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Moyens de production

Le Gouvernement annonce une aide d'urgence pour l'achat d'engrais azotés

Le Gouvernement a annoncé la mise en place d'une aide destinée à permettre aux agriculteurs de passer le cap de la hausse des coûts des engrais azotés. Un choix déterminant pour la campagne 2027.

Par Christophe Soulard
Le Gouvernement annonce une aide d'urgence pour l'achat d'engrais azotés
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Lors de la conférence de presse du 9 juillet annonçant l'aide sur les engrais azotés.

Selon l’Association des producteurs de blé (AGPB), plus de 80 % des céréaliers ont un revenu négatif pour la troisième année consécutive et tout porte à croire que l’année 2026 ne sera pas meilleure. En attendant, les trésoreries des exploitations sont exsangues. « Pour sécuriser la prochaine campagne agricole de 2027 et inciter les céréaliers à acheter des engrais, le gouvernement met en place une aide exceptionnelle », a annoncé Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, le 9 juillet dans une conférence de presse. Cette allocation exceptionnelle cible les achats d’engrais azotés simples (urée, ammonitrates et solution azotée) réalisés entre le 1er juin dernier et le 30 septembre prochain. Pour chaque tonne facturée, une aide de 50 € sera versée. Dans les exploitations où les achats d’engrais NPK (azote, phosphore, potassium) représentent plus de 10 % de l’ensemble des charges, l’aide allouée est portée à 70 €/t. Seules les demandes d’aide d’un montant supérieur à 750 € par exploitation seront honorées. Les quantités d’engrais azotés partiellement prises en charge (50 €/t ou 70 €/t) n’excéderont pas la moitié des volumes achetés la campagne passée. Si une exploitation s’est fait livrer 40 tonnes d’urée en 2025, le montant de l’aide plafonnée sera équivalent à l’achat de 20 tonnes de fertilisants sur présentation de factures acquittées. 

Optimiser l'usage des fertilisants

Un tel dispositif inciterait les céréaliers à optimiser l’épandage de fertilisants. Estimé à 145 millions d’euros, ce « plan urgence engrais » sera financé par des fonds européens (107 millions européens versés par la Commission européenne) complétés par des crédits nationaux d’une quarantaine de millions d’euros. FranceAgriMer traitera les demandes d’aide à partir du 1er août et selon Annie Genevard, les démarches administratives à suivre pour obtenir satisfaction seront simples. Hormis le formulaire dûment rempli, chaque céréalier joindra à son dossier les copies de ses factures d’engrais azotés acquittées depuis le 1er juin dernier. Mais si un agriculteur est éligible à l’aide majorée de 70 € par tonne d’engrais azoté, il joindra à sa demande d’aide les pièces nécessaires pour prouver que ses achats de fertilisants NPK équivalaient, en 2025, au moins à 10 % de ses charges. Le 1er octobre, « un point de situation permettra d’apprécier l’évolution du prix des engrais lié à la situation au Proche-Orient » affirme Annie Genevard. Le dispositif pourrait être prolongé durant l’automne pour qu’il bénéficie aux agriculteurs qui récoltent tardivement leurs cultures (maïs, pommes de terre, betteraves). En complément du « plan urgence engrais », le gouvernement « engage une stratégie de long terme visant à réduire la dépendance de la France aux engrais importés et à renforcer la compétitivité de la filière autour de trois priorités », affirme Annie Genevard. 

Valoriser les effluents d'élevage

Dans les champs, il s’agira d’optimiser l’utilisation d’engrais azotés en s’appuyant sur des outils d’aide à la décision. 15 % d’engrais en moins pourraient alors être épandus, selon la ministre. Il s’agira aussi de « porter à 30 % la part des systèmes de production à bas intrants et d’atteindre 2,7 millions d’hectares de légumineuses cultivées à l’horizon 2030. » Enfin, les effluents d’élevage seront valorisés pour réduire l’emploi d’engrais chimiques. « Produire davantage en France, c'est protéger nos agriculteurs et préparer l'avenir », a déclaré Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie. Aussi, l’État « accompagnera un programme d’investissement industriel de 2 milliards d’euros (Md€) sur dix ans, soutenu à hauteur de 620 millions d’euros par le budget de l’État. Ces fonds financeront l’accroissement et la modernisation des capacités de production décarbonée d’engrais azotés des usines du Havre et du Petit-Quevilly en Seine-Maritime et de celle de FertigHy dans la Somme », a expliqué le ministre. D’ici 2032, ces investissements permettront d’augmenter de 20 % la production nationale de fertilisants azotés. 

Des réactions contrastées

Après l’annonce gouvernementale, la FNSEA a salué dans un communiqué une « bouffée d'air » pour la trésorerie des exploitations, une réponse qu'elle réclamait depuis ses premières alertes en janvier. Pour l'AGPB, ce dispositif constitue un « premier pas » nécessaire, bien qu'il faille aller plus loin pour surmonter une crise structurelle menaçant les prochains semis. Les Jeunes Agriculteurs (JA), tout en accueillant favorablement l'initiative, regrettent des critères d'éligibilité qui excluent une partie des jeunes ayant le plus besoin de soutien. La critique la plus vive vient de l'AGPM, qui dénonce un plan « déconnecté de la réalité » et une « insulte » pour les maïsiculteurs. Ces derniers, qui achètent traditionnellement leurs engrais entre novembre et avril, se retrouvent de fait exclus du dispositif.

Les éleveurs réclament l'équité des aides

Dans une période particulièrement délicate pour l’élevage, les organisations du secteur (FNB, FNEC, FNPL et FNO) ont déploré que les modalités retenues dans le calcul des aides aux engrais « excluent » la plupart des éleveurs du dispositif annoncé. L’aide étant plafonnée selon une référence correspondant à seulement la moitié de la consommation d’engrais de 2025, le mécanisme « écarte mécaniquement de l'aide la majorité des éleveurs de bovins, ovins et caprins », regrette un communiqué commun des fédérations d’éleveurs. « Le renchérissement des coûts de production ne mériterait donc pas la même attention, la même réponse publique quand il s’agit des éleveurs ? », s’interrogent les syndicats, qui relèvent un sentiment de « deux poids, deux mesures ». Les organisations demandent à la ministre de l’Agriculture de réviser les dispositions d’éligibilité de cette mesure, « pour restaurer l’équité ».