« Les zones intermédiaires, ils s'en foutent »
Le Côte-d'orien Clément Babouillard évoque le début des moissons dans son secteur. « Toutes les conditions sont réunies pour que cette année soit pourrie », déplore le secrétaire général de la FDSEA, auteur de plusieurs « tacles » dans cet article.
Il n'allait pas jusqu'à espérer une bonne moisson. Cela aurait été un peu trop prétentieux après des dernières campagnes déjà compliquées. « Mais au moins éviter une mauvaise récolte, cela aurait été déjà pas mal. Visiblement, c'est déjà plié pour bon nombre d'entre nous, avant même d'avoir déjà commencé !», lance Clément Babouillard, rencontré le 17 juin à quelques jours de sortir sa moissonneuse. Plusieurs experts avaient déjà fait le déplacement dans ce secteur de Baigneux-les-Juifs : « une chose est sûre : les prévisions sont bien maigres, un peu partout ici. Pour ma part, ils estiment mes orges à 40 q/ha, 50 q/ha mon blé et 25 q/ha pour le colza ». Encore une fois, les coûts de production ne seront pas couverts : « et nous allons, en conséquence, probablement travailler à perte une nouvelle fois, car les marchés sont encore bien déplumés en céréales. Nous aurions du blé à 300 euros/t, cela changerait fondamentalement les choses. Mais ce n'est pas le cas ».
L'assurance ne marche plus
Le secrétaire général de la FDSEA regrette que le système assurantiel ne soit plus pertinent : « il fonctionnait il y a encore un temps, mais à force de voir nos rendements s'éroder, l'efficience de ce système n'est plus qu'un lointain souvenir, nos seuils de déclenchement sont au plus bas. Dans mon propre cas, je déclenche à 41 q/ha ! Cela ne peut pas marcher et en aucun cas, sauver la mise dans nos zones intermédiaires ». Clément Babouillard enchaîne avec un « tableau noir » : « pas beaucoup de foin, pas de paille, pas de grains, pas de prix mais des charges élevées, tout est réuni pour ce que ce soit la cata en 2026 dans les exploitations. D'ailleurs, le nombre de demandes explose au sein de la cellule Faire face ensemble, c'est malheureux à dire mais ce n'est pas surprenant. Il y a déjà une vague de licenciements au sein de nos coops et cela ne va que s'amplifier...Des entreprises agricoles sont en redressement, il n'y a qu'à regarder sur Google : avant, il n'y en avait pas en Côte-d'Or. Ces déficits sont une tendance générale en agriculture. Ces six derniers mois, j'ai vu des collègues en larmes devant moi. Économiquement et psychologiquement, ils sont au bout ».
Pas mieux « politiquement »
« Et politiquement, rien n'est fait », regrette Clément Babouillard, « y compris dans nos propres instances nationales JA et FNSEA... Avant de taper sur des politiques, il faudrait aussi s'intéresser de plus près à ce qui se passe chez nous. Les zones intermédiaires, ils n'ont pas l'air de s'en inquiéter... Ils s'en foutent ! ». Le responsable syndical avait fait le déplacement au dernier congrès de l'AGPB, à Nancy : « il y a eu seulement trois questions dans la salle, dont deux ont été posées par Antoine Carré et moi-même. J'ai mis en avant ce système assurantiel défaillant. Un élu de l'AGPB, agriculteur dans le bassin parisien, m'a répondu : il m'a dit que mes DPB étaient mon assurance ! Alors là, il fallait oser, sachant que nos DPB sont les plus bas de France... Cette personne, dont j'ai perdu le nom, perçoit 100 euros/ha de plus que nous, fait 80q/ha au lieu de 40 et il me répond ça ? Il est totalement hors-sujet ». Clément Babouillard poursuit : « les régions les plus productrices de France sont les mieux dotées en termes de DPB, elles ne veulent pas abonder le système assurantiel car il y aurait une caisse de péréquation et beaucoup trop d'argent à leur goût partirait de chez eux ».
Problèmes structurels
L'habitant d'Ampilly-les-Bordes réaffirme une demande syndicale récurrente : « à ces difficultés structurelles, il nous faut des réponses structurelles car la mutation de l’agriculture est en train de accélérer. Au niveau national, notre demande reste identique : avoir les mêmes aides que la moyenne nationale, il nous faut au minimum 100 euros/ha en plus dans nos zones intermédiaires, cela devient très urgent. Et pour rendre notre système asurantiel à nouveau efficient, pourquoi ne pas passer à une assurance chiffre d'affaires, quitte à ce que des financements privés plus importants soient mobilisés ? Cela nous permettrait d'avoir une couverture digne de ce nom ».