Pas si simple que ça
Le président du syndicat d'élevage ovin de Côte-d'Or réagit à l'évolution réglementaire autour du loup.
Le Côte-d'orien Julien Pané alerte ses confrères ovins sur les effets d'annonce autour du loup. « Ce n'est pas si simple que ça et, au bout du compte, ça ne va sans doute pas changer grand-chose pour nous », regrette l'éleveur de Dampierre-en-Montagne. La seule réelle avancée dans ce dossier serait bel et bien la possibilité de tirer un loup en cas d'attaque, sans autorisation préalable du préfet, à partir du 1er janvier : « Le formulaire à renvoyer serait le même qu'aujourd'hui, sauf qu'il n'y aurait plus besoin d'attendre la signature du préfet pour agir. Ce sera une déclaration et non une demande d'autorisation ». Mais les « satisfactions » s'arrêtent là : « en effet, les éleveurs ou les personnes qui seraient mandatées par ces derniers ne pourront pas procéder à des tirs thermiques la nuit. Ce rôle serait toujours celui des louvetiers. Et contrairement à ce qu'on nous avait promis, ces derniers ne pourraient intervenir que si les parcelles de l'éleveur concerné sont protégées. Ça, ce n'est pas ce qui était prévu dans les premières discussions ! ». Julien Pané ajoute une autre déception : « en 2026, au-delà de trois attaques de loups, s'il n'y a pas de moyens de protection, un éleveur en cercle 2 ne pourra plus être indemnisé en cas de pertes d'animaux. Sur ce point, clairement, nous reculons ! ».
« Enfumés »
Le président du syndicat d'élevage ovin évoque ensuite les indemnisations des pertes indirectes, comme nous le faisions le 28 novembre : « jusqu'à présent, il y avait un forfait ridicule de 100 euros par lot. Désormais, l'indemnisation se fait par animal. La profession avait établi et demandé un montant de 30 euros par brebis, mais ces 30 euros se sont transformés, dans les faits, en une très modique somme de 2,50 euros ! Autrement dit : pour un petit lot de moins de 40 brebis, l'éleveur sera désormais encore moins bien indemnisé qu'avant, il perdra encore plus d'argent. Cela est d'autant plus préoccupant qu'ici, en Côte-d'Or, nous avons très souvent des petits lots d'ovins. Les seuls qui pourraient quelque peu s'y retrouver, dans ce nouveau système, seraient les éleveurs avec des lots de 1 000 brebis, notamment dans les montagnes. Avec tous ces nouveaux dispositifs, nous nous faisons encore une fois enfumer ! ». La solution pour un avenir et un quotidien meilleurs, selon Julien Pané, passe indéniablement par la reconnaissance de la non-protégeabilité des parcelles côte-d'oriennes : « nous menons un travail de fond avec la Chambre d'agriculture, pour faire reconnaître les spécificités de notre département. Des éléments topographiques sont analysés pour prouver qu'il n'est pas possible de mettre en place ni d'entretenir des moyens de protection quand il y a une rivière, des haies, une bordure de bois… Les types de sols et l'éloignement des parcelles sont également pris en compte. Le département des Ardennes est pionnier en la matière et déposera bientôt son dossier. Personnellement, j'ai confiance en cette démarche. Il faut que ça change et vite : les éleveurs sont toujours perdants face à cette contrainte du loup que l'on nous impose ».