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Atelier régional «agriculture et agroalimentaire»

Qualité, filières, coopérations... La co-construction en action

A l’invitation de la Région 170 acteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire ont participé le 20 juin à un atelier régional afin de co-construire, avec les responsables régionaux, une politique économique régionale où l’agriculture trouve toute sa place.
Par Anne-Marie Klein
Alimentation et territoires apparaissent de plus en plus comme indissociables, à la fois gage de qualité et de traçabilité et enjeux économiques pour les nouvelles régions. En parallèle l’évolution de la société et les crises à répétition invitent à repenser les systèmes de production, de transformation, de distribution, de commercialisation et de consommation.

Ceci étant posé, à son niveau chacun peut être acteur du changement et apporter sa contribution aux nécessaires évolutions.

C’est dans cet esprit et dans la ligne de son engagement à co-construire la politique régionale, que Marie-Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, a convié les acteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire à participer à un atelier régional, à échanger sur leurs expériences et à formuler des propositions. Deux tables rondes ont ponctué cet atelier, la première sur les débouchés «de l’hyperlocal à l’export», la seconde sur les filières et leurs stratégies.

Marchés de niches pour filières courtes
Les filières courtes ont le vent en poupe, même si les témoignages montrent que ce n’est ni facile, ni gagné d’avance et qu’il faut y mettre beaucoup d’énergie et de savoir-faire. Jean-Jacques Terrand, président de l’association «le goût d’ici» qui permet à une vingtaine d’éleveurs de vendre en circuit de proximité, témoigne : «pas facile de faire comprendre aux consommateurs que le local ce n’est pas si bon marché» quand ils constatent que le prix du beefsteack flirte avec celui du supermarché. L’éleveur voit son travail mieux rémunéré, mais ce mode de commercialisation concerne essentiellement des marchés de niche.

Que ce soit sur la viande ou les céréales, les grands marchés dictent leur loi. Quant à la consommation «éthique», elle reste l’exception. Benoît Willot, gérant de cinq magasins indépendants «Super U» en Côte d’Or, observe que face aux étiquettes, le consommateur abandonne le plus souvent ses grands principes pour choisir le prix le plus bas.
Force est de constater aussi que les exigences de la grande distribution en matière de prix sont de plus en plus difficile à soutenir pour des produits de grande qualité qui font leur marge à l’export essentiellement.

Plusieurs agriculteurs ou représentants de filière présents dans la salle ont globalement regretté le manque de reconnaissance de la qualité des produits qui sortent des fermes. Les prix ne sont pas toujours à la hauteur de la
qualité et de l’investissement du producteur.

Maintenant il est vrai aussi que les produits standards représentent 80% de la production régionale et la question reste de trouver les moyens pour faire entrer le producteur dans la chaîne de valeur. Certains relèvent la nécessité de s’organiser collectivement pour capter la valeur ajoutée, en créant par exemple des outils de transformation sur les territoires.

Petites ou grandes filières : la qualité d’abord
La seconde table ronde a fait émerger la nécessité de travailler sur la qualité des produits : en blé on sait que le taux de protéines conditionne l’export, en viande c’est la tendreté qui conditionne la commercialisation et qui permet d’accéder à des marchés plus rémunérateurs que le minerai ou le steack hâche. Beaucoup reste à faire au sein des filières en termes d’accompagnement car 60% des exploitations des grandes filières (lait standard, production porcine, viande bovine, céréales) se trouvent en difficulté.

En écho à cette préoccupation Marie-Guite Dufay a souhaité que la Région et la Chambre régionale d’agriculture mettent en place «une gouvernance permettant de travailler étroitement ensemble sur ces dossiers, dans un esprit de coopération afin de co-construire l’avenir de ces filières». Certaines filières ont déjà relevé le défi, comme la filière Moutarde de Bourgogne, micro-filière très structurée, qui veille à la répartition de la valeur ajoutée à chaque niveau sans léser les producteurs. La filière Comté est exemplaire a plus d’un titre, mais il a fallu du temps pour la construire et il faut beaucoup d’énergie et d’innovation pour qu’elle conserve sa dynamique.

Autre voie de sensibilisation des consommateurs aux enjeux de l’agriculture de l’alimentation, le financement participatif se développe, mais le plus souvent sur des micro-projets et encore plus souvent en circuit court. Ce qui semble évident à certains c’est qu’il faut «éviter la compétition entre ceux qui ont choisi la voie de la différenciation et ceux qui axent leur développement sur les grands marchés». Une troisième voie pourrait concerner le développement dans la transformation intermédiaire...

Donner des signaux forts, réunir les forces
Tout en saluant l’initiative régionale, Christian Decerle n’a pas mâché ses mots pour analyser la situation actuelle. Pour que les choses évoluent, il faut d’abord «du revenu, des perspectives et de la reconnaissance» ainsi que «pas mal de courage et de détermination pour passer d’une situation dégradée à une position de leader». Raison de plus pour «donner le top départ, pour dire où on veut aller demain, pour prendre des décisions, agir en conséquence et dresser un calendrier». C’est le moment «de donner des signaux forts si l’on veut conserver les actifs agricoles, il ne faut plus bricoler, le moment est à réunir nos forces».
En conclusion, Sophie Fonquernie a rappelé que la Région se situait bien dans une dynamique de projets, une approche filière pour agir sur la qualité, une volonté d’accompagnement des stratégies de différenciation, le tout dans un esprit de co-construction et de coopération.