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Récolte de soja

Le soja au ras des pâquerettes

La récolte de soja est d'un très bas niveau en Côte-d'Or. Illustration du côté de Saint-Usage.


 

Par AG
Le soja au ras des pâquerettes
Les rendements d'Éric Jayé vont de 8 et 12 q/ha.

C'était pressenti mais peut-être pas à ce point : les « gamelles » semblent très nombreuses en soja en ce mois de septembre dans le 21. Nous avons pris la température auprès d'Éric Jayé, agriculteur à Saint-Usage près de Saint-Jean-de-Losne, qui cultive une trentaine d'hectares de soja dans des terres inondables : « Un temps, j’espérais m'approcher des 20 q/ha mais la sécheresse et les coups de chaud n'ont jamais arrêté, ils ont fait encore plus de dégâts que prévu. Aujourd'hui, nous sommes le 8 septembre, cela fait plusieurs jours que j'ai commencé la récolte et les rendements sont au plus bas : de 8 à 12 q/ha ! C'est du jamais vu ». La moyenne de son exploitation se situe bien plus haut, généralement entre 30 et 35 q/ha : « nous sommes donc très loin du compte… Je suis installé depuis 1985 et jusqu'à présent, le plus mauvais résultat devait être à 18 ou 20 q/ha, je ne sais plus quelle année ».

Très précoce

Éric Jayé n'avait jamais récolté du soja aussi tôt : « j'ai commencé le 1er septembre. J'aurais pu attendre encore un peu plus mais au risque que les rendements se détériorent davantage : en effet, les plantes commencent à égrainer ! Il y a même un certain nombre de grains déjà par terre ». Les semis avaient été réalisés dans de bonnes conditions autour du 20 avril : « tout s'était bien passé au début, il y a bien eu quelques averses par la suite, mais vraiment pas assez pour avoir un effet significatif sur la culture. Nous aurions eu un bon coup d'eau il y a un peu plus d'un mois, le poids de mille grains aurait été certainement plus important, le rendement final n'aurait pas été si ridicule… C'est dommage, d'autant plus que les prix du soja sont remontés à 480 euros/t, cela aurait fait du bien dans une année aussi difficile ».

La plus mauvaise campagne

En ce qui concerne les variétés, Éric Jayé observe un décrochage encore plus marqué d'Annabella, par rapport à Compositor. « Il y a une petite différence mais cela ne va pas chercher bien loin non plus, c'est très décevant partout », indique celui qui livre à la SAS Bresson ainsi qu'à la minoterie Cêtre, aux Maillys. L'exploitant de 62 ans, qui sera rejoint le 1er octobre par son fils Brice sur la ferme, s'apprêtait à récolter son tournesol puis son maïs dans la foulée. Avec bien peu d' « ambitions » là aussi : « je vais commencer par le tournesol. Il ne faudra pas s'attendre non plus à des miracles mais parmi ces trois cultures d'automne, ce sera peut-être celle qui aura le mieux résisté à ces conditions climatiques très particulières. J'en ai déjà fauché un peu pour des clients, c'est très variable, les rendements vont de 10 à 30 q/ha. Je serai certainement dans cette fourchette très large, mais plus proche des 10 ou des 30 ? Je ne sais pas ». La batteuse d'Éric Jayé devrait attaquer les maïs entre le 20 et le 25 septembre. Alors que les rendements sont généralement bons dans le secteur (entre 10 et 12 t/ha), des comptages estiment sa récolte 2026 entre 3,5 et 7,5 t/ha. Ce sera là la plus mauvaise moisson jamais réalisée par le Côte-d'orien : « l'an passé, ces trois cultures avaient quelque peu rattrapé les moissons d'été, déjà mauvaises. Ce ne sera pas le cas cette fois. De mauvais rendements cumulés à des prix des céréales qui ne sont pas au rendez-vous : les trésoreries sont au plus mal depuis un petit moment. J'ai déjà eu de mauvais coups dans ma carrière mais là, c'est du jamais vu, encore une fois. Dans une telle situation, si le gouvernement n'aide pas davantage son agriculture que ça, ça ne pourra pas aller… On nous envoie dans une direction sans issue. C'est comme si un ouvrier travaillait tout un mois sans rien gagner et qu'à la fin, on lui demande de l'argent ».

La production nationale de soja est estimée en recul de près de 25 % par rapport à la moyenne quinquennale selon Agreste.