« La nutrition ne doit pas être standardisée ; elle doit être personnalisée »
Médecin spécialisé en métabolisme et nutrition, Dominic Cellier tord le cou aux idées reçues sur l’alimentation. Dernièrement lors d’une conférence donnée à Lyon, il a rappelé que les besoins nutritionnels varient d’un individu à l’autre et a plaidé pour une approche plus personnalisée de l’alimentation. Entre réhabilitation des légumineuses et nécessité de mieux informer les consommateurs, il livre son analyse des grands enjeux alimentaires actuels.
Lors de votre conférence, vous avez expliqué que la nutrition est encore victime de nombreuses fausses croyances. Lesquelles ?
Dominic Cellier : « Tous les individus n’ont pas la même chronobiologie, ni les mêmes besoins alimentaires. Certains ont naturellement une appétence pour le sucré, d’autres pour le salé, ou disposent d’un métabolisme qui leur permet d’assimiler ces deux catégories. Mais au-delà de la génétique, il faut également prendre en compte l’épigénétique. L’âge, le sexe, l’activité physique, la pollution, le stress ou encore le sommeil influencent la manière dont s’expriment et répondent nos gènes. C’est précisément pour cette raison qu’il est impossible d’établir des dogmes en matière de nutrition.
L’idée selon laquelle il faudrait manger beaucoup le matin, moins le midi et peu le soir en est un exemple. Cette habitude correspondait à une société rurale où les journées étaient rythmées par un travail physique important, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui pour une grande partie de la population. J’entends aussi souvent dire qu’un citron pressé consommé au réveil permettrait de "purger" l’estomac. C’est faux : le citron apporte simplement de l’acidité. La nutrition ne doit pas être standardisée ; elle doit être personnalisée en fonction des besoins et du mode de vie de chacun ».
Notre consommation de légumineuses doit-elle évoluer ?
D. C. : « Il y a une centaine d’années, les légumineuses occupaient une place importante dans l’alimentation. Avec la standardisation des régimes alimentaires, nous nous sommes progressivement détournés de ces productions locales au profit d’une consommation accrue de pâtes, de riz, de pommes de terre et, plus récemment, de patates douces. Aujourd’hui, les légumineuses souffrent parfois d’une image peu valorisante, notamment parce qu’elles sont souvent associées aux repas servis en restauration collective, où elles ne sont pas toujours suffisamment mises en valeur faute de temps ou de moyens. Elles présentent pourtant de réels atouts nutritionnels, à condition d’être associées à des féculents afin d’apporter un profil protéique complet. Elles offrent également une grande diversité d’usages, aussi bien dans les plats chauds que dans les préparations froides, ce qui peut convenir aussi bien à une consommation hivernale et estivale ».
Comment mieux informer la population sur la qualité des aliments qu’elle achète ?
D. C. : « Il est essentiel d’apprendre aux consommateurs à ne pas se laisser influencer uniquement par le marketing. Trop souvent, l’achat porte davantage sur une marque ou un emballage que sur le produit lui-même. Il faut également mettre en place un fléchage plus clair pour aider les consommateurs à privilégier les aliments réellement utiles à leur alimentation et à leur santé. Cela implique aussi de réapprendre la saisonnalité des produits : consommer des fraises ou des tomates qualitatives lorsqu’elles sont de saison, et non tout au long de l’année. Lorsque j’ai travaillé sur le panier moyen des Français, j’ai constaté que certains achetaient des chips goût bacon, tandis qu’ils délaissaient l’achat de viande. Il existe un véritable enjeu d’éducation alimentaire, sans pour autant culpabiliser les consommateurs lorsqu’ils choisissent des aliments plaisir. Le second enjeu consiste à simplifier l’information mentionnée sur le produit en rayon. Pour une pomme, par exemple, le consommateur devrait pouvoir identifier facilement son nom, sa variété, son origine et sa saison de production ».