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Tribune

Non reconduction de l'utlisation du Glyphosate Positivons !

Les agrobiologistes comprennent le désarroi des agriculteurs qui vont devoir renoncer au glyphosate.
Par Philippe Camburet – Président des agrobio de l’Yonne, administrateur à Bio Bourgogne
Dans le même temps, il semble important de pouvoir se passer d’un produit qui les maintient dans une totale dépendance. Cette dépendance conforte les parts de marché de multinationales puissantes, exerçant un fort lobbying et suspectées de piper les dés.
L’un des arguments développés, c’est le manque de temps pour trouver une alternative valable. On aurait pu anticiper, mais les politiques publiques n’ont pas véritablement encouragé une telle anticipation, alors que l’interdiction était prévisible à terme, vue la dangerosité de la molécule. Le débat des pour et des contre a vu s’affronter les points de vue et les arguments scientifiques les plus divergents... Il reste que ce produit est bien un contaminant pour l’environnement et, si l’on veut éviter des mesures encore plus cœrcitives, il est temps d’anticiper.
Je fais partie de ceux qui préfèrent que le doute profite à la santé, en éloignant les risques potentiels. D’autant que si les études concernent la molécule, nous n’avons aucune certitude en ce qui concerne la bio-accumulation et les effets cocktail. Je soutiens donc la décision du gouvernement de ne pas renouveler l’autorisation du glyphosate pour les dix ans à venir. En contre-partie, la transparence doit être totale sur les produits importés et l’exigeance aussi rigoureuse vis à vis de l’inocuité des produits importés. Il ne saurait y avoir deux poids et deux mesures.
Les agrobiologistes ont depuis longtemps travaillé à trouver des alternatives efficaces, pas à 100% bien sûr, mais suffisamment pour qui sait accepter un certain seuil de tolérance, sans nuire à la culture. Les techniques de remplacement existent, elles demandent un peu de temps et une évolution des pratiques. En bio nous utilisons un «herbicide naturel» qui s’appelle la luzerne, une plante extrêmement concurrentielle vis-à-vis des adventices. Nous pratiquons également des rotations longues, ce qui nécessite de sortir de la rotation classique «colza-blé-orge» pour modifier son système sol durablement et l’adapter au contexte. Enfin, désherbage mécanique et faux semis complètent la panoplie. Les associations de cultures -céréales, protéagineux- semblent aussi prometteuses, comme par exemple la luzerne en semi direct sous couvert d’une céréales au printemps. Toutes ces solutions qui ont fait ou sont en train de faire leurs preuves, encouragent à positiver et à prendre le virage nécessaire.
Ces voies sont intéressantes et doivent être explorées et encouragées en raison de leur effet positif sur la qualité de l’eau. Dans l’Yonne, comme dans beaucoup d’autres départements, c’est un sujet récurrent, qui concerne tous les usagers de l’eau et nuit à l’image de l’agriculture et des agriculteurs, sans que des initiatives comme Ecophyto 2018 aient réellement fait évoluer positivement la situation. Nous restons persuadés que l’herbicide total ne doit pas être automatique dans la conduite des cultures... et pas seulement pour les bios.