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Traditions

Saint-Uguzon, le berger protecteur des fromagers

Le 12 juillet dernier, près de 300 personnes se sont réunies aux Moussières, dans le Haut-Jura, pour la deuxième édition de la fête de la Saint-Uguzon. Une célébration qui rend hommage à ce saint discret, berger et fromager lombard du VIIᵉ siècle, devenu le protecteur des artisans du fromage.

Par Isabelle Renaut
Saint-Uguzon, le berger protecteur des fromagers
Gérard Rolandez
Procession depuis la fromagerie jusqu'à l'église des Moussières où une messe a été célébrée par Monseigneur Jean-Luc Garin, évêque du diocèse de Saint-Claude.

Cette journée a débuté par une procession depuis la fromagerie des Moussières pour rejoindre l’église où était célébrée une messe présidée par Monseigneur Jean-Luc Garin, évêque du diocèse de Saint-Claude, suivie d’animations et de dégustations à la salle des Dolines.

Un hommage aux acteurs de la filière fromagère

Étienne Faure, délégué épiscopal pour la solidarité et l’écologie intégrale, a souligné l’importance de cette fête pour les producteurs, les affineurs, les éleveurs et les fromagers du Jura. « Nous portons dans la prière chacun de vous, tous les acteurs du Jura liés à la filière fromagère et toutes les personnes en difficulté qui étaient au cœur de l’attention de saint Uguzon dans ses pâturages alpins », a-t-il déclaré.

L’histoire de saint Uguzon, fromager généreux attaché à sa terre, résonne particulièrement dans le Jura, terre des fruitières. « La fruitière, c’est un lieu de coopération, de proximité et de transformation, a souligné Mgr Garin, où la confiance, l’entraide et la générosité se mêlent ». Il a rappelé, dans son homélie, les différents passages de la Bible où il est question de fromages et de produits laitiers. La journée a été rythmée par des moments musicaux, avec notamment les Cors des Alpes, les Violons du Jura et la chorale paroissiale, ainsi que par une procession où les scouts ont porté la statue de saint Uguzon. Les offrandes recueillies lors de la célébration et les dons de la journée ont été reversés à la Maison de la Bise d’ATD Quart-Monde et au village Saint-Joseph de Mièges, deux structures engagées dans l’accueil et la solidarité.

Une organisation collective

Claude-Emmanuel Duchemin, grand ambassadeur de la confrérie du bleu de Gex, a tenu à remercier l’ensemble des participants et organisateurs : « Chacun, par sa présence, son engagement ou son soutien, a contribué à faire de cette journée un moment de partage et de mise en valeur de notre patrimoine ». Parmi les acteurs clés, on retrouve les filières du bleu de Gex Haut-Jura, du morbier et du comté. La commune des Moussières, son maire, et de nombreux bénévoles ont également joué un rôle essentiel dans la réussite de cet événement. La fête de la Saint-Uguzon, désormais itinérante, continuera son chemin à travers le Jura. Le 11 juillet 2027, elle investira de nouveaux horizons, pour perpétuer cette belle tradition.

Gérard Rolandez
La statue représentant saint Uguzon a été réalisée bénévolement par une artiste de Poligny (Jura). C'est le saint patron des fromagers, des bergers, des éleveurs et des pauvres.

Qui était saint Uguzon ?

Saint Uguzon, également connu sous les noms de saint Lucio ou san Luzonino, aurait vécu vers l’an 600 dans le Val Cavargna, en Lombardie (Italie). Berger et fromager, il était réputé pour sa générosité : il fabriquait du fromage à partir du petit-lait restant après la fabrication des meules, afin que rien ne soit gaspillé, et distribuait ses productions aux plus démunis. Sa charité lui a valu d’être chassé par son maître, avant d’être accueilli par un autre éleveur. Mais la jalousie de son ancien employeur a conduit à son assassinat le 12 juillet, sur le col qui porte aujourd’hui son nom.

Reconnu comme martyr de la charité, saint Uguzon est devenu, au fil des siècles, le saint patron des fromagers, des bergers, des éleveurs et des pauvres. Il est également invoqué pour protéger les récoltes et préserver des intempéries. Ses reliques reposent dans l’église de San Lucio, à 1 540 mètres d’altitude, à la frontière entre l’Italie et la Suisse, un lieu de pèlerinage pour les amateurs de montagne et de fromage. En France, la confrérie européenne de la Guilde de Saint-Uguzon perpétue sa mémoire en distinguant chaque année des artisans fromagers méritants.

L’intuition d’un évêque

L’intuition d’un évêque
Gérard Rolandez
Monseigneur Jean-Luc Garin (à droite), évêque du diocèse de Saint-Claude.

Depuis son arrivée dans le diocèse de Saint-Claude, Mgr Jean-Luc Garin a souhaité raviver cette tradition en instaurant une fête itinérante, permettant à saint Uguzon de rencontrer chaque année les paroisses et les acteurs des territoires du Jura.

La première édition s’était déroulée en 2024, à l’évêché à Poligny, en présence de quelques représentants des filières fromagères. « Comme évêque du Jura, je suis plus habitué à honorer les fêtes viticoles… Ce que m’envient d’ailleurs quelques confrères », sourit Mgr Garin. « J’avais à cœur, tout comme on fête la saint Vernier avec les vignerons, de pouvoir rassembler la filière fromagère autour de saint Uguzon. Un saint que j’ai d’ailleurs découvert en visitant le Fort des Rousses, où une statue le représentant veille sur les meules de comté ».

La foi d’un ambassadeur

Claude-Emmanuel Duchemin, grand ambassadeur de la confrérie du bleu de Gex, n’a pas ménagé sa peine pour l’organisation de cette première édition itinérante en invitant largement. Ont répondu présent : la confrérie du bleu de Gex, la confrérie de la quenelle de Nantua, ainsi que les ambassades régionales des confréries de Bourgogne Franche-Comté et d’Auvergne Rhône-Alpes.

Son souhait : que cette fête devienne un rendez-vous marqué dans l’agenda de tous les acteurs des filières fromagères et du monde rural. « On voulait planter une graine pour qu’un évènement se crée autour du fromage dans le Jura. J’ai été très touché par l’initiative de Mgr Garin de lancer cette célébration, il y a deux ans, et nous y avons cru. Cette première Saint-Uguzon tournante est une réussite, comme je l'espérais ».

Le fait que les bénéfices de cette journée reviennent à ATD Quart-Monde est un geste important pour lui. « J’ai été bénévole chez eux, et je garde un attachement pour leurs valeurs. Si on veut garder quelque chose de saint Uguzon, c'est la relation humaine, si importante pour pouvoir vivre dans nos territoires, et le don de soi par rapport aux autres ».

Un leitmotiv qui le guide et qui, comme un écho, lui fait se remémorer une histoire familiale « où la solidarité et la foi ont joué leur rôle », et dont il veut bien témoigner. « Ma grand-mère, sous l’Occupation, a donné son ticket de rationnement à une femme. Celle-ci, en retour, lui a donné une image sainte avec une gravure du père Bretier, directeur des Orphelins apprentis d'Auteuil, canonisé depuis. Ce moment a coïncidé avec la libération inespérée de mon grand-père, qui travaillait pour la SNCF et qui était retenu à Drancy pour être déporté ». Un geste de partage qui n’est pas sans évoquer celui du saint patron des fromagers.