Seulement 3 t/ha pour sa dernière campagne
Pour sa dernière campagne avant la retraite, Claude Nocquard n’aura récolté qu’une seule coupe de luzerne, pour à peine 3 t/ha contre 6 à 8 habituellement. L’agriculteur de Darcey revient sur une année particulièrement difficile, mais aussi sur les atouts de cette culture qu’il a toujours privilégiée, ainsi que sur son expérience du sainfoin.
Si vous le croisez, n'hésitez pas à lui souhaiter une bonne retraite ! Claude Nocquard a quitté le monde du travail depuis quelques heures : voici donc l'occasion de faire avec lui un petit bilan de sa dernière année. Celle-ci ne sera pas, à coup sûr, la meilleure de sa carrière d'agriculteur entamée en 1989. « C'est même la pire dans les champs, avec cette folle météo », observe l'homme de 61 ans.
Trois tonnes en luzerne
Président de la coopérative de déshydratation de Baigneux dans les années 2010, Claude Nocquard a toujours fait de la luzerne l'une de ses productions favorites. Mais il n'en a jamais aussi peu récolté qu'en 2026. « D'ordinaire, je fais deux coupes avec un rendement final entre 6 et 8 t/ha. Cette fois, on retiendra une seule petite coupe et pas plus de 3 t/ha… Descendre sous les 5 t/ha : cela ne m'était arrivé qu'une seule fois, mais je ne sais plus quand ». Claude Nocquard valorise 100 % de sa récolte par la déshydratation : « nous avons un très bel outil à Baigneux pour le réaliser… La luzerne est très précieuse pour l'assolement, elle nettoie les parcelles. En bio bien sûr, mais également en conventionnel. Je ne regrette vraiment pas d'en avoir cultivé durant toutes ces années, c'est vraiment le top ».
Le sainfoin en plus
Depuis une décennie, le sainfoin a fait son apparition dans ses parcelles. « Il est mieux adapté aux terres à cailloux, c'était une bonne pioche également, même s'il n'a pas autant d'effets positifs sur le sol que la luzerne… En ce qui concerne la culture, il y a juste à semer et c'est tout… Je suis en bio depuis 2007, je ne désherbe pas et je sème sous couvert, de préférence dans un triticale. Le sainfoin reste en place deux ans. Il est possible de le maintenir une troisième année mais il reste quand même une plante fragile, qui n'aime pas le tassement. J'ai un contrat avec Multifolia, coopérative basée dans l'Aube, qui m'achète la culture sur pied. La Déshy'21 vient la récolter, comme la luzerne ». La campagne 2026 n'est pas bonne non plus en sainfoin mais « la casse » est tout de même limitée : « il y a bien eu deux coupes comme d'habitude avec, au total, un peu plus de 5 t/ha. Le rendement moyen, en général, est plutôt autour des 7 ou 8 t/ha. Mais c'est déjà ça. Le sainfoin pousse très vite et la première coupe est toujours intéressante. Précoce, elle avait donné 3,5 t/ha il y a quelques mois ».
Quels tarifs ?
En ce qui concerne les prix, Claude Nocquard vend son sainfoin au prix net de 100 euros la tonne de matière sèche : « précisons qu'il ne lui faut pas de soufre ni de potasse comme la luzerne, cette culture est très peu exigeante et il n'y a pas de frais. Le prix de la semence est juste un peu plus élevé que celui de la luzerne. Elle ne dure que deux ans mais le tonnage est plus intéressant, tout comme la rentabilité. Pour une luzerne, une année normale, nous sommes autour de 500 euros de produit net à l'hectare. Avec le sainfoin, nous varions généralement entre 700 et 800 ». Dans ses autres cultures de l'année, Claude Nocquard a réalisé 15 q/ha en blé et triticale, ainsi que 7 q/ha en orge. Le tout en agriculture biologique, donc : « en blé, c'est moins que ma moyenne, je tourne généralement autour des 20 q/ha mais au-dessus de 10, il y a toujours une marge. En orge, je perds de l'argent, c'est certain. Techniquement, je pourrais aller chercher des rendements plus importants mais j’ai toujours fait le choix de limiter les frais dans les champs. Je ne mets aucun engrais si ce n'est du fumier tous les six ou sept ans. Je ne suis pas embêté par les mauvaises herbes. Il n'y a donc aucun désherbage, chose que je voulais ». Claude Nocquard passe le flambeau à Margaux Blondon et Paul Buffler avec, en plus de ses grandes cultures, un bel élevage en plein air de 70 truies ainsi qu'un projet agrivoltaïque déjà évoqué l'an passé dans nos colonnes.