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Maraîchage

Maraîchage en BFC : Etat des lieux après un été éprouvant

Si toutes les cultures ont souffert des températures caniculaires et du manque d'eau, le maraîchage fut incontestablement en première ligne dans cette bataille. Au sortir de l'été, comment se porte le secteur ? Éléments de réponses avec des conseillères de Chambres d'agriculture.

Par Berty Robert
Maraîchage en BFC : Etat des lieux après un été éprouvant
Cet été aura entraîné des difficultés d'une intensité rare pour les exploitations maraîchères en BFC.

Un peu sonné : c'est ainsi qu'on pourrait résumer le secteur du maraîchage dans notre région, à l'issue d'un été aux températures éprouvantes. Même si les situations sont différentes d'un département à l'autre, chacun s'accorde à reconnaître que l'intensité caniculaire associée au manque d'eau aura été, en 2026, d'une ampleur peu commune et qui forcent à repenser certains fondamentaux de cette agriculture. Les productions ont souffert, la santé économique des structures est parfois durement éprouvée. Cette ambiance générale, lourde d'inquiétude et d'incertitude, les conseillères spécialisées de Chambres d'agriculture que nous avons rencontrées en sont les premiers témoins. Leur auscultation de l'état d'esprit des maraîchers qu'elles côtoient révèle un ressenti qui oscille entre le compliqué… et le catastrophique. « Le problème, constate Judith Nagopaé, conseillère maraîchage à la Chambre d'agriculture de la Nièvre, est que les années difficiles commencent à s'accumuler. En 2025, dans la Nièvre, nous avons eu deux gros épisodes de grêle, en 2024, nous avions eu de fortes pluies qui avaient retardé les implantations de cultures. Là-dessus, vous ajoutez la canicule de 2026… je me doute que, pour certains maraîchers, ça commence à devenir compliqué, y compris moralement. » Un constat partagé par sa consœur de la Chambre de Côte-d'Or, Anne-Laure Galimard : « Physiquement et moralement, les exploitants sortent de cette période sérieusement éprouvés et pour certains, épuisés. »

Sélectionner les cultures à arroser

L'un des principaux défis qui s'est posé à eux aura été l'irrigation et l'accès à l'eau. « Pour les trois maraîchers implantés à La Baratte, sur Nevers et Saint-Eloi, poursuit Judith Nagopaé, il est devenu assez rapidement compliqué d'irriguer. Ils ont dû choisir quelles cultures arroser et établir un roulement entre eux pour l'irrigation. Ces trois maraîchers sont sur la même nappe, celle de la Loire, et on aurait pu penser que le potentiel d'irrigation suffirait, mais ce ne fut pas le cas. Même cette nappe phréatique avait du mal à se recharger… » Cette sélection parmi les cultures à arroser n'a pas tardé à montrer ses effets : « lors de mes tours de parcelles, j'ai vu des concombres complètement ramollis et qui dépérissaient en raison du manque d'eau. Certains des maraîchers du département ont été obligés de faire des tours avec des cuves à eau pour pouvoir arroser, ce qui réclamait plus de temps et une organisation différente du travail dans des journées déjà bien remplies. » Mais face à ce manque d'eau, les températures excessives entraînaient un autre problème : « au-delà de 35 ° rappelle Anne-Laure Galimard, beaucoup de plantes se « ferment » dans une sorte de réaction de préservation et ne sont plus capables d'absorber de l'eau. Le végétal se fige et tout arrosage devient alors inutile. » En Côte-d'Or aussi, la disponibilité en eau aura été au cœur des conditions de cultures, et ce, malgré une certaine souplesse dérogatoire pour l'irrigation des légumes. « Pour les légumes de printemps, détaille Anne-Laure Galimard, les choses ne se sont pas trop mal passées. Sur les légumes d'été, la situation est plus hétérogène, en fonction de la disponibilité de la ressource en eau. On a constaté des réductions de calibres, notamment sur des tomates, mais, globalement, en Côte-d'Or, l'été sous abri s'est assez bien passé. »

Impact sur les marchés

La précocité de la canicule, dès la fin du printemps, a très vite eu des effets sur des cultures qui étaient en pleine végétation : « Les premières brûlures sont apparues très tôt, en juin. Les tunnels de cultures avaient déjà été blanchis mais ils ont dû l'être à nouveau, afin d'augmenter l'épaisseur d'occultant et éviter trop de brûlures sur des aubergines, des poivrons ou des tomates. » Au-delà des cultures, la fatigue de la profession peut aussi se comprendre du fait des adaptations qu'elle a dû parfois adopter : « certains ont dû décaler les horaires de travail, plus tôt le matin. Mais, en conséquence, aux heures les plus chaudes de la journée, il n'y avait plus grand monde pour arroser, déplore Judith Nagopaé, et puis la canicule a aussi entraîné une baisse de la fréquentation des marchés de plein vent, ce qui a eu un impact sur les chiffres d'affaires. » Un constat qui est toutefois à nuancer puisque, dans certaines exploitations, les restrictions d'usage de l'eau qui s'appliquaient aux particuliers ont entraîné ces derniers sur les espaces de vente en maraîchage. « La vente directe, note Anne-Laure Galimard, s'en est trouvée boostée. Par ailleurs, les exploitations qui pratiquent la libre cueillette ont adapté leurs horaires d'ouverture en période de canicule. Et là aussi, avec ces horaires adaptés, la fréquentation a été plutôt bonne. Au final, le bilan économique est donc en demi-teinte mais c'est vraiment la période automne-hiver qui inquiète. »

Et cet hiver ?

En effet, les plus grosses conséquences dues à ce climat éprouvant pourraient bien être devant nous : « on peut avoir des craintes pour les légumes d'automne et d'hiver, note Anne-Laure Galimard. Parce qu'il s'agit de productions qui se préparent en été. Sur de la courge, par exemple, nous avons eu de la coulure de fleurs ou des pollens infertiles, parce qu'ils étaient brûlés. Nous avons également constaté beaucoup d'altises sur les choux : certains ont été transformés en dentelle en 48 heures après leur plantation, et en conventionnel comme en bio. Cet hiver, nous risquons aussi de manquer de betteraves, à cause des altises. En pommes de terre, les rendements sont plus faibles, avec des baisses moyennes de 20 %. Nous avons aussi des inquiétudes pour les fraises en plein champ : elles ont bien donné au printemps, en revanche, elles n'ont pas pu faire les réserves qu'elles constituent notamment en été. Les feuillages ont brûlé, et on peut donc craindre pour la récolte 2027… » Pour terminer, néanmoins, sur une note positive, Judith Nagopaé rappelle aussi que ces conditions climatiques pourraient faire émerger d'autres productions : « On n'est pas à l'abri, avec ces contextes de canicules appelés à se répéter, de voir émerger de nouvelles cultures maraîchères. Exemple, avec la patate douce, qui se développe bien dans la Nièvre depuis 4 ou 5 ans. »

Etat des lieux après un été éprouvant

Des conseillers qui adaptent leur approche

Les conseillères de Chambre d'agriculture sollicitées pour cet article témoignent aussi de l'évolution de leurs missions face à ce contexte climatique. « Dans les conseils qu'on peut donner aux maraîchers, précise Judith Nagopaé, on sait qu'il y a un besoin en matière de température, qui fait qu'il ne sert à rien d'implanter certaines variétés. On travaille de plus en plus sur les choix de dates d'implantation. On prend en compte les températures chaudes mais aussi la présence d'insectes ravageurs. Ces aspects structurent aujourd'hui beaucoup le conseil que nous amenons. » Ainsi, au niveau de la Région Bourgogne-Franche-Comté, des fiches techniques ciblant des productions telles que Carottes, salades, fraises, choux, ont été repensées par rapport au changement climatique. Elles permettent aux conseillers de fournir des éléments aux producteurs sur ces productions-clé, afin de les aider à faire évoluer leurs habitudes. Cela passe par des décalages de dates de semis, des choix de variétés mieux adaptées. Un travail minutieux qui réclame de l'adaptation en permanence, en fonction des types de sol, des possibilités d'accès à l'eau : « je ne tiens pas le même discours aux maraîchers que je côtoie à Nevers et à ceux qui sont à Luzy ou dans le Morvan… » conclut Judith Nagopaé. « Nous travaillons sur les anticipations de ces fortes températures estivales, précise pour sa part Anne-Laure Galimard. Cela passe par des décalages de plantations, y compris pour lutter contre les attaques d'altises. Nous menons des essais en ce sens. Nous travaillons aussi sur les variétés, plus ou moins appétentes pour ces insectes ravageurs. »

Une enquête régionale

Inès Mahé est chargée de mission Maraîchage au sein de la Chambre régionale d'agriculture de Bourgogne-Franche-Comté (BFC). À la demande du président de la Chambre, Vincent Lavier elle a coordonné ces dernières semaines, une enquête auprès des maraîchers de BFC, mais aussi des arboriculteurs, des producteurs de petits fruits et de plantes aromatiques. Le but était de fournir des éléments sur leur situation dans l'optique du Conseil de l'agriculture française (CAF) de BFC organisé le 25 août. Cette enquête, basée sur un questionnaire envoyé aux professionnels du secteur, a montré qu'en moyenne, les pertes de chiffre d'affaires en maraîchage en raison des conditions climatiques de l'été, sont estimées à 32 %, par rapport à une année classique. Les productions les plus impactées sont les haricots verts, ainsi que les cultures d'automne (choux, poireaux, navets…) pour lesquelles les semis n'ont pas pu être réalisés dans de bonnes conditions. Certaines exploitations ont néanmoins tenté des semis qui ont échoué en raison d'un sol trop sec et impossible à travailler. « Dans ces conditions, précise Inès Mahé, resemer implique des coûts supplémentaires que certains n'ont pas voulu risquer. » D'autres exploitations font le pari de semer des cultures à cycle plus court dans le but d'avoir quand même de la production cet automne. Au lieu de favoriser les légumes de conservation de type carottes, choux ou poireaux, elles basculent plutôt sur des salades, des radis, de la mâche… Une manière de sécuriser un chiffre d'affaires. Les situations économiques sont plus contrastées pour les tomates ou les aubergines. « Sur ces dernières cultures, les types de serres utilisés ont eu un impact. Les serres plus petites chauffent plus vite, les plus grandes ont un volume d'air plus important qui permettait d'atténuer un peu l'effet des fortes chaleurs. » Enfin, la ressource en eau, là aussi, fut déterminante. Au-delà de la perte de chiffres d'affaires, le secteur maraîcher s'inquiète de l'augmentation concomitante des charges (consommation d'eau, carburant, semis ou repiquages qui ont dû être refaits). L'enquête révèle que les dépenses en eau ont été multipliées par 2,5 en moyenne, quant aux dépenses en semences et plants, elles ont été multipliées par 1,2. Le total des charges eau-semences-plants représente une augmentation de 40 %.