Maïs ensilage : anticiper les déficits avant de les subir
Dans de nombreux secteurs de Bourgogne-Franche-Comté, les fortes chaleurs et le manque d’eau ont entamé le potentiel des maïs destinés à l’ensilage. Face à des perspectives de piètres rendements et d’une valeur alimentaire dégradée, c’est dès maintenant qu’il faut évaluer stocks et besoins hivernaux. Entre cultures de soudure, ajustements des rations et réduction du cheptel, plusieurs leviers existent pour éviter de se retrouver au pied du mur.
Lorsqu’un maïs souffre de la sécheresse, la tentation peut être grande de l’ensiler prématurément pour « sauver ce qui peut l’être ». Pourtant, une parcelle visuellement très affectée n’est pas forcément prête à récolter. La décision doit rester fondée sur les critères habituels, à commencer par la teneur en matière sèche de la plante entière. Même en situation de stress hydrique, le remplissage des grains peut se poursuivre après une pluie ou une baisse des températures. Récolter trop tôt risque alors de pénaliser davantage le rendement et la valeur alimentaire. À l’inverse, certaines parcelles très desséchées peuvent évoluer rapidement vers des teneurs en matière sèche élevées, compliquant la conservation et l’ingestion. Plus que jamais, l’observation régulière des parcelles reste la règle. Avant toute décision, la première étape consiste à établir un bilan prévisionnel des stocks disponibles et des besoins du troupeau jusqu’à la prochaine récolte. « Réaliser son bilan fourrager est indispensable pour répartir les ressources et mettre en place dès cet automne les adaptations qui s’imposent, pour éviter les ruptures brutales dans la conduite ou l’alimentation », rappelle Adèle Marsault, de l’Institut de l'élevage (Idele).
Fourrages de substitution
Lorsque le déficit se confirme, plusieurs solutions peuvent être mobilisées. Les cultures dérobées implantées après moisson, lorsque les conditions d’humidité le permettent, peuvent fournir un complément appréciable sous forme d’ensilage ou d’enrubannage. Les mélanges à base de ray-grass, d’avoine, de seigle ou de légumineuses constituent des pistes bien connues. L’achat de fourrages extérieurs peut également être envisagé. Dans ce cas, il est souvent préférable de réserver les aliments les plus performants aux vaches en production et de diriger les fourrages plus fibreux ou moins énergétiques vers les génisses, les vaches taries ou d’autres catégories aux besoins plus modestes. Depuis plusieurs années, les régions confrontées à des sécheresses récurrentes explorent aussi des systèmes moins dépendants du maïs ensilage. L’association de maïs épi, riche en énergie, avec de l’ensilage de luzerne permet par exemple de couvrir une partie des besoins tout en réduisant le recours aux correcteurs azotés importés. Certains élevages remplacent ainsi une fraction significative du maïs plante entière par des fourrages riches en protéines produits sur l’exploitation.
Réfléchir à la taille du troupeau
Lorsque les stocks annoncés restent insuffisants malgré les mesures correctrices, la question de la décapitalisation peut se poser. Il s’agit toutefois d’une décision lourde de conséquences qui mérite d’être raisonnée sur des bases technico-économiques solides. L’analyse doit porter sur le déficit fourrager réel, le coût des achats extérieurs, la situation financière de l’exploitation ainsi que les perspectives de production pour l’année suivante. Les réformes déjà prévues, les animaux peu productifs, les problèmes sanitaires ou de reproduction constituent généralement les premiers leviers à actionner. Dans un contexte climatique de plus en plus incertain, la situation actuelle rappelle également l’intérêt d’une réflexion de fond sur l’autonomie alimentaire. Diversification des fourrages, développement des légumineuses, valorisation de la luzerne ou adaptation de la place du maïs dans les systèmes figurent parmi les pistes étudiées depuis plusieurs années dans les zones les plus exposées aux sécheresses estivales. Au-delà de l’hiver à venir, ces évolutions pourraient progressivement devenir des éléments clés de la résilience des élevages du Nord-Est.