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Rencontre

Ludger Pallafray, éleveur et hôte face au Mont-Blanc

Rencontre avec Ludger Pallafray, éleveur de vaches allaitantes à Cordon en Haute-Savoie et diversifié dans l’accueil touristique. Il s’est engagé dans les organisations collectives pour défendre les deux univers professionnels qu’il conjugue au quotidien.

Par B. C.
Ludger Pallafray, éleveur et hôte face au Mont-Blanc
Ludger Pallafray élève à Cordon une dizaine de vaches allaitantes de race abondance.

Après un parcours dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, Ludger Pallafray a repris en 2016, à 39 ans, la petite exploitation en double activité de ses parents. En dix ans, il est parvenu à valoriser le patrimoine familial, à construire un modèle à son image et à trouver son équilibre : un troupeau allaitant de race abondance élevé pour la viande en circuit court via l’abattoir du Pays du Mont-Blanc, prolongé par une maison d’hôtes aménagée en 2018 à l’étage du corps de ferme. Il incarne une génération d’agriculteurs engagés et ouverts sur la société, capables de faire le lien entre leur métier et leur territoire. Son exploitation est située derrière l’église de Cordon, route de la Cry. Dans cette bâtisse du XIXe siècle, posée face au Mont-Blanc, se croisent l’élevage bovin et l’accueil touristique dans « La Ferme des Pépés Marcel ». Ici, avec Ludger aux commandes, agriculture et tourisme se complètent parfaitement.

Reprise de la ferme familiale en 2016

La retraite de sa mère approchant (son père a cessé en 2011), Ludger a commencé à réfléchir à la reprise de l’exploitation de 20 ha en 20 îlots (dont 3 alpages) et de son petit troupeau de génisses laitières abondance. Sans formation agricole, il s’est installé le 1er juin 2016 sans les aides, « mon seul soutien financier a été l’abattement sur les charges sociales accordé par la MSA ». Il a fait évoluer l’élevage de génisses prêtes vers une orientation 100 % viande pour répondre à la forte demande locale. Une dizaine de veaux par an sont vendus à la SAS Saveurs de nos Montagnes qui travaille avec l’abattoir du Pays du Mont-Blanc pour approvisionner cantines scolaires, hôpitaux, Ehpad et restaurants d’entreprises du secteur. Une viande tracée et de qualité, produite à partir des fourrages de l’exploitation, dans une démarche d’autonomie alimentaire et de valorisation locale en circuits courts.

Maison d’hôtes en 2018

Comme son père éleveur et moniteur de ski, pour atteindre la viabilité économique, son projet nécessitait une activité annexe. « Sinon, c’était trop juste. Ça permet aussi de répartir les risques ». Il l’a trouvée en réaménageant l’étage de la maison en deux chambres d’hôtes reliées par une cuisine commune. Une formule idéale pour une famille avec deux adolescents ou deux couples d’amis en vacances. À « La Ferme des Pépés Marcel », adhérent du réseau Gîtes de France (labellisé 4 épis), l’accueil est entièrement assuré par l’agriculteur lui-même qui avoue « adorer le contact humain qualitatif ». Ludger gère tout, en parallèle de son travail à la ferme. Il sert le petit-déjeuner à base de produits fermiers et frais. « Je fais mes yaourts, mes confitures, des gâteaux maison, je sers les œufs de mon poulailler. C’est environ 1 h 30 de préparation tous les matins ». Son carnet de réservations affiche presque complet pour tout l’été.

Hôte et agriculteur

Le lien entre ses deux métiers se fait naturellement : Ludger se sent à la fois hôte et agriculteur, à égalité. « Le matin, je commence par les soins aux animaux. Puis je prépare les petits-déjeuners. Ils me posent des questions, on parle de la ferme, de différents sujets comme l’impact du loup, les aléas sanitaires, l’urbanisation qui grignote les terres nourricières… Je suis autant éleveur qu’hôte lors de ce moment d’échanges privilégié ! » Des discussions qui donnent du sens au séjour, créent naturellement du lien et reconnectent les visiteurs à une réalité agricole souvent méconnue. Cette authenticité, cette personnalisation du séjour, c’est le petit plus qui fait la différence et qui fidélise les vacanciers.

Créer du lien, encore et toujours

Aujourd’hui, sa plus grande fierté est de faire perdurer la vocation agricole de cette ferme ancestrale et d’avoir réussi à embellir le patrimoine de la famille. Au final, que ce soit dans ses champs ou autour d’une table de petit-déjeuner, Ludger Pallafray fait le même métier : créer du lien. Lien avec la terre, lien avec les gens, lien avec son territoire. À Cordon, sa ferme en est une illustration concrète : une agriculture de montagne vivante, ouverte sur les autres, et pleinement ancrée dans son époque.