de mes cours… Ce départ progressif m'a permis d'envisager la retraite sereinement à la fois pour moi mais aussi pour mes élèves ».
Un attachement sincère
Si Catherine évoque ces derniers, ce n'est pas pour rien. En effet, depuis le début de sa carrière, elle a développé un véritable attachement pour eux, comme l'expliquait Emmanuel Moquet, ancien élève et aujourd'hui exploitant, lors du pot de départ en retraite de Catherine le 26 juin : « Je rencontre Catherine en 1983, lors de mon entrée comme élève au Lycée agricole. J'y découvre une jeune perfectionniste qui n'a qu'un seul objectif : la réussite de ses élèves via l'obtention de leur diplôme. Cela passe par son travail d'enseignante mais aussi par le suivi hors des horaires des cours pour régler certains des problèmes que ses élèves peuvent rencontrer. Après avoir obtenu mon diplôme, j'ai conservé une relation amicale avec Catherine, car au-delà de l'examen elle est aussi soucieuse de leur avenir et de leur carrière professionnelle. Au fil des discussions et des années partagées avec elle, j'ai accueilli de nombreux élèves du lycée en stage, et naturellement, une relation d'amitié et de fraternité s'est tissée entre nous ». C'est donc un peu le même lien qui s'est manifesté entre Catherine et Brice. Elle précise : « Brice fut un élève sérieux et très curieux, et nous avons eu et conservé des liens forts depuis son arrivée au sein du lycée. Lorsque j'ai appris qu'un poste à mi-temps se libérait au CFPPA, j'ai tout de suite pensé à lui ! ».
Toujours rebondir
Cette proposition tomba alors à pic pour Brice : « J'ai tenté de m'installer mais l'agriculteur qui devait me transmettre son exploitation s'est rétracté une semaine avant le dépôt sur Télépac. J'ai tenté de remonter un nouveau dossier avec l'utilisation des anciens bâtiments agricoles de mes grands-parents, mais la réglementation notamment en matière de mise aux normes, m'a rapidement bloqué, ce qui était le cas dans ma situation. À mon sens, ce point spécifique de la réglementation va engendrer une décrépitude de nombreux bâtiments car ils ne pourront être exploités par les jeunes ; fort dommageable ». Malgré tout, Brice a su rebondir avec sa candidature au CFPPA : « Même si mon installation ne s'est pas réalisée, j'ai aujourd'hui une petite troupe ovine qui me permet d'assouvir ma passion de l'élevage. Et, je peux aussi laisser s'exprimer mon autre passion qu'est l'enseignement, car oui cela n'est clairement pas un choix par défaut ! ». En effet, Catherine Blin précise : « Brice a toujours aimé transmettre et aider ses camarades et les plus jeunes, preuve en est son implication dans l'association des étudiants (ALESA) du Legta pendant de nombreuses années ». De cette envie, Brice pointe : « Transmettre une connaissance ou un savoir est inestimable pour moi ». Pour rappel, Brice est entré en 4e au Legta du Morvan, et a poursuivi jusqu'en Bac Pro en 3 ans. À l'obtention de ce dernier, il va au Legta de Challuy poursuivre ses études en BTS ACSE et le valide en 2022. Il continue alors en Agro Bachelor – Métiers du conseil en élevage bovin viande à Bernussou en Aveyron avec un apprentissage au GDS 58, avec une uniquement la partie technique de validée (TOIEC en anglais non validé), il se dirige ensuite vers une Licence professionnelle en Productions Animales – Développement et conseil des filières ovines viande et lait à la Cazotte, lycée agricole de Saint Affrique dans l'Aveyron, avec un apprentissage réalisé à la Sicarev Coop à Migennes. En 2024, il commence à enseigner avec quelques modules, puis en 2025, il passe à 50 % de cours et endosse les missions de coordonnateur.
Une vision partagée
Pour la rentrée, il passera à temps plein et se remémore : « Mes grands-parents et mes parents m'ont transmis des valeurs ou des enseignements… Là, avec ce poste, je vois les choses de la même manière, à la différence que c'est moi qui ai l'opportunité de transmettre quelque chose ». Outre ce joyau de la passation de savoirs, pour lui – comme pour Catherine, il est nécessaire d'insuffler une certaine curiosité et ouverture d'esprit aux élèves : « Le métier d'agriculteur est changeant car il s'occupe du vivant. Face au dérèglement climatique, il est indispensable de s'intéresser à toutes les idées qui peuvent exister pour pouvoir éventuellement les adapter à son système. L'important n'étant pas d'où elles viennent (Bio ou conventionnel) mais si elles ont fait leur preuve ou non ; nous ne sommes pas là pour juger les méthodes mais bien pour voir les résultats. Il y a des réflexions à prendre en considération de tous les systèmes et nous sommes là pour les mettre en avant auprès des étudiants » détaille Brice. Catherine rappelle : « Le Legta n'a pas d'exploitation, mais ce n'est pas un défaut car nous visitons une très grande diversité de systèmes tout au long de l'année ». Brice conclut : « La formation fait partie intégrante du métier d'agriculteur, mais aussi de celui d'enseignant. Nous devons toujours aller chercher ce qui peut être intéressant afin de pouvoir s'adapter. Remplacer Catherine est un grand défi, mais je vais faire mon possible pour offrir une certaine continuité aux valeurs d'enseignements qu'elle a mis en place tout en apportant ma jeunesse aux échanges avec les élèves ». Catherine rebondit avec humour : « Je préfère être la plus vieille d'un club de sport que la plus jeune d'une maison de retraite donc je continuerai à garder le lien. Je pars donc en retraite l’esprit serein et ayant eu des ennuis de santé, je ne souhaitais pas faire l’année de trop ! ». C'est avec cette énergie qu'elle tire sa révérence, pour laisser le rideau se lever sur la carrière de Brice…