La potion magique
Pour la cinquième fois consécutive, les producteurs de graines de moutarde vont semer un mélange de plusieurs variétés. La composition évolue tous les ans pour optimiser les résultats.
Une nouvelle campagne de moutarde se prépare, avec des dates de semis espérées idéalement entre le 5 et le 10 octobre. Les producteurs engagés dans la filière recevront tout prochainement leurs semences par le biais de leur OS. Et c'est à la composition de ces sacs que nous nous intéressons aujourd'hui.
Différents atouts
« Avant, un producteur semait une variété unique dans ses champs, avec tous les risques que cela comporte : un pépin dans le cycle végétatif et le potentiel était impacté », retrace Jérôme Gervais, « des mélanges étaient réalisés au silo, une fois la moisson effectuée chez l'ensemble des agriculteurs, avant une livraison aux industriels. Nous avions parfois jusqu'à 10 variétés différentes lors d'une même campagne ». Le conseiller moutarde de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or détaille un changement opéré il y a quatre ans : « chaque producteur bourguignon reçoit désormais un mélange, le même dans toute la Bourgogne pour une campagne donnée. Celui-ci est composé cette année de quatre variétés aux caractéristiques différentes. Cela permet de lisser les résultats à la moisson. Avec des précocités différentes par exemple, les cultures sont moins sujettes aux aléas climatiques. Si une variété décroche avec du froid à la floraison, les autres, plus précoces ou plus tardives, peuvent relever la donne. Les industriels préfèrent également ce procédé : les mélanges d'autrefois engendraient beaucoup de manipulations au silo et, en plus, ils n'étaient pas toujours assez homogènes à leur goût ».
Deux compositions
Chaque sac pour cette nouvelle campagne contient ainsi 40 % d'Ambiance, variété très précoce, 20 % de Constance, connue pour sa régularité de rendement, 30 % d'Endurance, très productive avec une faible teneur en acide érucique et 10 % de Résilience, variété moins sensible au champignon Phoma : « l'an passé, il y avait un peu moins d'Ambiance et un peu plus de Résilience. La proportion a donc encore légèrement changé. Nous l'adaptons en fonction de nos résultats d'essais variétaux et industriels, des tests sont effectués chaque été. Pour la partie transformation sont notamment pris en compte la couleur, la texture, le goût, le piquant et la conservation du produit. L'an prochain, une nouvelle variété, en cours de multiplication, fera son apparition. Elle présente la particularité de ne pas contenir d'acide érucique ». Il existe en réalité, un second mélange cette année, fait remarquer Jérôme Gervais : « celui-ci est réservé aux 20 % de producteurs qui se trouvent en dehors de la Bourgogne. Au nord de notre région, les rendements sont souvent plus élevés avec des terres limoneuses. Les teneurs en huile sont plus importantes et cela pose problème aux industriels : nous composons donc un autre mélange qui corrige du mieux possible cette lacune ».
Une évolution nécessaire
Depuis la mise en place de ces mélanges par territoires, la moyenne des rendements a toujours été supérieure à la moyenne de toutes les variétés de moutarde, cultivées individuellement sur des plateformes d'essais. « Cela nous conforte dans nos choix », se félicite Jérôme Gervais, qui insiste par ailleurs sur la nécessité de faire constamment évoluer l'offre variétale : « les anciennes variétés de l'époque seraient aujourd'hui totalement dépassées, elles ne donneraient absolument plus les mêmes résultats aujourd'hui, avec toutes les nouvelles problématiques que nous connaissons, notamment par rapport aux bioagresseurs. Les nouvelles variétés sont plus précoces et plus vigoureuses. Alors oui, théoriquement, les rendements devraient augmenter d'année en année mais la météo ne nous gâte absolument pas depuis plusieurs campagnes, c'est bien dommage ».