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Voyage

Découverte : Quelques jours à Berlin

En deux décennies, la capitale allemande s’est totalement transformée ; entre défis architecturaux et devoir de mémoire, Berlin la bouillonnante et culturelle séduit le voyageur.

Par Isabelle Doucet
Découverte : Quelques jours à Berlin
ID/TD
La célèbre porte de Brandebourg, théâtre de la chute du Mur de Berlin en 1989.

Qui a connu Berlin avant les années quatre-vingt-dix mesure la mutation extrême de cette ville, laboratoire malgré elle de l’humanité. À la fin de la Seconde guerre mondiale, la capitale allemande est détruite à moitié, réduite à un tas de gravats. Coupée en quatre, l’Est prendra des accents soviétiques, tandis que les vainqueurs de l’Ouest en feront une vitrine du libéralisme. À la construction du Mur — Der Mauer — en 1961, ce sont désormais deux villes qui se tournent le dos, deux modèles sociétaux que tout oppose. Pendant 28 ans.

Le 9 novembre 1989 la chute du Mur sonne l’heure de la réunification et Berlin retrouve son entièreté. Mais la cicatrice est là, béante, coupant la ville en deux, double rangée de murs, miradors, barbelés, no man’s land. Des uniformes, des armes et des morts. Alors tout va aller très vite. En 10 ans, Berlin l’alternative et Berlin la Soviétique vont en devenir une autre : une Berlin réunifiée, imposante, capitale, dynamique, jeune et culturelle. Tout cela a un coût : 2 000 milliards de dollars pour mener à bien la réunification du pays, les ex-RFA (République fédérale allemande ou Allemagne de l’Ouest) et RDA (République démocratique allemande ou Allemagne de l’Est).

Berlin devient alors un formidable terrain de jeu pour les plus grands architectes du XXe siècle. À commencer par le quartier du palais du Reichstag, le Parlement qui accueille la chambre des députés, le Bundestag. Incendié sous le régime Nazi en 1933, défiguré par le Mur qui le frôlait, il est reconstruit en 1973 par la RFA, mais sans sa coupole. C’est le célèbre architecte britannique Norman Foster, qui remporte le concours de l’entière rénovation du bâtiment qui sera inauguré en 1999. Plus qu’un symbole, la coupole de verre, que tout le monde peut visiter, est une prouesse technique et artistique. Toute en verre et en miroirs, elle surplombe l’hémicycle du Bundestag. On accède à la coupole depuis un toit terrasse ouvert aux visiteurs. Le dôme de verre de 40 mètres de diamètre et 47 mètres de haut se gravit par une passerelle qui le ceinture jusqu’à son sommet offrant une vue à 360° sur Berlin. La prouesse technique tient aussi à l’entonnoir en son centre de 360 miroirs qui permet à la fois d’éclairer la salle plénière et possède un dispositif de récupération de chaleur en complément du chauffage du bâtiment.

Vestiges du Mur

Face au Reichstag, la chancellerie fédérale a été conçue par les architectes berlinois Axel Schultes et Charlotte Frank et livrée en 2001. De facture postmoderne, avec ses 12 000 m2, c’est un des plus grands édifices gouvernementaux au monde. Parmi les bâtiments les plus imposants du quartier gouvernemental, figure aussi le Marie-Elisabeth-Lüders-Haus qui est un centre de service scientifique du Parlement allemand construit le long de la Spree. Des pans originaux du Mur de Berlin sont posés le long de l’ancien tracé dans un monument commémoratif accessible au public en mémoire à la division de la ville. Depuis l’esplanade, en bord de rivière, huit croix conservent la mémoire de ceux qui ont péri en voulant traverser la Spree pour passer d’Est en Ouest. Autre construction remarquable du secteur, le Paul-Löbe, est un bâtiment administratif de plusieurs centaines de bureaux. Ces deux édifices ont été conçus par l’architecte Stefan Braunfels. Dans le même quartier, il ne faut pas manquer, enserré entre les immeubles de bureaux, des vestiges du Mur dans le jardin des arbres, célébrant la réunification.

Enfin à quelques encablures et en remontant le tracé du Mur au sol, la gare centrale, ouverte en 2006 après onze ans de travaux, est signée de l’architecte Meinhard von Gerkan qui voulait en faire une « cathédrale des transports ».

Le verre est le matériau omniprésent dans toutes ces constructions, symbole d’une démocratie qui n’a rien à cacher.

En quittant le quartier du Reichstag, on passe par la porte Brandebourg, en haut de l’allée Unter des Linden (sous les Tilleuls) qui fut le premier théâtre de la chute du Mur. Elle s’ouvre sur le quartier des ambassades et reste un haut lieu de manifestations.

Trabant pétaradante

Pour passer quelques jours à Berlin, le visiteur a l’embarras du choix des musées. À quelques pas de l’Alexander Platz, de son horloge universelle Urania, de la tour de la télévision et de l’hôtel de ville rouge, édifices symboliques du quartier du centre jadis situés à l’Est, il faut descendre quelques marches le long de la Spree pour visiter le musée de la DDR (Deutsche Demokratische Republik). Toutes sortes d’objets et de reproductions rappellent un passé pas si lointain où les Allemands de l’Est n’ont pas eu le choix de leur gouvernance. Le communisme dictatorial a déployé ses ambitions et ses limites dans cette RDA sans classe sociale, excepté celle des apparatchiks privilégiés. Endoctrinement, « économie de la pénurie », maquette du palais du peuple, appartement typique, panneaux interactifs, salle d’interrogatoire et cellule de prison, sans oublier la célèbre Trabant pétaradante : il n’y a pas de nostalgie, mais le musée offre une lecture culturelle, immersive et sociologique de ces 38 longues années derrière le Mur et sous le régime de la Stasi, le ministère pour la Sécurité de l’État. En 1989, économiquement exsangue, le régime est tombé entraînant la chute du Mur (der Mauerfall).

En sortant du musée, il suffit de traverser un des ponts qui enjambent la Spree pour accéder à l’Ile aux musées et tomber sur le nouveau château de Berlin, qui remplace l’ancien palais du peuple, lui-même ayant remplacé l’ancien château de Berlin. L’opération de déconstruction et de reconstruction a alimenté de nombreux débats à Berlin, certains habitants se demandant pourquoi détruire un bâtiment à l’effigie du communisme pour en construire un symbolisant la monarchie.

Autre culture, un pas de côté, toujours dans le quartier Mitte, vous mènera au musée Anne Frank de la Haus Schwarzenberg, à laquelle on accède par une ruelle transformée en street-art. Le musée conserve le manuscrit original de la jeune déportée. C’est le pouvoir de Berlin où chaque rue se prête à une nouvelle découverte.

Cap à l’ouest de la ville

Détour par l’ancien centre-ville de l’Ouest, ses artères commerçantes et son église du Souvenir.

Cap à l’ouest de la ville
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L'église du Souvenir, ses vitraux bleus et son Christ flottant.

Le Kurfürstendamm et l’église du Souvenir étaient le cœur de l’ancienne Berlin Ouest. Le quartier de Charlottenburg se situe à l’extrémité ouest du Tiergarten, vaste parc de 210 hectares s’étirant au centre de la ville. On peut y accéder par la gare de métro Zoologischer Garten, rendue célèbre par le roman « Moi Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… » sorti en 1981.

Pour les amateurs de shopping, de grandes et de petites marques, le Ku’damm, comme l’appellent les Allemands, est en tout point ressemblant aux Champs Élysées parisiens. C’est aussi là que se dresse la Gedächtniskirche, église du Souvenir, aussi appelée par les Allemands église de la dent cassée, conservée en son état ruinée après la guerre. Il s’agit d’une église protestante de style néo-roman qui pouvait accueillir jusqu’à 2 000 personnes. Détruite par des raids en novembre 1943 et en 1945, elle n’a été ni démolie ni reconstruite, ses ruines seulement consolidées pour témoigner des atrocités de la guerre. La particularité du site tient aussi à la construction d’une nouvelle église de forme octogonale, imaginée par l’architecte Egon Eiermann, sur le site de l’ancien transept et de la nef. Livrée en 1961, elle plonge le visiteur dans un univers bleu grâce aux murs de vitraux composés de 21 334 blocs de verre, réalisés par Gabriel Loire, maître-verrier à Chartres. Son clocher est également paré de ces mêmes vitraux bleus.

À Berlin, le devoir de mémoire est à chaque coin de rue. Une plaque, un monument, une évocation rappellent l’histoire tragique de la ville qui après avoir basculé dans le nazisme, a été le témoin des pires atrocités, a subi des bombardements sans relâche jusqu’à la chute du régime Nazi et la fin la Seconde guerre mondiale.