Santé, éducation, prix : freins et solutions à une bonne alimentation
Éducation, retour à la cuisine maison, lutte contre la précarité ou encore rapprochement entre producteurs et consommateurs : plusieurs pistes existent pour rendre l’alimentation saine et locale plus accessible. Un constat s’impose : aucun levier ne suffira à lui seul.
Multitude d’informations, inflation alimentaire, manque de temps consacré à la cuisine… Pour de nombreux consommateurs, adopter une alimentation saine et locale semble compliqué. Un ressenti partagé par Emmanuelle Jary, critique gastronomique et marraine de la première édition du Festival du bien manger qui s’est tenue à Lyon les 26 et 27 juin derniers. Réunis à l’occasion de cet évènement, chercheurs, restaurateurs, entrepreneurs et professionnels de l’alimentation ont confronté leurs analyses pour identifier les freins et les solutions à une bonne alimentation.
Éduquer au goût et à la cuisine dès l’enfance
Selon Jérémie Lafraire, chercheur en sciences cognitives spécialisé dans l’alimentation, l’éducation doit davantage se concentrer sur la découverte de nouveaux goûts et produits dès le plus jeune âge. Christian Têtedoie, chef étoilé lyonnais et Meilleur ouvrier de France, appelle à renouer avec la cuisine du quotidien. Selon lui, cette habitude permet de mieux maîtriser son alimentation, puisque la majorité des produits utilisés sont bruts. De leur côté, Philippe Muscat, gérant du restaurant inter-administratif d’État de Lyon et Arthur Azzopardi, fondateur de la chaîne de sandwicherie Faiparla, mettent l’accent sur la responsabilité du consommateur. Un avis qui rejoint en partie le rôle donné à l’éducation dans la quête d’une alimentation plus saine. Responsable de la laiterie Laqueuille, située dans le Puy-de-Dôme, Rachel Da Silva rappelle quant à elle l’importance du lien entre les producteurs et les consommateurs pour cela, elle a mis en place des rencontres entre les éleveurs et les élèves. Une pratique qu’elle souhaiterait généraliser.
Le pouvoir d’achat, un frein à ne pas négliger
La restauration collective a aussi un rôle à jouer. Isabelle Desclozeaux, représentante de Sodexo, explique qu’il est primordial de rechercher et de s’adapter à de nouveaux produits. La spécialiste de la restauration collective prend notamment l’exemple de la quenelle de carpe, désormais proposée dans certaines cantines. Laura Solaroli, chercheuse à l’Institut supérieur d’agriculture Rhône-Alpes (Isara), axe quant à elle son analyse sur une donnée économique. Selon elle, la précarité et les inégalités sociales sont les principaux obstacles à une alimentation saine et locale. Une analyse validée par Grégory Akermann, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Selon lui, une sécurité sociale de l’alimentation devrait être mise en place à grande échelle, afin que chacun puisse avoir accès plus facilement à une alimentation saine. En se basant sur des modèles déjà existants et sur des « groupes qui essayent de construire de manière démocratique des caisses qui permettent de financer les personnes qui ont moins de revenus », il souhaiterait un élargissement de ces mécanismes. Ces échanges ont démontré qu’aucune solution unique ne permettrait, à elle seule, de démocratiser une alimentation saine et locale. Éducation, restauration collective, engagement des consommateurs et soutien des Pouvoirs publics apparaissent comme des leviers complémentaires pour répondre à cet enjeu.