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L’agriculture de crise en crise...

Quel autre modèle pour demain ?

Les crises agricoles, alimentées par la libéralisation des marchés, menacent l’Europe, et la France en particulier. Dans ce contexte d’instabilité économique, les experts s’interrogent sur un modèle d’exploitation mieux adapté et plus résistant aux aléas.
Par D’après AGRA
Les conclusions d’une étude de France AgriMer et du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture, laissent penser que les exploitations de grande taille, avec plusieurs ateliers (bovins lait, hors sol et fourrages ou encore céréales, pommes de terres, viande...) seraient plus résistantes face à la volatilité des marchés. Difficile de considérer aujourd’hui ce modèle comme celui correspondant le mieux aux enjeux de l’avenir. Mais on peut s’interroger et éprouver son efficacité, alors qu’il se situe à l’opposé des modèles hyperspécialisés (à la fois sur le plan des exploitations et des territoires) qui ont découlé de la politique agricole commune mise en place depuis des décennies. Cela conduit aussi à s’interroger sur la pertinence et la résilience du modèle de l’exploitation familiale, toujours prôné par les agriculteurs et les responsables agricoles.

Ne pas placer ses oeufs dans le même panier
L’étude, qui a été publiée le 25 juillet sous le titre «les exploitations agricoles comme combinaisons d’ateliers», part de l’idée que les risques diminuent quand «on ne place pas tous ses oeufs dans le même panier». Les experts de FranceAgriMer et du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture émettent l’hypothèse que le modèle des grandes exploitations avec plusieurs ateliers, productions végétales (arboriculture, vigne, cultures sous serre, grandes cultures, fourrages...) et/ou animales (bovins lait, veau de boucherie, viande bovine, porc, volaille, oeufs...), pouvaient «constituer un mode d’adaptation à ce contexte d’instabilité endémique».
Pour l’instant l’étude tend à prouver que ce type d’exploitation, encore minoritaire aujourd’hui en nombre, ont plutôt mieux tenues que d’autres face aux crises et, pour certaines, se sont même développées. Les chiffres montrent que si l’on considère la taille des exploitations et le nombre d’ateliers, on remarque la plus forte progression (+ 34% entre 2000 et 2010) pour des exploitations ayant une production brute standard (PSB) supérieure à 250 000 € et associant au moins trois ateliers. Les très grandes exploitations multispécialisées ne se sont pas contentées de résister, elles ont aussi connu une forte progression ces dix dernières années. L’étude remarque que la grande majorité de ces exploitations est associée à la production animale. Mais rien n’empêche d’imaginer le développement de cette multispécialisations en productions végétales aussi.

Cette étude nécessite selon ses auteurs d’autres études complémentaires, mais elle a le mérite d’apporter des éléments de réflexion intéressants aux responsables politiques et syndicaux qui cherchent les moyens de rendre les exploitations moins sensibles aux différents aléas auxquels elles vont désormais se trouver durablement confrontées.

Une étude «exploratoire»

Co-signataire de l’étude, avec Dominique Agostini et Jérôme Lerbourg, Patrick Aigrain considère que cette étude est «exploratoire» et qu’il «faut rester prudent» et lancer de nouvelles études complémentaires permettant notamment «tenir compte des relations entre exploitations ou avec les coopératives, de l’influence des productions sous signe de qualité et d’origine et des activités de diversification du type production d’énergie ou agrotourisme par exemple». Le fait est selon lui que «la profession agricole, reste attachée au modèle qui a plutôt bien fonctionné jusqu’ici, basé sur l’exploitation familiale». Changer de modèle suppose aussi de changer les mentalités et d’intervenir sur le contexte car «raisonner seulement sur les productions agricoles ne suffirait pas, l’organisation territoriale aujourd’hui ne se limite pas aux exploitations agricoles. Les entreprises de l’aval sont également spécialisées en fonction des territoires. Ce type d’évolution devrait donc s’accompagner d’une forme de diversification des entreprises agroalimentaires sur les différentes régions».